L’attente était immense pour « Wicked : Pour toujours », la suite cinématographique de la comédie musicale à succès de Broadway. Si le premier volet avait su captiver, le second, malheureusement, peine à convaincre, souffrant d’un rythme précipité et de choix narratifs déconcertants, notamment concernant le traitement du personnage de Dorothy Gale.
Le film, réalisé par Jon M. Chu, explore la deuxième partie de l’histoire d’Elphaba (Cynthia Erivo) et de Glinda (Ariana Grande-Butera). Avec une durée de 2 heures et 45 minutes, le premier film avait réussi à développer la relation complexe entre les deux héroïnes, culminant avec l’interprétation poignante de « Defying Gravity ». « Pour toujours » tente de poursuivre sur cette lancée, mais donne l’impression d’une course contre la montre, sacrifiant la profondeur au profit d’une succession de scènes hâtives.
L’une des principales critiques concerne l’utilisation du personnage de Dorothy (interprétée par Bethany Weaver). Alors que le spectacle original se contentait d’une présence minimale de Dorothy, le film semble incapable de trouver un équilibre. À partir du moment où Madame Morrible (Michelle Yeoh) invoque la tornade qui écrase Nessarose (Marissa Bode), Dorothy apparaît, mais de manière énigmatique. Glinda lui a déjà offert les pantoufles d’argent, et on la voit rapidement en chemin sur la route de briques jaunes, en compagnie de l’Épouvantail, du Lion Peureux et de l’Homme de Fer (interprétés respectivement par des acteurs non mentionnés dans le texte original). Le film évite systématiquement de montrer le visage de Dorothy, ni de lui donner la parole, la réduisant à un simple élément narratif, une obligation scénaristique.
Cette décision, selon les critiques, est d’autant plus étrange que l’absence d’une Dorothy développée nuit à la cohérence de l’ensemble. Le film saute constamment d’une scène à l’autre, laissant de côté des éléments importants de l’histoire. Avant la chute de la maison sur Nessarose, Elphaba tente de réparer un sort maléfique lancé par cette dernière sur Boq (Ethan Slater), qui se transforme alors en l’Homme de Fer. Elle utilise également le Grimoire pour transformer Fiyero (Jonathan Bailey) en l’Épouvantail. Ces transformations, bien que visuellement impressionnantes, sont ensuite largement ignorées dans le troisième acte du film, laissant les arcs narratifs de Boq et Fiyero insatisfaisants.
Le film ne montre jamais les interactions entre Dorothy, Boq et Fiyero, ni leur rôle dans la scène où Elphaba est arrosée d’eau au château de Kiamo Ko. Cette focalisation sur la perspective d’Elphaba et de Glinda, bien que compréhensible, ne justifie pas l’effacement de personnages clés. En fin de compte, « Wicked : Pour toujours » illustre les difficultés de transposer une œuvre théâtrale sur grand écran, et démontre que ce qui fonctionne sur scène ne fonctionne pas toujours au cinéma.
« Wicked : Pour toujours » est actuellement en salles dans les cinémas de France.
