Home SantéIls expliquent pourquoi les femmes sont plus touchées par la maladie d’Alzheimer

Ils expliquent pourquoi les femmes sont plus touchées par la maladie d’Alzheimer

by Sophie Martin

Publié le 15 octobre 2025 18h00. Les femmes sont plus susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer que les hommes, et une nouvelle étude de l’Université de Californie à Los Angeles révèle un mécanisme génétique lié au chromosome X qui pourrait expliquer cette disparité.

  • La maladie d’Alzheimer touche environ deux femmes sur trois.
  • Des chercheurs ont identifié un gène sur le chromosome X, Kdm6a, qui provoque une inflammation cérébrale plus importante chez les femmes.
  • Le médicament contre le diabète, la metformine, pourrait avoir un effet inhibiteur sur ce gène et potentiellement offrir une nouvelle voie thérapeutique.

Longtemps, la prédominance de la maladie d’Alzheimer chez les femmes a été attribuée à leur espérance de vie plus longue. Cependant, des recherches récentes démontrent que la longévité n’est pas le seul facteur en jeu. Une interaction complexe entre la biologie, la génétique et les spécificités des transitions de vie féminines semble jouer un rôle crucial.

L’équipe de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) UCLA a identifié le gène Kdm6a, situé sur le chromosome X, comme un contributeur majeur à l’inflammation des cellules immunitaires du cerveau, appelées microglies. Cette inflammation a été observée dans un modèle murin de sclérose en plaques. Les femmes, possédant deux chromosomes X, subissent une « double dose » de cette inflammation, ce qui pourrait favoriser le développement de la maladie d’Alzheimer, de la sclérose en plaques et même des troubles cognitifs liés à la ménopause.

En supprimant le gène Kdm6a et la protéine associée chez des souris femelles, les chercheurs ont constaté une amélioration significative de l’état de la maladie et des anomalies neuropathologiques. Ces résultats suggèrent que cibler ce gène pourrait offrir une nouvelle approche thérapeutique.

« On sait depuis longtemps qu’il existe des différences entre les sexes dans le cerveau, qui peuvent affecter à la fois la santé et les maladies neurologiques. »

Rhonda Voskuhl, directrice du programme de sclérose en plaques à UCLA Health

La sclérose en plaques et la maladie d’Alzheimer touchent en effet les femmes deux à trois fois plus souvent que les hommes. De plus, les deux tiers des femmes en bonne santé signalent des troubles de la concentration pendant la ménopause. « Ces nouvelles découvertes expliquent pourquoi et ouvrent la voie à de nouveaux traitements pour résoudre ce problème », souligne Rhonda Voskuhl.

L’étude a également révélé que la metformine, un médicament couramment utilisé pour traiter le diabète et qui présente des propriétés potentiellement anti-âge, inhibe la protéine produite par le gène Kdm6a. L’inhibition du gène Kdm6a dans les cellules immunitaires du cerveau a permis de transformer les molécules inflammatoires d’un état actif à un état de repos. Ces effets bénéfiques ont été observés chez les souris femelles, mais dans une moindre mesure chez les mâles, ce qui renforce l’hypothèse d’une sensibilité accrue des femmes.

« Cela correspond à la possibilité qu’il y ait davantage de facteurs à bloquer chez les femmes en raison de la présence de deux copies du gène lié au chromosome X », explique Voskuhl. Elle ajoute que cela pourrait également expliquer pourquoi les femmes sont plus susceptibles de développer la sclérose en plaques et la maladie d’Alzheimer. « Cela a des implications cliniques : les femmes pourraient réagir différemment au traitement par la metformine que les hommes. »

Les résultats de cette recherche pourraient également éclairer le phénomène du « brouillard cérébral » que certaines femmes expérimentent pendant la ménopause. Selon Voskuhl, les chromosomes et les hormones sexuelles atteignent un équilibre au cours de l’évolution. Chez les femmes, un certain niveau d’inflammation, lié au chromosome X, pourrait être bénéfique pour lutter contre les infections pendant l’âge de procréer. Cet équilibre est maintenu par les œstrogènes, qui ont des propriétés anti-inflammatoires et neuroprotectrices. Cependant, avec la ménopause et la diminution des œstrogènes, les effets pro-inflammatoires et neurodégénératifs du chromosome X se manifestent.

Les chercheurs espèrent que ces découvertes ouvriront de nouvelles perspectives pour le développement de traitements ciblés pour les maladies neurodégénératives chez les femmes. Des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats et évaluer l’efficacité de la metformine et d’autres approches thérapeutiques chez l’humain.

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