Home MondeExploiter la « double opportunité » de l’IA : la stratégie de Ouest-France pour garder l’IA en interne

Exploiter la « double opportunité » de l’IA : la stratégie de Ouest-France pour garder l’IA en interne

by Clara Dubois

Ouest-France, premier quotidien français en diffusion payante, aborde l’essor de l’intelligence artificielle avec une approche méthodique et axée sur la protection de ses contenus et de ses journalistes. L’éditeur mise sur une stratégie interne, privilégiant la recherche publique et le développement d’outils sur mesure plutôt que les accords commerciaux avec les géants de l’IA.

L’expérience d’Ouest-France en matière d’IA ne date pas de la récente effervescence autour de ces technologies. Depuis plusieurs années, une équipe d’une douzaine de data scientists et d’ingénieurs explore les applications de l’IA, notamment dans la numérisation des archives de l’entreprise, a précisé David Dieudonné, responsable de l’IA chez Ouest-France.

Cette expertise permet à l’éditeur d’adopter une démarche basée sur des principes clairs, articulés autour de cinq axes majeurs : l’IA au service de la mission journalistique, la sécurité des données et des droits d’auteur, la présence de l’humain dans le processus de création, la transparence envers le public et le maintien de l’emploi.

La protection du travail des journalistes est une priorité. Ouest-France bloque l’accès de robots d’exploration à ses contenus et met en place des mesures pour empêcher leur utilisation comme données d’entraînement pour les plateformes d’IA. « Nous protégeons très bien le contenu, en veillant à ce qu’il ne circule pas dans des centres de données qui ne sont pas sous notre contrôle », a affirmé David Dieudonné.

En pratique, chaque contenu généré par l’IA est systématiquement vérifié par un journaliste avant publication, à l’exception de certains cas spécifiques comme les prévisions météorologiques. L’éditeur a également créé un environnement technique sécurisé, un « bac à sable », permettant à ses employés d’expérimenter avec les modèles de langage (LLM) sans compromettre la confidentialité des données.

« Nous avons construit un bac à sable qui permet à chaque journaliste, mais aussi aux personnes travaillant dans d’autres départements, d’avoir un accès sécurisé aux LLM, mais de manière à ce qu’il n’y ait aucun transfert de données. Ainsi, ils peuvent mettre leur histoire dans le bac à sable et la modifier sans compromettre les droits d’auteur de leur contenu », a expliqué David Dieudonné.

Ce bac à sable favorise une approche ascendante de l’innovation, permettant aux journalistes de proposer des prototypes de cas d’utilisation pertinents pour leur travail. À ce stade, une trentaine de prototypes ont été développés, notamment des outils de balisage amélioré, de résumé automatique d’articles et de création de quiz à partir d’articles.

Ouest-France a également développé un chatbot dédié à la course automobile des 24 Heures du Mans, une première en France réalisée entièrement en interne. L’éditeur estime que cette approche lui permet de mieux contrôler l’expérience utilisateur et d’optimiser le référencement.

Pour David Dieudonné, l’IA représente une « double opportunité » : améliorer l’efficacité éditoriale en automatisant les tâches répétitives et permettre aux journalistes de se concentrer sur des reportages de fond et des enquêtes, tout en diversifiant les formats et en personnalisant l’offre pour les lecteurs.

Face aux risques de « désintermédiation », où les éditeurs pourraient perdre le contrôle de leur relation avec le public, Ouest-France préconise six réponses : réinvestir dans le journalisme de qualité, optimiser le contenu pour les algorithmes et les lecteurs, s’adapter aux nouveaux usages, renforcer la couverture locale, sensibiliser le public et les régulateurs, et collaborer avec d’autres acteurs de l’industrie.

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