Home SantéGrâce à cette innovation médicale, les personnes quasi-aveugles peuvent à nouveau voir

Grâce à cette innovation médicale, les personnes quasi-aveugles peuvent à nouveau voir

by Sophie Martin

Publié le 2025-11-03 05:39:00. Une innovation médicale prometteuse offre un regain de vision partielle à des patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge, grâce à une puce implantée et des lunettes high-tech. Cette avancée, publiée dans le New England Journal of Medicine, pourrait améliorer significativement la qualité de vie de millions de personnes.

  • Une puce de 2 mm x 2 mm implantée sous la rétine, combinée à des lunettes-caméras, permet de convertir les images en signaux électriques perçus par le cerveau.
  • Des essais cliniques menés dans cinq pays européens ont montré que 26 patients sur 38 ont pu relire des textes, des étiquettes et des panneaux.
  • La technologie est particulièrement bénéfique pour les patients conservant une connexion entre l’œil et le cerveau, et des recherches sont en cours pour l’adapter à d’autres affections rétiniennes.

Des scientifiques dirigés par le professeur d’ophtalmologie Frank Holz de l’Université de Bonn, en Allemagne, ont mis au point ce traitement innovant pour contrer les effets de la dégénérescence maculaire sèche liée à l’âge (DMLA), également appelée vieillissement rétinien. Cette maladie affecte la macula, la partie centrale de la rétine responsable de la vision fine et détaillée.

Dans la DMLA sèche, les cellules sensibles à la lumière de la macula se détériorent en raison de l’accumulation de déchets sous la rétine. Cela entraîne une perte progressive de la vision centrale, laissant les patients avec des zones sombres au centre de leur champ de vision, entourées d’une image floue. On estime que la DMLA touche environ 5 millions de personnes dans le monde, principalement celles de plus de 60 ans, et demeure incurable à ce jour.

Le dispositif repose sur l’implantation d’une micro-puce de 2 millimètres sur 2 sous la rétine, réalisée par un chirurgien. Le patient porte ensuite des lunettes équipées d’une caméra de haute technologie, reliées à un ordinateur portable. Cet ordinateur convertit les images capturées par la caméra en signaux infrarouges. La puce implantée transforme ensuite ces signaux infrarouges en stimuli électriques, reproduisant le processus naturel par lequel les cellules rétiniennes convertissent la lumière en informations visuelles. Ces stimuli sont interprétés par le cerveau comme des images, permettant au patient de percevoir à nouveau des formes et des contours.

Les essais cliniques, menés sur 38 patients de cinq pays européens, dont un participant néerlandais, ont révélé que les patients devaient apprendre à combiner les images artificielles générées par la puce avec leur vision périphérique restante. Une fois cette étape maîtrisée, une majorité d’entre eux (26 sur 38) ont retrouvé la capacité de lire des livres, de déchiffrer les étiquettes d’aliments et de reconnaître les panneaux de signalisation dans le métro.

Plusieurs experts saluent cette avancée. Le professeur de neurophysiologie Pieter Roelfsema, de l’Institut néerlandais du cerveau, souligne que

« Cette technologie est élégante et prometteuse, mais elle ne fonctionne que pour les patients pour lesquels il existe encore une connexion entre l’œil et le cerveau. »

Pieter Roelfsema, professeur de neurophysiologie

Le professeur d’ophtalmologie Camiel Boon, de l’UMC d’Amsterdam et du LUMC, se réjouit que

« C’est une grande évolution que ce groupe de patients puisse retrouver un certain degré de vision. »

Camiel Boon, professeur d’ophtalmologie

Le chirurgien de la rétine Koen van Overdam, du MC Erasmus de Rotterdam, précise que

« L’utilité dépend en grande partie du mode de vie d’une personne. Une personne qui aime lire bénéficiera davantage d’un champ visuel central restauré qu’une personne qui est principalement active à l’extérieur. »

Koen van Overdam, chirurgien de la rétine

Le professeur d’ophtalmologie Daniel Palanker, l’un des chercheurs, explique que

« Toutes les tentatives précédentes visant à fournir une vision avec des prothèses ont abouti à une sensibilité à la lumière, et non à une véritable perception des formes. Nous sommes les premiers à proposer la perception des formes. »

Daniel Palanker, professeur d’ophtalmologie

Sheila Irvine, l’une des participantes à l’étude, témoigne :

« Cela a fait une grande différence. C’est une nouvelle façon de voir avec vos yeux, et c’était incroyablement excitant lorsque j’ai commencé à voir une lettre. Ce n’est pas facile de réapprendre à lire, mais plus j’y consacre d’heures, plus j’en apprends. »

Sheila Irvine, participante à l’étude

Selon Mahi Muqit, un chirurgien rétinien impliqué dans l’étude,

« Retrouver la capacité de lire représente une amélioration considérable de leur qualité de vie, car ils améliorent leur humeur et les aident à retrouver confiance en eux et leur indépendance. »

Mahi Muqit, chirurgien rétinien

Bien que prometteuse, la technologie actuelle présente des limites. La résolution de l’image restituée est encore faible, avec moins de 400 pixels, et la vision est en noir et blanc. Des recherches sont en cours pour développer des puces offrant une résolution plus élevée, jusqu’à 10 000 pixels, afin de fournir une image plus nette et plus détaillée. Les lunettes intelligentes associées au système seront également améliorées pour une meilleure ergonomie.

Les scientifiques étudient également la possibilité d’appliquer cette technologie à d’autres maladies de la rétine, ce qui pourrait élargir son champ d’application. L’Institut néerlandais du cerveau mène également des recherches sur des prothèses cérébrales pour les patients dont le nerf optique est endommagé, une approche différente mais complémentaire.

Malgré ces défis, les deux tiers des participants à l’étude se sont déclarés satisfaits ou très satisfaits de la prothèse oculaire, soulignant l’impact positif de cette innovation sur leur qualité de vie et leur autonomie.

Approfondissement : L’Institut néerlandais du cerveau veut également aider les personnes aveugles à retrouver la vue

L’Institut néerlandais du cerveau explore une approche alternative pour restaurer la vision chez les personnes aveugles, en se concentrant sur la stimulation directe du cerveau. Le professeur Pieter Roelfsema explique que

« Chez la plupart des personnes aveugles, la connexion entre l’œil et le cerveau est perdue et le nerf optique n’est plus fonctionnel. Plus aucun signal ne le traverse. Dès que cela se produit, une puce dans l’œil n’aidera évidemment pas. »

Pieter Roelfsema, professeur de neurophysiologie

L’équipe du professeur Roelfsema développe une prothèse cérébrale qui contournerait le nerf optique endommagé en stimulant directement les zones du cerveau responsables de la vision. Cette approche pourrait bénéficier aux patients dont le nerf optique est irréparablement atteint.

Lectures complémentaires : En savoir plus sur les innovations médicales

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