Zurich, Suisse – Une tendance surprenante émerge chez la génération Z : manger du pudding à la fourchette. Ce geste, qui peut sembler anodin, révèle en réalité un besoin de connexion sociale et une manière unique de réagir aux bouleversements des dernières années, notamment la pandémie de COVID-19.
Récemment, une centaine de jeunes s’est rassemblée sur la Chinawiese à Zurich début octobre pour partager ce moment insolite, attirant l’attention des médias. Selon Christine Lötscher, spécialiste de la culture, cette apparente bizarrerie est symptomatique d’une génération qui cherche à se réapproprier l’espace public et à créer du lien.
« Les adultes ont toujours été très intéressés par ce que font les jeunes et par ce qu’ils sont. Au moins depuis le XIXe siècle, lorsque le concept de « jeunesse » s’est développé comme une phase indépendante de la vie », explique Lötscher. Elle souligne que l’intérêt porté à la génération Z est souvent teinté d’attentes et de projections, avec l’espoir que cette génération puisse résoudre les problèmes du présent et construire un avenir meilleur.
Cependant, cette génération est souvent jugée plus sévèrement que les précédentes. L’utilisation des téléphones portables est un exemple typique : bien que les adultes soient eux-mêmes souvent connectés, les jeunes sont fréquemment critiqués pour leur temps passé en ligne. Lötscher nuance cette perception : « La génération Z a grandi à une époque où les enfants et les jeunes étaient fortement contrôlés par la pandémie. » Elle insiste sur le fait que les généralisations sont risquées, car les expériences individuelles varient considérablement.
L’événement du pudding à la fourchette illustre ce besoin de retrouver un contact physique après une période d’isolement. « L’accent est mis sur le sentiment de communauté », précise Lötscher. Elle établit un parallèle avec des comportements plus anciens, comme la consommation de drogues, mais souligne que l’activité avec le pudding est dépourvue de risques.
Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans ces phénomènes. Si l’aspect documentaire et la recherche de viralité peuvent motiver certains participants, l’attrait principal réside dans le fait de faire partie d’un mouvement que les générations plus âgées ne comprennent pas forcément. Un autre événement récent à Zurich, le « Concours masculin performatif », où les hommes adoptent de nouvelles images d’eux-mêmes, illustre cette même dynamique.
Lötscher y voit une réponse à la perception négative souvent associée aux jeunes hommes, notamment à la suite de l’impact de séries comme Adolescence sur Netflix, qui explore les dangers de la « manosphère ». Elle tempère cependant l’idée d’une génération plus éclairée ou plus mature, soulignant qu’elle est moins rebelle que les précédentes, mais qu’elle affirme également ses propres positions.
L’engagement politique de la génération Z se manifeste de manière différente. Le phénomène « Booktok », où les lecteurs recommandent des livres sur TikTok, en est un exemple frappant. « La plupart des œuvres discutées sont politiquement chargées ou sont lues comme telles ; ils tournent autour du féminisme, des questions queer, de la crise climatique ou des violations des droits humains », observe Lötscher. Elle note également la solidarité de nombreux étudiants avec la population de Gaza, démontrant que l’engagement communautaire et politique prend des formes variées.
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