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Venise affame les marais en détournant ses fleuves pour sauver sa lagune

Entre 1548 et 1683, les Vénitiens ont détourné les fleuves Brenta, Piave et Sile hors de leur lagune pour contrer l'envasement.

Venise affame les marais en détournant ses fleuves pour sauver sa lagune

Entre 1548 et 1683, les Vénitiens ont détourné les fleuves Brenta, Piave et Sile hors de leur lagune pour contrer l’envasement. Cette politique hydraulique a réduit les marais naturels de 255 km² en 1611 à 43 km² en 2010, affamant ces écosystèmes privés des sédiments fluviaux essentiels à leur survie.

Venise a déplacé ses cours d’eau sur cent trente-cinq ans

L’équipe de recherche menée par Marcella Roner à l’université de Padoue détaille une chronologie de travaux débutée en 1548. Cette année-là, la Brenta est reliée au Bacchiglione dans la lagune de Chioggia, créant la Brenta Nova.

En 1610, le Taglio Novissimo prolonge cette logique depuis Mira jusqu’à l’embouchure commune de la Brenta et du Bacchiglione. La Piave est quant à elle écartée dès la fin du XVIe siècle vers Caorle, tandis que le Taglio del Sile est ouvert entre 1674 et 1683. Au total, ces interventions s’étendent sur 135 ans.

Venise affame les marais en détournant ses fleuves pour sauver sa lagune

Pour la Brenta, le parcours n’a pas été linéaire. Elle a alimenté la zone de Punta Cane de 1457 à 1548, avant d’y revenir de 1840 à 1896, année de la toute dernière intervention humaine sur son cours.

Les marais salés ont fondu de quatre-vingt-trois pour cent

Les données chiffrées montrent une chute spectaculaire : les marais naturels couvraient environ 255 km² en 1611, une superficie supérieure à deux fois Paris intra-muros. En 2010, ils ne s’étendaient plus que sur 43 km², soit seulement 16,9 % de leur surface initiale et une diminution de 83 %. Une autre série statistique citée par l’étude de 2024 indique une baisse de 12 000 hectares en 1900 à 3 500 hectares en 2019, traduisant le même déclin sur 119 ans.

Un marais salé survit en s’exhaussant au rythme de la mer, un processus alimenté par les sédiments apportés par les fleuves. En coupant ces arrivées minérales, les dérivations ont déséquilibré le bilan sédimentaire face aux courants de marée qui emportent les limons vers le large. Privés de leur « pain », les marais ont reculé massivement.

Des digues au dragage de deux mille dix-neuf

Pour inverser partiellement cette tendance, 1 300 hectares de marais ont été reconstruits en 2019 grâce à des sédiments dragués, d’après la publication de 2024. Cette superficie représente environ 1 800 terrains de football, soit un peu plus d’un dixième des 12 000 hectares mesurés en 1900. Les fleuves principaux continuent toutefois de se jeter en dehors de la lagune.

Les dérivations fluviales ne portent pas seules la responsabilité de ce recul. Les digues des passes construites aux XIXe et XXe siècles, l’intensification des courants de marée, l’affaissement du sol et la montée de la mer ont également pesé. L’exploitation des eaux souterraines au XXe siècle, succédant aux épisodes d’affaissement local provoqués par les anciens lobes de delta de la Brenta, a aggravé la situation en augmentant le niveau d’eau relatif.

Entre 1548 et 1683, les Vénitiens ont détourné les fleuves Brenta, Piave et Sile hors de leur lagune pour contrer l’envasement.

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À propos de l’auteur: Thomas Caron

Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.