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José Jerí reconnaît qu’il ne « gagnera » pas la lutte contre l’insécurité à cause d’une « question de temps » | nouvelles | Politique

by Nicolas Lefèvre

Publié le 23 novembre 2025 à 14h30. Le gouvernement péruvien, confronté à une vague de criminalité persistante, est critiqué pour des propositions de loi jugées liberticides et pour l’efficacité limitée de l’état d’urgence décrété à Lima et Callao.

  • Le président José Jeri reconnaît ne pas pouvoir garantir des fêtes de fin d’année sécurisées et mise sur un plan national pour 2026.
  • Un projet de loi gouvernemental visant à criminaliser la divulgation d’informations confidentielles suscite l’inquiétude des défenseurs de la liberté de la presse.
  • L’état d’urgence à Lima et Callao, en vigueur depuis plus d’un mois, ne semble pas avoir freiné la recrudescence des homicides.

Le président péruvien José Jeri a admis publiquement les difficultés rencontrées par son gouvernement dans la lutte contre l’insécurité croissante qui frappe le pays. S’exprimant lors de la sixième session ordinaire du Conseil national de sécurité citoyenne (Conasec) le 21 novembre 2025, il a reconnu que, « pour des raisons de temps », il ne serait pas en mesure de résoudre ce problème dans l’immédiat. Il a toutefois assuré que les fondations d’une amélioration seraient posées pour les administrations futures.

« Quiconque viendra aura le terrain préparé. C’est notre engagement. »

José Jeri, président du Pérou

Le chef de l’État a également promis de « tripler » les efforts, notamment durant les dernières semaines de décembre, afin d’assurer un répit sécuritaire aux citoyens pendant les fêtes de Noël et du Nouvel An. Il a cependant souligné que les résultats actuels ne sont pas à la hauteur des attentes et que le gouvernement est conscient de ses limites.

L’annonce intervient alors que plusieurs mesures prises par l’exécutif sont vivement contestées, notamment un projet de loi controversé qui pourrait restreindre la liberté de la presse. Ce texte prévoit la création d’un délit de divulgation d’informations confidentielles liées aux enquêtes criminelles et aux opérations policières. L’Association nationale des journalistes (ANP) dénonce une initiative qui, en pratique, criminaliserait la diffusion d’informations d’intérêt public et constituerait une censure.

Selon l’ANP, l’article en question vise à « protéger » les informations relatives aux « poursuites pénales, enquêtes et opérations de sécurité », tout en « renforçant l’éthique fonctionnelle » des agents ayant accès à des données classifiées ou sensibles. La divulgation de ces informations serait passible de sanctions pénales, y compris la disqualification des fonctionnaires concernés. L’ANP estime que cette mesure porte atteinte au journalisme d’investigation et viole le secret professionnel.

Parallèlement, l’état d’urgence décrété le 21 octobre 2025 à Lima et Callao, en raison de l’augmentation de la criminalité, suscite des interrogations quant à son efficacité. Initialement prévu pour une durée de 30 jours, il a été prolongé de 30 jours supplémentaires le 21 novembre. L’ancien ministre de l’Intérieur, Rubén Vargas, a exprimé ses doutes quant à cette stratégie, estimant qu’elle avait déjà échoué par le passé. Il a souligné que cette mesure se limite à mobiliser l’armée en soutien à la police, sans planification claire ni objectifs précis pour lutter contre l’insécurité.

Ricardo Valdés, ancien vice-ministre de l’Intérieur, a également estimé que l’état d’urgence n’était pas nécessaire pour contrôler l’extorsion exercée depuis les prisons.

Les données officielles du gouvernement, diffusées par le SINADEF, font état de 54 homicides à Lima et Callao entre le 22 octobre et le 18 novembre, période durant laquelle l’état d’urgence était en vigueur. Au 26 novembre, le SINADEF recensait 2 021 décès par homicide en 2025. Cependant, ces chiffres sont contestés par le commandant général de la Police nationale péruvienne (PNP), Óscar Arriola, qui affirme que les données de la PNP concernant les assassinats, et correspondant exclusivement à des actes criminels, sont différentes : 82 en octobre, 74 en novembre et 54 jusqu’à présent en décembre.

Juan Carbajal, spécialiste des données, met en garde contre une absence de signes de déclin des homicides, même sous l’état d’urgence. Si la tendance actuelle se maintient, le Pérou pourrait dépasser les 2 083 homicides enregistrés l’année précédente et atteindre un niveau critique.

Le gouvernement Jerí prévoit de présenter début 2026 un nouveau plan national de sécurité et les premiers règlements basés sur les pouvoirs législatifs accordés par le Congrès pour une période de 60 jours.

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