Publié le 12 janvier 2026 20:25:00. Le débat s’intensifie au Royaume-Uni sur la valeur réelle d’un diplôme universitaire face aux défis croissants de la mobilité sociale, alors qu’un vice-chancelier estime que le diplôme n’est plus qu’un simple visa pour l’emploi.
- Le professeur Shitij Kapur, vice-chancelier du King’s College de Londres, affirme que le diplôme universitaire britannique ne garantit plus l’ascension sociale.
- Des experts soulignent que la mobilité sociale est influencée par de nombreux facteurs, notamment l’origine sociale, la région, la race et les discriminations.
- Des critiques estiment que le véritable problème du Royaume-Uni réside dans un manque d’ambition politique et d’investissement dans une économie capable d’utiliser pleinement ses compétences.
L’affirmation du professeur Shitij Kapur selon laquelle le Royaume-Uni connaît une « surabondance » de diplômés et que les diplômes ont perdu de leur pouvoir d’ascension sociale a suscité une vive réaction. Selon lui, le diplôme est passé d’un « passeport » à un simple « visa » pour la mobilité sociale. Cette analyse, publiée le 3 janvier, a relancé un débat crucial sur l’efficacité du système éducatif supérieur britannique et son adéquation avec les besoins du marché du travail.
Cependant, de nombreux observateurs nuancent cette vision. La mobilité sociale est un phénomène complexe, bien au-delà de la simple possession d’un diplôme. Des recherches menées par Daniel Laurison et Sam Friedman mettent en évidence l’existence d’un « plafond de classe », qui favorise les individus issus de milieux socio-économiques privilégiés lors de la recherche d’emploi. Si l’accès à l’emploi est entravé par des préjugés et des discriminations, le capital social diminue, freinant ainsi la mobilité sociale.
Certains estiment que le professeur Kapur adopte une vision trop restrictive du profil des diplômés britanniques. L’introduction croissante de programmes d’apprentissage diplômants dans diverses disciplines a considérablement diversifié la population étudiante. Ces apprentis acquièrent non seulement des qualifications académiques solides, mais également des compétences professionnelles recherchées par les employeurs.
Le professeur Patrick Callaghan, de l’Université de South Bank de Londres, propose une perspective différente. Il souligne qu’un diplôme est souvent une condition nécessaire, mais non suffisante, pour obtenir un emploi. La capacité à démontrer des compétences professionnelles spécifiques est, selon lui, le véritable « passeport » pour réussir. C’est pourquoi les universités s’efforcent de plus en plus de développer l’employabilité de leurs étudiants.
Pour le professeur Callaghan, le problème fondamental du Royaume-Uni n’est pas un excès de diplômés, mais plutôt un manque d’ambition politique, une stratégie industrielle déficiente et un manque d’investissement dans une économie capable d’absorber les talents disponibles. Il reconnaît que le marché du travail a évolué et que l’avantage conféré par un diplôme a diminué, mais il insiste sur le fait que les diplômés continuent de gagner significativement plus que les non-diplômés.
Cette situation est particulièrement préoccupante dans les domaines scientifiques (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques – STEM), où le Royaume-Uni enregistre une perte croissante de talents vers d’autres pays.
Le Dr Campbell Edinborough, professeur agrégé en pratique créative à l’Université de Leeds, exprime son inquiétude face aux propos du professeur Kapur. Il estime qu’il est dangereux de qualifier un diplômé de « surplus », comme si la valeur de l’éducation se limitait à sa contribution au produit intérieur brut (PIB). Il souligne l’importance de l’éducation, de l’apprentissage et du développement personnel dans l’évolution des étudiants et met en garde contre le risque de sous-estimer la valeur de la pensée critique, de l’alphabétisation et de l’imagination dans un contexte mondial où les valeurs démocratiques sont en déclin.
Enfin, Nicolas Milton, de Stratford-upon-Avon, Warwickshire, plaide pour que la mobilité sociale soit reconnue comme un critère protégé par la loi sur l’égalité de 2010, à l’instar de l’âge, de la race, du sexe et du handicap. Il déplore le silence des universités sur cette question, alors que de nombreux étudiants issus de milieux défavorisés continuent de rencontrer des obstacles importants pour accéder à l’enseignement supérieur et obtenir des emplois de qualité.
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