Publié le 25 novembre 2025 à 15h30. Des tensions diplomatiques se sont exacerbées en Asie de l’Est après des critiques virulentes en ligne en Chine à l’encontre de Singapour, suite aux déclarations du Premier ministre singapourien Lawrence Wong sur les relations sino-japonaises et la situation à Taïwan.
- Les commentaires du Premier ministre Wong ont suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux chinois, allant de critiques nationalistes à des attaques personnelles.
- Cette controverse s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et le Japon, notamment après des déclarations de responsables japonais sur Taïwan.
- Malgré cette levée de boucliers, il n’y a pour l’instant aucun signe que ces tensions affecteront les relations diplomatiques entre Singapour et la Chine.
La polémique a débuté après que Lawrence Wong, lors du Forum Bloomberg sur la nouvelle économie à Singapour, a souligné l’importance de la stabilité en Asie et a exprimé l’espoir que la Chine et le Japon trouveraient des moyens de désamorcer leurs différends. Il a également évoqué le poids de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans les relations sino-japonaises.
« Nous espérons que les deux pays trouveront des moyens de résoudre ces problèmes très complexes et d’aller de l’avant. L’Asie du Sud-Est l’a fait avec le Japon. Cela a pris du temps, mais avec le passage du temps, avec le passage des générations, les sentiments ne sont plus les mêmes et nous avons mis l’histoire de côté. Et nous avançons », avait-il déclaré.
Ces propos ont été rapidement repris et déformés par certains médias à Hong Kong, notamment am730 et on.cc, qui ont affirmé que le Premier ministre Wong « laissait entendre » que la Chine devait « abandonner ses préjugés historiques ». Le site d’information HK01, connu pour son positionnement pro-Pékin, a publié une série d’articles axés sur les commentaires de M. Wong, qualifiant le « parti pris évident » de Singapour dans le conflit sino-japonais de « déconcertant ». Ces critiques interviennent après que la ministre japonaise Sanae Takaichi a déclaré que toute action militaire chinoise contre Taïwan pourrait constituer une menace existentielle pour le Japon, suscitant la colère de Pékin.
La Chine a réagi en dénonçant cette déclaration comme une ingérence dans ses « affaires intérieures », en imposant des avertissements aux voyageurs, des embargos commerciaux et en multipliant les démonstrations de force militaire. La levée de boucliers en ligne s’est traduite par une vague de commentaires virulents sur les réseaux sociaux chinois, certains qualifiant Singapour de « comté de Po » (un niveau administratif inférieur en Chine) et l’accusant de vouloir imposer à la Chine d’« oublier le passé ». Des messages tels que « Singapour est le chien courant des États-Unis » et « La Chine a été trop bonne envers Singapour » ont également circulé largement.
Le hashtag « Pourquoi Singapour ose s’immiscer dans le conflit sino-japonais » est même devenu un sujet tendance sur Weibo, la version chinoise de X, le 25 novembre. Certains observateurs estiment que cette campagne de critiques a été en partie orchestrée, tandis que d’autres soulignent l’intérêt personnel des créateurs de contenu à attirer l’attention sur leurs plateformes en publiant des dénonciations toujours plus virulentes.
Lors du forum, le Premier ministre Wong avait également souligné que des enquêtes récentes montraient que Singapour et d’autres pays d’Asie du Sud-Est considéraient le Japon comme la grande puissance la plus fiable de la région. Le rapport annuel de l’ISEAS – Yusof Ishak Institute, publié en avril 2025, confirme cette tendance, indiquant que le Japon reste la « grande puissance la plus fiable » aux yeux des décideurs politiques de la région.
« Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon a contribué activement à la croissance et au développement de la région. C’est un fait. Je pense donc que (le Premier ministre Wong) venait de ce point de vue », a déclaré M. Lye Liang Fook, chercheur associé à l’institut, au Straits Times.
Un journaliste de HK01, souhaitant rester anonyme, a confié au Straits Times que « la position éditoriale de HK01 sur les questions internationales, en particulier celles liées aux relations sino-américaines et au statut de Taïwan, a toujours été résolument nationaliste et pro-Pékin », ajoutant que « de tels commentaires sur l’actualité internationale sont généralement plus conformes au sentiment général en Chine continentale et ne reflètent pas nécessairement les opinions et les valeurs de la population de Hong Kong ». Bien que les médias d’État chinois, tels que le Global Times et le China Daily, publient régulièrement des articles citant des universitaires dont les opinions sont alignées sur la position officielle de Pékin, ils n’ont pour l’instant pas commenté le mécontentement en ligne ni pris position sur la question singapourienne.
Malgré cette vague d’indignation sur l’internet chinois, il n’y a pour l’instant aucun signe que les relations entre Singapour et la Chine soient affectées.
