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Expliqué | Arguments des pétitionnaires devant la Cour suprême contre SIR

by Nicolas Lefèvre

Publié le 12 janvier 2026 à 06h01. La Cour suprême indienne examine actuellement la légalité d’une révision intensive des listes électorales lancée par la Commission électorale indienne (ECI), une initiative contestée par plusieurs partis politiques et organisations de la société civile.

  • La Cour suprême a achevé les audiences en décembre 2025 sur les contestations concernant la Révision Spéciale Intensive (SIR) des listes électorales.
  • L’ECI a débuté ses arguments devant la Cour le 6 janvier 2026.
  • Plus de 13 pétitionnaires, dont l’Association pour les Réformes Démocratiques (ADR), contestent le processus SIR, le qualifiant de tentative indirecte de vérification de la citoyenneté.

La Commission électorale indienne (ECI) a mis en œuvre une Révision Spéciale Intensive (SIR) des listes électorales, un processus visant à établir de nouvelles listes complètes et à vérifier l’exactitude des inscriptions existantes. Cette initiative, menée au niveau local par les agents de terrain de l’ECI, les Booth Level Officers (BLO), implique un recensement porte-à-porte et la collecte de formulaires de recensement.

L’annonce initiale de la SIR, le 24 juin 2025, concernait uniquement l’État du Bihar, en prévision des élections à l’Assemblée de cet État. Une seconde phase, annoncée le 27 octobre 2025, a été étendue à 12 États et territoires de l’Union pour le cycle 2025-2026, débutant le 4 novembre. Les régions concernées sont les îles Andaman et Nicobar, le Chhattisgarh, Goa, le Gujarat, le Kerala, le Lakshadweep, le Madhya Pradesh, Pondichéry, le Rajasthan, le Tamil Nadu, l’Uttar Pradesh et le Bengale occidental.

L’ECI justifie la SIR par des facteurs tels que l’urbanisation rapide, les migrations fréquentes, l’arrivée de nouveaux électeurs, le manque de déclaration des décès et la possible inscription de ressortissants étrangers en situation irrégulière. L’objectif est de garantir l’intégrité et l’exactitude des listes électorales.

Plusieurs pétitions ont été déposées devant la Cour suprême, contestant la légalité de la SIR. Parmi les plaignants figurent l’Association pour les Réformes Démocratiques (ADR), le PUCL, Yogendra Yadav, Mahua Moitra (députée du TMC), Manoj Jha (député du RJD), KC Venugopal (député du Congrès) et Supriya Sule (NCP SP).

Les contestations juridiques s’appuient sur plusieurs dispositions constitutionnelles et législatives. L’article 324 de la Constitution indienne confère à l’ECI la responsabilité de superviser, diriger et contrôler les élections. L’article 325 stipule que l’inscription sur les listes électorales ne peut être subordonnée à la religion, la race, la caste ou le sexe. L’article 326 prévoit le droit de vote universel pour les adultes.

La loi sur la représentation du peuple de 1950, notamment son article 21 , détaille les procédures de préparation et de révision des listes électorales. Le paragraphe 21(3) autorise l’ECI à ordonner une révision spéciale des listes électorales pour une circonscription ou une partie de celle-ci, pour des raisons dûment justifiées.

Les principaux arguments soulevés par les pétitionnaires concernent notamment le fait que la SIR ne relève pas du mandat de l’ECI en matière de vérification de la citoyenneté. Ils affirment que le processus SIR équivaut à une forme indirecte de National Register of Citizens (NRC), conférant à l’ECI un rôle qu’elle n’est pas censée exercer. Les pétitionnaires soulignent que la question de la citoyenneté relève de la compétence du gouvernement central et des tribunaux pour étrangers, conformément aux articles 8 et 9 de la loi sur la citoyenneté.

Ils dénoncent également le risque de « citoyenneté suspendue », c’est-à-dire la suppression de noms des listes électorales sans procédure légale appropriée, ce qui pourrait entraîner la perte d’accès aux prestations gouvernementales. Les pétitionnaires critiquent également l’absence de fondement statutaire des formulaires de recensement utilisés dans le cadre de la SIR, ainsi que le caractère massif de l’opération, qui ne se limite pas à des circonscriptions spécifiques.

Enfin, les plaignants pointent du doigt un manque de transparence procédurale, notamment le refus de l’ECI de publier des données lisibles par machine sur les inscriptions et les radiations, ainsi que des anomalies constatées lors de la SIR dans le Bihar, telles que des avis envoyés de manière standardisée à un grand nombre de personnes sans justification précise et des doublons dans les listes électorales.

La Cour suprême doit maintenant examiner ces arguments et déterminer si la SIR est conforme à la Constitution et à la loi.

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