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Groenland : Trump et le scénario russe

by Clara Dubois

Publié le 7 janvier 2026 22:42:00. Les États-Unis seraient activement engagés dans une stratégie visant à accroître leur influence au Groenland, suscitant des inquiétudes en Europe quant à une possible reprise de l’île par Washington, une manœuvre perçue comme un écho aux tactiques de déstabilisation employées par la Russie.

  • L’administration américaine intensifie ses efforts pour semer la discorde entre le Groenland et le Danemark, notamment en soutenant les mouvements indépendantistes groenlandais.
  • Des services de renseignement américains seraient impliqués dans l’étude du mouvement indépendantiste groenlandais, et Washington tenterait de négocier directement avec le gouvernement groenlandais.
  • Les experts européens craignent que cette stratégie ne reproduise les méthodes de désinformation et de soutien aux forces dissidentes utilisées par la Russie pour déstabiliser les États européens.

Selon des informations révélées par le magazine Politico, citant des sources au sein de l’Union européenne, de l’OTAN, ainsi que des diplomates et des experts de la défense, l’administration Trump aurait clairement défini une voie pour prendre le contrôle du Groenland et serait déjà en train de la mettre en œuvre. Le magazine économique The Economist confirme cette analyse.

Cette stratégie inquiète particulièrement les pays européens, qui y voient un parallèle troublant avec les méthodes expansionnistes de Vladimir Poutine. Il s’agirait d’un mélange de désinformation, de soutien aux mouvements autonomistes et indépendantistes, et de partis opposés à l’UE, dans le but d’exacerber les divisions politiques au sein d’un État – une tactique que la Russie a déjà employée en Europe.

Felix Kartte, expert en politique numérique ayant conseillé des institutions et des gouvernements européens, a illustré cette stratégie en évoquant les actions russes en Moldavie, en Roumanie et en Ukraine. Selon lui, Moscou combine des actions sur le terrain, comme le soutien financier à des partis extrémistes et à des oligarques pro-russes, avec une campagne de désinformation massive en ligne.

« D’énormes réseaux de faux comptes et de pseudo-médias se construisent pour diffuser ces activités en ligne et amplifier certains candidats ou postes. »

Felix Kartte, expert en politique numérique

L’objectif n’est pas toujours de présenter une option pro-russe comme la meilleure, mais plutôt de donner l’impression qu’elle est plus répandue et populaire qu’elle ne l’est réellement, créant ainsi un sentiment d’inévitabilité.

Selon The Economist, des responsables américains tentent d’attiser les tensions entre le Groenland et le Danemark depuis près d’un an. La brève visite du vice-président JD Vance, au cours de laquelle il a critiqué la gestion du Groenland par le Danemark et souligné le droit à l’autodétermination du peuple groenlandais, en est un exemple. De plus, la nomination d’un envoyé spécial au Groenland par Trump avant Noël pourrait être interprétée comme une tentative de traiter l’île comme une entité distincte du Danemark.

Les services de renseignement américains étudieraient intensivement le mouvement indépendantiste groenlandais afin d’identifier les sympathisants potentiels. Le gouvernement danois a déjà convoqué à trois reprises des diplomates américains pour dénoncer des activités d’espionnage et une campagne d’influence secrète au Groenland. Les services de renseignement militaires danois ont même intégré les États-Unis à leur évaluation de la sécurité.

Parallèlement, Washington tenterait de conclure un accord directement avec le gouvernement groenlandais, contournant ainsi le Danemark. Selon The Economist, des représentants américains ont déjà tenté d’entamer des négociations directes, mais se sont heurtés à un refus pour l’instant. Un accord d’association, similaire à ceux conclus avec certains États insulaires du Pacifique, serait envisagé, offrant aux États-Unis une liberté d’action militaire et un accès privilégié au marché groenlandais.

Copenhague souligne qu’un accord existant offre déjà de nombreuses options aux États-Unis, sans restrictions sur le déploiement de troupes, bien que des modifications importantes nécessiteraient l’accord du Danemark.

L’histoire coloniale entre le Groenland et le Danemark, qui a duré de 1721 à 1953, continue d’influencer les relations actuelles. L’intégration du Groenland au Danemark a été marquée par des politiques de danoisisation, parfois assimilables à une forme de colonisation continue, comme le cas des « enfants expérimentaux » inuits déportés de force au Danemark. Selon l’historienne Astrid Nonbo Andersen, spécialiste du sujet, cette histoire est encore mal connue au Danemark.

En 2009, le Groenland a voté en faveur de l’autonomie, ouvrant la voie à une éventuelle indépendance par le biais d’un référendum suivi de négociations avec Copenhague, sous réserve de l’approbation du parlement danois.

Les tentatives américaines de s’emparer du Groenland ne sont pas nouvelles. Dès 1867, William H. Seward, secrétaire d’État américain, avait cherché à acquérir le Groenland et l’Islande après avoir négocié l’achat de l’Alaska à la Russie. Plusieurs tentatives ont échoué par la suite.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, après l’occupation du Danemark par l’Allemagne nazie, les États-Unis ont appliqué leur doctrine Monroe aux colonies européennes de l’Atlantique Nord et ont pris le contrôle du Groenland, en raison de son importance stratégique.

Maier : l’UE « soutient rhétoriquement le Danemark »

La correspondante de l’ORF, Verena Sophie Maier, analyse les options de l’UE pour contrer les ambitions américaines concernant le Groenland.

Depuis lors, la présence militaire américaine au Groenland est continue. En 1948, le Danemark renonça à demander le retrait des forces américaines. En 1951, un accord de sécurité distinct entre Washington et Copenhague fut conclu, et renouvelé en 2004, dans le cadre de la création de l’OTAN.

Selon Astrid Andersen, la majorité des partis politiques groenlandais soutiennent l’indépendance, et un sondage récent a révélé une large majorité en faveur de cette idée, bien que 85 % des Groenlandais soient opposés à une adhésion aux États-Unis. La pression américaine actuelle pourrait donc se retourner contre elle.

L’indépendance ne pourra être obtenue qu’à travers des accords avec le Danemark, les États-Unis, l’OTAN et l’UE. Le Parlement européen exhorte depuis des mois le Conseil de l’UE à promouvoir l’adhésion du Groenland à l’UE. L’île bénéficie actuellement d’un statut spécial après son retrait de la Communauté économique européenne en 1985 (lié aux droits de pêche) et n’en est pas membre.

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