Publié le 13 janvier 2024 09:15. L’aérospatiale s’enrichit de compétences inattendues : des experts ont mis en lumière, lors du forum SciTech de l’AIAA à Orlando, comment l’art, le divertissement et même la conception de costumes peuvent stimuler l’innovation dans le secteur spatial.
- L’industrie cinématographique, avec sa logistique rigoureuse et sa capacité à prototyper rapidement, peut servir de modèle pour les projets spatiaux.
- Des figures comme Ted Southern, passé de la création de costumes pour Victoria’s Secret au développement de gants pour combinaisons spatiales, illustrent la valeur des parcours professionnels non linéaires.
- L’enthousiasme suscité par la science-fiction dans les années 1950, notamment grâce à Disney et à des pionniers comme Wernher von Braun, a joué un rôle crucial dans le soutien public à la conquête spatiale.
L’innovation dans le domaine aérospatial ne naît pas uniquement des laboratoires d’ingénierie. Une table ronde organisée le 12 janvier au SciTech Forum de l’AIAA à Orlando a exploré comment des disciplines aussi variées que la narration, le spectacle et les arts visuels peuvent nourrir l’ingénierie, et inversement.
Danica Vallone, membre du conseil d’administration et fondatrice de l’Organisation pour la médecine, l’ingénierie et la conception spatiales, Ted Southern, directeur de la division Softgoods pour Paragon Space Development, et Brook Willard, vice-président du développement de Making Space Agency, ont partagé leurs expériences et leurs perspectives.
Danica Vallone a rappelé l’importance de l’imaginaire populaire dans l’essor de l’ère spatiale. Elle a notamment évoqué l’impact de la série de bandes dessinées Dan Oser et de l’émission « Man in Space » de Walt Disney, diffusée en 1955 avec la collaboration de Wernher von Braun. Selon les archives de Disney, cette émission a captivé près de 40 millions d’Américains et a contribué à mobiliser l’opinion publique en faveur de la course à l’espace, incitant même le président Eisenhower à la projeter au Capitole.
« Ne négligez pas l’imagination des choses dont vous êtes tombé amoureux en premier lieu… la plupart d’entre nous sont ici parce que nous avons vu un film, regardé une émission, lu un livre, vu une bande dessinée qui a déclenché notre obsession et notre amour qui ont conduit à courir après la fuite. »
Danica Vallone, membre du conseil d’administration et fondatrice de l’Organisation pour la médecine, l’ingénierie et la conception spatiales
Ted Southern a relaté son parcours atypique, débuté comme corniste, puis passé par la conception de costumes pour le théâtre new-yorkais – incluant des collaborations avec Victoria’s Secret – avant de se consacrer au développement de gants pour combinaisons spatiales sous contrat avec la NASA.
Son entreprise, Final Picture Design, a remporté le NASA Centennial Challenge en 2009 avant d’être rachetée par Paragon Space Development. Il y supervise désormais la conception de textiles allant des régulateurs thermiques aux sacs pour batteries lithium-ion destinés à l’US Navy, en passant par des textiles pour habitats lunaires à revêtement céramique, compatibles avec des températures proches du zéro absolu (0 Kelvin). Il a également souligné le rôle de Paragon dans le module HALO de Gateway et dans la combinaison spatiale à refroidissement liquide d’Axiom.
Brook Willard a quant à lui tracé son propre chemin, quittant la production cinématographique – où il a coordonné des scènes d’action complexes, comme la poursuite de Jason Bourne à Las Vegas – pour rejoindre le secteur aérospatial. Il a précisé que cette scène, d’une durée de six minutes seulement (soit moins de 5 % du film), a nécessité 89 jours de planification, de montage et de tournage.
Selon lui, l’industrie cinématographique, avec son approche quasi « militariste » de la coordination, ses itérations rapides et sa capacité à fabriquer des prototypes à la demande, représente un véritable « multiplicateur de force » pour les projets spatiaux. En transposant la logistique de construction de décors, l’intégration de capteurs et les protocoles de sécurité à la conception de vaisseaux spatiaux, son entreprise entend combler le fossé entre le spectacle et la rigueur technique.
Les participants à la table ronde ont unanimement reconnu que la fertilisation croisée des compétences – qu’elles proviennent de la bande dessinée, de l’animation ou de la mise en scène de cascades – peut accélérer le prototypage, améliorer l’évaluation des risques et apporter de nouvelles perspectives aux méthodes de travail traditionnelles dans le domaine aérospatial.
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