Washington – La députée américaine Marjorie Taylor Greene a annoncé sa démission de la Chambre des représentants, une décision surprenante qui intervient après des tensions croissantes avec l’ancien président Donald Trump et des désaccords sur la stratégie politique du parti républicain.
- Marjorie Taylor Greene quitte son mandat en raison de la perspective d’une primaire républicaine contestée, soutenue par Donald Trump, et de craintes concernant les élections de mi-mandat.
- La députée dénonce un Congrès qu’elle juge inefficace et une déconnexion entre les élites politiques et les préoccupations quotidiennes des Américains.
- Donald Trump a salué la démission de Mme Greene, la qualifiant de « bonne nouvelle pour le pays ».
La démission de Marjorie Taylor Greene, une figure controversée du parti républicain, marque un tournant inattendu. Élue de Géorgie, elle était autrefois une fervente alliée de Donald Trump et une ardente défenseure de son programme « America First ». Cependant, les relations entre les deux personnalités se sont détériorées ces derniers mois, notamment suite à la publication de documents judiciaires liés à l’affaire Jeffrey Epstein.
Dans une vidéo d’une dizaine de minutes diffusée sur les réseaux sociaux, Mme Greene a expliqué que sa décision était motivée par la crainte de devoir affronter un candidat républicain soutenu par M. Trump lors des primaires, ainsi que par la possibilité que les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de l’année prochaine. Elle a également critiqué le manque d’action du Congrès, qu’elle juge largement « marginalisé » depuis le retour de M. Trump à la présidence en janvier.
« J’ai trop de respect pour moi-même et de dignité, j’aime beaucoup trop ma famille et je ne veux pas que mon adorable district doive subir une primaire blessante et haineuse contre moi de la part du président pour lequel nous nous sommes tous battus, pour ensuite nous battre et gagner mon élection alors que les Républicains perdront probablement les élections de mi-mandat. »
Marjorie Taylor Greene, députée de Géorgie
Interrogé par ABC News, Donald Trump a réagi à l’annonce de la démission, la qualifiant de « excellente nouvelle pour le pays. C’est formidable ».
Mme Greene a également dénoncé l’état de la politique américaine, estimant que ni les républicains ni les démocrates ne s’efforcent réellement de résoudre les problèmes concrets auxquels sont confrontés les Américains, tels que l’augmentation du coût de la vie. Elle a souligné que les électeurs se sentent de plus en plus déconnectés de Washington, conscients de leurs dettes, de la hausse des factures et de l’augmentation des prix des biens de consommation.
Les tensions entre M. Trump et Mme Greene ont alimenté les inquiétudes au sein du parti républicain quant à une possible fragmentation de la base électorale « Make America Great Again » (MAGA) à un an des élections de mi-mandat, où les démocrates espèrent reprendre le contrôle du Congrès. La démission de Mme Greene réduit la majorité républicaine à la Chambre des représentants à 218 sièges, contre 213 pour les démocrates. Au Sénat, les républicains disposent d’une majorité de 53 sièges contre 47 pour les démocrates.
Mme Greene avait affiché une indépendance croissante vis-à-vis de M. Trump, notamment en soutenant la publication des documents liés à l’affaire Epstein malgré ses objections, en critiquant la direction de la Chambre pour son inaction face à la hausse des coûts des soins de santé et en qualifiant l’offensive israélienne à Gaza de « génocide ». En retour, M. Trump est devenu plus virulent à son encontre, la qualifiant de « traître » et de « honte » pour le parti républicain, lui retirant son soutien et la traitant de « folle déclamatoire ».
« Si je suis mise de côté par MAGA Inc et remplacée par les néoconservateurs, les grandes sociétés pharmaceutiques, les grandes technologies, le complexe de guerre militaro-industriel, les dirigeants étrangers et la classe des donateurs d’élite qui ne peuvent même pas s’identifier aux vrais Américains, alors de nombreux Américains ordinaires seront également mis de côté et remplacés. »
Marjorie Taylor Greene, députée de Géorgie
Dans sa vidéo, Mme Greene a défendu son vote concernant l’affaire Epstein et a affirmé être fière de son bilan conservateur, tout en lançant un message à M. Trump sur l’importance d’une loyauté réciproque. Son allié à la Chambre, le représentant Thomas Massie, a salué sa décision sur X, affirmant qu’elle incarnait « ce qu’un véritable représentant devrait être ». Barbara Comstock, ancienne membre républicaine de la Chambre des représentants et critique de Donald Trump, a également salué la décision de Mme Greene sur les réseaux sociaux.
Mme Greene avait remporté sa circonscription du nord-ouest de la Géorgie avec 64 % des voix en 2024. Les habitants de la région ont exprimé cette semaine l’espoir que ses différends avec M. Trump se résolvent rapidement et ont manifesté leur volonté de continuer à la soutenir, ainsi que l’ancien président. Cependant, Mme Greene a clairement indiqué qu’elle n’avait aucune intention de se lancer dans une bataille contre un adversaire soutenu par M. Trump.
