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Il y a 60 000 ans : les gens chassaient très tôt avec des flèches empoisonnées

Publié le 7 février 2024 10:32:00. Des pointes de flèches datant de 60 000 ans, découvertes en Afrique du Sud, révèlent l'utilisation précoce d'un poison végétal pour la chasse, témoignant d'une complexité cognitive insoupçonnée chez les premiers Homo…

Il y a 60 000 ans : les gens chassaient très tôt avec des flèches empoisonnées

Publié le 7 février 2024 10:32:00. Des pointes de flèches datant de 60 000 ans, découvertes en Afrique du Sud, révèlent l’utilisation précoce d’un poison végétal pour la chasse, témoignant d’une complexité cognitive insoupçonnée chez les premiers Homo sapiens.

  • Des chercheurs ont identifié des traces de toxines, notamment de buphandrine extraite du nénuphar (Distiques boophones), sur des pointes de flèches en quartz datant d’environ 60 000 ans.
  • Cette découverte constitue la plus ancienne preuve directe de l’utilisation d’armes empoisonnées par les humains, bien antérieure aux premières traces connues il y a 4 000 ans en Égypte.
  • L’utilisation du poison impliquait une planification sophistiquée, une connaissance approfondie du comportement animal et de la flore locale, et une compréhension des effets biochimiques des plantes.

L’utilisation du poison pour la chasse remonte à une époque beaucoup plus lointaine qu’on ne le pensait. Une équipe de recherche a annoncé avoir trouvé des preuves directes de cette pratique chez les premiers Homo sapiens, il y a près de 60 000 ans. Les vestiges, des pointes de flèches en roche de quartz, ont été mis au jour dans l’abri sous roche d’Umhlatuzana, dans la province du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud.

L’étude, publiée dans la revue Science Advances, révèle la présence de toxines sur cinq des dix pointes analysées. Les chercheurs ont notamment identifié le principal principe actif du nénuphar (Distiques boophones), la buphandrine. Selon Sven Isaksson, de l’Université de Stockholm, « au meilleur de nos connaissances, nous présentons la première preuve directe de l’utilisation de ce poison végétal sur les pointes des armes de chasse ».

Cette découverte est d’autant plus remarquable que les premiers Homo sapiens ont quitté l’Afrique il y a environ 60 000 ans et n’ont atteint l’Europe centrale que 10 000 ans plus tard. Les outils traités avec du poison les plus anciens connus jusqu’à présent dataient de 20 000 à 30 000 ans. Les premières preuves directes de fléchettes empoisonnées, quant à elles, provenaient d’une ancienne tombe égyptienne et étaient datées d’environ 4 000 ans.

Les chercheurs estiment que le poison n’avait pas forcément pour but de tuer directement les animaux, mais plutôt de les affaiblir et de faciliter leur capture. Une telle stratégie nécessitait une connaissance précise du comportement des proies et une expertise en botanique.

Des pointes de flèches vieilles de 60 000 ans sur lesquelles des traces de poison ont été découvertes

Isaksson et al., Sci. Av. 12, eadz3281

Des pointes de flèches vieilles de 60 000 ans sur lesquelles des traces de poison ont été découvertes

L’équipe de recherche souligne que l’utilisation du poison impliquait des capacités cognitives avancées. « Parce que le poison agit chimiquement, les chasseurs ont dû recourir à la planification prospective, à l’abstraction et au raisonnement causal », explique le groupe. Ils devaient être capables d’identifier, d’extraire et d’utiliser efficacement les substances toxiques présentes dans les plantes.

Selon Sven Isaksson, interrogé par ORF Wissen, « vous pouvez imaginer que quelqu’un ait essayé de manger le poison, puis soit tombé malade ou soit mort : il a alors su que la plante était toxique ». Mais, ajoute-t-il, « l’idée d’utiliser le danger potentiel comme avantage stratégique nécessitait une autre étape cognitive cruciale ».

Distiques boophones au Mozambique

Wikimédia/Ton Rulkens/Jacopo Werther

La sève du nénuphar est toxique et était utilisée pour la chasse il y a 60 000 ans.

La source la plus probable des toxines serait la sève laiteuse du bulbe du nénuphar, également connu localement sous le nom de « bulbe empoisonné » (Gifbol). Cette sécrétion, une fois séchée au soleil, prend une consistance caoutchouteuse et devient prête à l’emploi. Même en petite quantité, le poison peut être mortel pour les rongeurs en 20 à 30 minutes et provoquer des symptômes tels que des nausées, un relâchement musculaire et une paralysie respiratoire chez l’homme. Son efficacité en tant que poison de chasse dépend de la préparation et du dosage, soulignent les chercheurs.

En améliorant le succès de la chasse, le poison a permis de produire des flèches plus petites sans compromettre leur efficacité. Cela a réduit l’effort physique et amélioré l’accès à la viande, selon Sven Isaksson. Des sources historiques, comme celles du naturaliste suédois Carl Peter Thunberg au XVIIIe siècle, décrivent également l’utilisation de poison pour chasser le springbok. La stabilité chimique des toxines explique qu’elles puissent encore être détectées sur les pointes de pierre après des dizaines de milliers d’années.

Au-delà de la chasse, cette découverte pourrait également marquer les prémices de la médecine. « Auparavant, les humains utilisaient les plantes principalement comme nourriture et comme matière première pour fabriquer des outils, mais ils les utilisent désormais également pour produire des médicaments, des drogues et des poisons », explique Sven Isaksson. Cela témoigne d’un intérêt croissant pour les effets biochimiques des plantes, une étape supplémentaire vers la complexité cognitive.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.