Home SantéIls trouvent le point faible du champignon qui inquiète le plus les hôpitaux

Ils trouvent le point faible du champignon qui inquiète le plus les hôpitaux

by Sophie Martin

Publié le 26 mars 2025. Un champignon hospitalier multirésistant, Candida auris, inquiète les autorités sanitaires du monde entier. Des chercheurs viennent d’identifier un point faible crucial dans son métabolisme, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.

  • Pour la première fois, les scientifiques ont mis en évidence la manière dont Candida auris vole le fer à l’organisme humain pour survivre.
  • Cette découverte révèle l’existence de gènes spécifiques, appelés XTC, qui agissent comme des « pompes d’aspiration » pour capter le fer.
  • Bloquer ce système pourrait affamer le champignon et offrir une nouvelle approche thérapeutique, notamment via l’utilisation de chélateurs du fer.

Depuis des années, Candida auris représente une menace croissante dans les hôpitaux. Ce champignon est particulièrement redoutable en raison de sa résistance à de nombreux médicaments antifongiques, de sa capacité à coloniser les surfaces et à persister longtemps dans l’environnement hospitalier, et de son potentiel à provoquer des infections graves, voire mortelles. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le classe comme un pathogène prioritaire critique.

L’étude, publiée dans la revue Communications Biology, ne propose pas de solution immédiate, mais offre un avantage stratégique inédit dans la lutte contre ce micro-organisme. Les chercheurs ont découvert que Candida auris contourne les défenses naturelles de l’organisme en exploitant une faiblesse clé : le fer.

Le corps humain contrôle rigoureusement la disponibilité du fer, le maintenant à des niveaux très bas pour empêcher les bactéries et les champignons de l’utiliser pour leur croissance. Sans fer, de nombreux agents pathogènes ne peuvent tout simplement pas survivre. Cependant, Candida auris possède un mécanisme sophistiqué pour surmonter cet obstacle.

L’étude révèle que le champignon utilise un groupe de gènes, les gènes XTC, qui fonctionnent comme de véritables « pompes d’aspiration » pour capter le fer, même dans des conditions où il est rare. En bloquant ce système, les chercheurs ont constaté que le champignon meurt littéralement de faim.

Mener des recherches sur Candida auris est complexe. Sa capacité à se développer à 37°C (la température du corps humain) exclut l’utilisation de nombreux modèles expérimentaux classiques. Pour contourner cette difficulté, les scientifiques ont fait appel à un allié inattendu : le killifish, un petit poisson capable de tolérer des températures élevées.

Ce poisson a permis d’observer en temps réel comment le champignon infecte, se nourrit et se propage au sein d’un organisme vertébré. Grâce à ce modèle animal, les chercheurs ont pu identifier précisément les mécanismes génétiques impliqués dans l’absorption du fer.

Cette découverte ouvre la voie à une approche thérapeutique prometteuse : l’utilisation de chélateurs du fer, des médicaments déjà existants qui réduisent la disponibilité de ce métal dans l’organisme. Au lieu d’attaquer directement le champignon – une stratégie qui conduit souvent à la résistance – l’idée serait de le priver d’une ressource essentielle à sa survie. Des études récentes soulignent également l’importance de la décontamination des surfaces hospitalières pour limiter la propagation de ce champignon.

De plus, cette découverte pourrait permettre d’identifier les souches de Candida auris les plus dangereuses, celles qui sont capables de capter le fer plus efficacement et donc plus agressives pour les patients vulnérables.

Bien que des essais cliniques et une validation supplémentaire soient nécessaires avant de pouvoir développer de nouveaux traitements, cette avancée représente un tournant majeur. Pour la première fois, Candida auris cesse d’être un ennemi insaisissable et devient un organisme dont la vulnérabilité peut être exploitée. Dans un contexte de résistance croissante aux antimicrobiens, comprendre comment ces agents pathogènes survivent est devenu une question de survie pour les hôpitaux.

Source : Xataka.

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