Home MondeGrâce aux protestations de la GenZ, les abus dans les soins de santé marocains sont ouvertement discutés

Grâce aux protestations de la GenZ, les abus dans les soins de santé marocains sont ouvertement discutés

by Clara Dubois

Publié le 7 octobre 2025 à 15h45. Au Maroc, un mouvement de contestation mené par la génération Z dénonce les carences du système de santé et la corruption, obtenant désormais un espace de manifestation autorisé par le gouvernement.

  • Des témoignages poignants révèlent les difficultés d’accès à des soins de qualité, tant dans le secteur public que privé.
  • Le ministre de la Santé a annoncé la suppression des subventions aux hôpitaux privés, une mesure qui suscite la controverse.
  • La pression monte sur le gouvernement pour qu’il démissionne, et une motion de censure est envisagée au Parlement.

Au Maroc, la mobilisation de la génération Z, baptisée GenZ 212, se poursuit quotidiennement avec des manifestations réclamant de meilleurs services sociaux et la lutte contre la corruption. Après une semaine de tensions marquée par des affrontements dans plusieurs villes, des violences ayant éclaté, le gouvernement a finalement autorisé les rassemblements. Les manifestants demandent désormais la démission de l’exécutif.

Depuis que les manifestations sont autorisées, des récits glaçants émergent sur l’état désastreux des soins de santé dans le pays. Lors d’un rassemblement à Aïn Diab, un quartier de Casablanca situé sur la côte atlantique, Mohammed, un jeune homme d’une vingtaine d’années, a partagé l’histoire poignante de sa mère malade.

« Je ne suis pas venu ici pour faire de la violence, je veux juste qu’on s’intéresse à la situation de ma mère. Je l’aime et je suis prêt à mourir pour elle. »

Mohammed, manifestant

Tenant des photos de sa mère, il a expliqué que les médecins lui avaient annoncé qu’elle était incurable. Un autre hôpital était disposé à l’opérer, mais pour un coût de 9 000 euros (environ 9 600 dirhams).

Ces témoignages mettent en lumière les dysfonctionnements du système de santé marocain, tant public que privé. Les hôpitaux publics souffrent d’une grave pénurie de personnel, tandis que les établissements privés sont accusés de privilégier les profits au détriment des patients.

L’histoire de Rachida Abdous, de Rabat, illustre également la perte de confiance de la classe moyenne marocaine envers les soins privés. Il y a trois ans, son mari s’est rendu dans une clinique privée près de leur domicile pour des douleurs abdominales persistantes.

Après trois jours de traitement, des complications sont apparues et il a été opéré en urgence, sans le consentement de Rachida. Lorsqu’elle a tenté de rendre visite à son mari après l’intervention, elle a reçu une nouvelle dévastatrice : il n’avait pas survécu.

« Nous avions choisi un hôpital privé parce que nous étions bien assurés. Je veux juste savoir ce qui est arrivé exactement à mon mari. »

Rachida Abdous

« Nous avions choisi un hôpital privé parce que nous étions bien assurés. Mon mari ne voulait pas aller dans un hôpital public, fréquenté par les personnes aux revenus modestes », a-t-elle expliqué. Elle a déposé une plainte contre l’hôpital.

« La plainte ne vise pas à les accuser, je veux juste savoir ce qui s’est passé exactement », a-t-elle précisé. Un examen de son dossier médical par des médecins d’un autre hôpital aurait révélé des erreurs médicales. Après trois ans, elle attend toujours une explication de la clinique privée.

Le débat public sur le système de santé marocain, relancé par le mouvement GenZ 212, constitue une première victoire pour les manifestants. Des histoires que les Marocains se racontaient en privé sont désormais exposées dans les médias.

Malgré la pression croissante sur le cabinet du Premier ministre Aziz Akhannouch pour qu’il démissionne, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, se montre ferme. Il a annoncé lors d’un débat d’urgence la suppression des subventions gouvernementales aux hôpitaux privés, afin de réaffecter ces fonds aux soins publics.

Cette annonce a suscité une réaction vive de l’ANCP, l’organisation faîtière des hôpitaux privés marocains, qui affirme qu’aucun de ses membres n’a jamais bénéficié de subventions publiques.

L’ANCP a demandé au ministre de publier la liste des cliniques privées qui auraient reçu une aide de l’État. Cette initiative semble avoir un effet contre-productif, soulevant davantage de questions qu’elle n’en résout.

L’une des principales revendications du mouvement GenZ est la démission du gouvernement de Tahraoui, ou son remplacement par le roi Mohammed VI. La situation pourrait évoluer vers une motion de censure au Parlement, soutenue par une majorité parlementaire.

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