Les marchés financiers ont démontré une résilience inattendue face à des données économiques américaines mitigées et à des développements géopolitiques potentiellement déstabilisateurs, laissant entrevoir un repositionnement stratégique plutôt qu’une panique généralisée. Le dollar, bien que toujours élevé, montre des signes de vulnérabilité, tandis que le Japon dévoile un plan budgétaire massif qui pourrait bien modifier la donne.
Malgré la publication de chiffres de l’emploi américains solides, qui auraient pu provoquer une forte réaction, les taux d’intérêt américains ont initialement reculé de cinq points de base. Cette réaction suggère que les marchés ont déjà intégré une perspective haussière pour le dollar et se concentrent désormais sur des ajustements tactiques plutôt que sur un renversement de tendance majeur. La hausse de 3,7 % des actions américaines au cours de la journée n’a pas non plus réussi à stimuler la demande pour le dollar, confirmant les inquiétudes de la Réserve fédérale (Fed) concernant une croissance américaine tirée par un segment restreint de ménages aisés.
L’attention se porte désormais sur les anticipations concernant les futures baisses de taux d’intérêt. Les prévisions pour le taux final en 2026 restent stables autour de 3,00 %, avec un simple décalage du calendrier : les baisses de taux attendues en janvier s’élèvent désormais à 24 points de base, contre 10 points de base en décembre. Il ne s’agit pas d’un revirement brutal, mais d’un ajustement des attentes. L’influence potentielle de Kevin Hassett, pressenti pour la présidence de la Fed, ajoute une « prime de risque » au dollar, compte tenu de ses déclarations publiques favorables à une baisse rapide des taux.
Le dollar se maintient actuellement au sommet d’une fourchette de cinq mois, mais cette position est en partie artificielle, soutenue par la faiblesse du yen. Sans le yen, le dollar apparaît plus fragile et potentiellement exposé à une intervention du Japon, qui pourrait injecter jusqu’à 100 milliards de dollars de liquidités sur le marché des changes. Les bureaux de change de Tokyo semblent se préparer à une action, l’USD/JPY approchant de 159-160.
Le Japon a finalement mis en œuvre son plan de relance budgétaire de 21 300 milliards de yens (environ 140 milliards d’euros), dont 17 700 milliards de yens (environ 116 milliards d’euros) de dépenses réelles. La réaction du marché a été étonnamment modérée, suggérant que les anticipations d’une émission massive de dette étaient déjà intégrées. Le taux d’intérêt à 10 ans avait déjà atteint un pic en novembre, à 3,41 %, en prévision de ce plan.
La structure du plan japonais est particulièrement notable : près de 12 000 milliards de yens (environ 80 milliards d’euros) sont directement alloués à la réduction des prix, notamment par le biais de subventions à l’énergie et au gaz, et même une suppression temporaire de la taxe sur l’essence. Il s’agit d’une relance budgétaire déguisée en mesure anti-inflationniste, permettant à la Banque du Japon (BoJ) de maintenir une politique monétaire accommodante. Les taux réels continuent de baisser, et le yen bénéficie d’un soutien à court terme, car le marché obligataire ne s’attend plus à une flambée des rendements.
Le plan budgétaire comprend également 1 700 milliards de yens (environ 11,3 milliards d’euros) pour accélérer les dépenses de défense, rapprochant le Japon de son objectif de 2 % du PIB deux ans plus tôt. Cependant, la complexité de la comptabilité publique japonaise rend difficile l’évaluation précise de l’impact réel de ce plan. Le gouvernement affirme que l’émission de JGB (bons du Trésor japonais) sera inférieure à celle de l’année précédente, mais cela dépendra des recettes fiscales et des transferts de fonds.
Dans ce contexte, le yen montre des signes de reprise. La baisse des rendements des JGB atténue la pression baissière, mais l’élément le plus important est le ton plus ferme du ministre des Finances Katayama, qui exprime une « profonde préoccupation » face à la faiblesse du yen – un signal clair d’une possible intervention. Les traders à découvert sur le yen sont désormais sur le qui-vive, car le Japon a rappelé qu’il est capable de mobiliser des liquidités pour défendre sa monnaie.
Par ailleurs, les tensions géopolitiques semblent s’apaiser, ce qui contribue à une stabilisation des prix de l’énergie. Le Brent se dirige vers 63 dollars le baril (environ 58 euros) et le WTI sous la barre des 59 dollars (environ 54 euros), reflétant une volonté du marché de fixer un prix pour un monde moins instable. L’ouverture du président ukrainien Zelensky à un cadre de paix proposé par les États-Unis a incité les négociants en énergie à réduire leur prime de risque géopolitique.
Enfin, l’or, après une flambée spectaculaire, semble se stabiliser autour de 4 000 dollars l’once (environ 3 700 euros), en baisse d’environ 0,5 % sur la semaine. Les données économiques américaines mitigées et l’incertitude quant à la politique de la Fed freinent l’enthousiasme des investisseurs. Cependant, l’or reste en hausse de 55 % depuis le début de l’année, soutenu par les afflux massifs dans les ETF, les achats des banques centrales et la recherche d’alternatives à la dette souveraine et aux monnaies fiduciaires. La récente correction est une pause, pas un renversement de tendance.
