Firmus a abandonné son projet d’introduction en bourse sur l’ASX, annulant une levée de fonds de plusieurs milliards de dollars. Soutenue par Nvidia, l’entreprise de centres de données a fait face aux réticences d’investisseurs inquiets des valorisations élevées dans l’intelligence artificielle et de la lourdeur de sa dette.
Firmus renonce à sa cotation record
La tentative de cotation de Firmus Technologies, initialement présentée comme l’une des plus importantes de l’histoire financière australienne, s’est soldée par un retrait brutal. Moins d’une semaine après avoir affiché une forte demande pour une valorisation de 30 milliards de dollars, l’entreprise soutenue par Nvidia a renoncé à ses ambitions boursières le vendredi matin 9 octobre 2026. L’opération, qui visait à lever jusqu’à 7,9 milliards de dollars (5,5 milliards de dollars américains), devait propulser la start-up fondée en 2019 au rang des géants cotés sur l’Australian Securities Exchange (ASX).
L’actionnariat et la valorisation de la société
Fondée en 2019 par Oliver Curtis, Tim Rosenfield et Jonathan Levee, l’entreprise a connu une croissance extrêmement rapide, passant d’une valorisation de 1,2 milliard de fin 2024 à 6 milliards en novembre 2025, puis à 15 milliards en août de la même année, avant de viser près de 44 milliards de dollars en octobre 2026. L’offre initiale prévoyait un prix de 11 dollars par action, un niveau qui aurait placé l’entreprise au même niveau que des valeurs de premier plan telles que Transurban Ltd, Woolworths Ltd et Woodside Energy Group Ltd. Les cofondateurs Oliver Curtis, Tim Rosenfield et Jonathan Levee disposent d’importantes participations dans l’entreprise, tandis que le père d’Oliver, Nick Curtis, est mentionné comme ancien président. Nvidia détient 7,2 %, Blackstone 6,7 %, ainsi que Coatue Management et Jane Street.

Pourtant, le climat sur les marchés a rapidement basculé. Cette réduction n’a pas suffi à rassurer le marché, l’entreprise ne disposant que de deux centres de données en exploitation et affichant des revenus annuels limités à 50 millions de dollars face à des objectifs d’évaluation jugés excessifs par plusieurs observateurs.
Dans un communiqué officiel, la direction a acté l’échec de la transaction. Firmus va maintenant rechercher des capitaux sur les marchés privés et examiner d’autres options sur les marchés publics et privés, a indiqué l’entreprise, précisant que son conseil d’administration avait pris en compte la volatilité récente des marchés. Les restrictions d’escrow applicables à 42,4 % de la société laissaient 57,6 % des actions potentiellement disponibles à la vente dès le premier jour de cotation.
Les critiques des fonds d’investissement
Plusieurs fonds d’investissement majeurs avaient ouvertement exprimé leurs doutes. John Pearce, directeur des investissements du fonds de pension UniSuper, a ainsi estimé que si l’entreprise affichait un profil séduisant, sa valorisation initiale ne l’était pas. C’est décevant. L’ASX a besoin de nouvelles histoires et cela aurait pu en être une si elle avait été correctement évaluée, a-t-il déclaré, pointant également du doigt le risque d’un endettement massif pour financer l’expansion. Matt Goodson, directeur général de Salt Funds, a souligné que la hausse des rendements obligataires avait exercé une forte pression sur l’ensemble du secteur de l’intelligence artificielle et des centres de données.
Les réactions en Tasmanie et sur les marchés
L’échec de l’introduction en bourse a immédiatement touché les partenaires de l’entreprise. Emmanuel Ajay Datt, directeur général du gestionnaire de fonds Datt Group, a estimé que cette chute traduisait un ajustement de la valeur intégrée de la participation dans Firmus, tout en qualifiant l’ampleur du mouvement d’exagérée.
Des riverains comme Nicholla Thompson, vivant à Rowella de l’autre côté de la rivière Tamar par rapport au site proposé à Bell Bay, ont souligné que les réactions de rejet de la part des communautés locales avaient contribué aux inquiétudes des investisseurs. Le Premier ministre tasmanien Jeremy Rockliff avait pourtant exprimé un soutien ferme aux projets de l’entreprise dans la région, saluant la création d’emplois et la croissance économique, tandis que la porte-parole des Verts tasmaniens pour les technologies, Tabatha Badger, a estimé que le gouvernement local et les clubs partenaires comme le club de football de Tasmanie Devils devaient s’interroger sur l’accueil réservé à ce type de partenariats.
De son côté, le gouvernement tasmanien a tenté de maintenir une ligne positive.
Tabatha Badger a estimé que le gouvernement local et les clubs partenaires comme le club de football de Tasmanie Devils devaient s’interroger sur l’accueil réservé à ce type de partenariats.