À la suite de la publication par OpenAI d’un vaste ensemble de démonstrations mathématiques cette semaine, le mathématicien et médaillé Fields Hugo Duminil-Copin évoque un choc monumental tout en appelant à préserver la transmission humaine sur la RTS.
OpenAI résout des problèmes majeurs et bouscule la recherche
OpenAI a publié cette semaine un vaste ensemble de résultats à des problèmes mathématiques produits par un modèle interne. L’intelligence artificielle vient de franchir un cap historique dans l’univers de la recherche scientifique. L’entreprise a également fourni la formalisation de nombreuses preuves grâce à Lean, un logiciel capable de vérifier l’enchaînement logique des démonstrations.
Parmi ces résultats figure notamment une solution apportée au problème de Navier–Stokes, qui compte parmi les sept célèbres problèmes du prix du millénaire. Si la communauté scientifique doit encore examiner en détail la portée exacte de ces travaux, l’ampleur de l’annonce marque d’ores et déjà une rupture fondamentale pour la discipline.
Hugo Duminil-Copin confie ses larmes face à l’accélération
Interrogé dans l’émission Forum de la RTS, Hugo Duminil-Copin n’a pas caché la sidération provoquée par ces révélations. Le chercheur a confié toute l’émotion ressentie face à l’accélération soudaine de ces capacités technologiques.
Ça a été un choc monumental parce que, d’un certain point de vue, on est le jour d’après.
Hugo Duminil-Copin, médaillé Fields, via RTS
Le mathématicien a également partagé sa vive émotion en pensant à la nouvelle génération de scientifiques qui s’engagent dans cette voie exigeante.
J’en ai même pleuré, pour tout vous dire. J’ai pensé à mes jeunes collègues, à ces jeunes femmes et à ces jeunes hommes qui se lancent dans cette discipline avec beaucoup d’intelligence et d’amour à donner.
Hugo Duminil-Copin, médaillé Fields, via RTS
Une déferlante de textes face au temps long de la discipline
Hugo Duminil-Copin évalue avoir rédigé entre 3 000 et 4 000 pages de démonstrations au cours de l’ensemble de sa propre carrière. Or, à travers seulement trente des quelque 700 articles annoncés par l’entreprise, il a déjà recensé environ 4 000 pages directement liées à ses propres recherches, et autant portant sur d’autres questions qu’il espérait explorer.
Le volume de textes générés pose un défi vertigineux aux spécialistes. Le chercheur rappelle que les mathématiques exigent un temps de compréhension infini. Il ne suffit pas de lire un texte linéaire, car comprendre des mathématiques, c’est parfois passer des heures ou des jours sur deux lignes
.
Face à cette déferlante, il met en garde contre une méthode brutale qui détruirait les fondements de la découverte humaine.
Vingt-huit médaillés Fields signent une lettre ouverte
Ce texte a été endossé par vingt-huit des quarante-six médaillés Fields encore en vie. Pour exprimer ces craintes, le mathématicien a participé à la rédaction et à la signature d’une lettre ouverte dénonçant un grave désalignement
dans l’utilisation actuelle de l’intelligence artificielle au sein des mathématiques.
Le chercheur illustre le sentiment de dépossession ressenti par les auteurs par une métaphore saisissante : Sur l’un des problèmes, j’ai l’impression d’avoir couru un marathon avec quelqu’un sur le dos, qui serait descendu dans les 100 derniers mètres pour franchir la ligne avant moi
.
Au-delà de sa propre discipline, Hugo Duminil-Copin estime que ce bouleversement éthique concerne désormais toutes les formes de création humaine, exigeant de maintenir la valeur du travail et de l’intuition face aux machines.