Home MondeJour 966 de la guerre au Soudan : RSF viole 19 femmes d’El Fasher

Jour 966 de la guerre au Soudan : RSF viole 19 femmes d’El Fasher

by Clara Dubois

Dans la région du Darfour, au Soudan, des accusations de violences sexuelles systématiques commises par les Forces de soutien rapide (RSF) viennent s’ajouter aux atrocités déjà dévastatrices de la guerre civile. Une coalition de médecins soudanais dénonce des agressions sexuelles massives contre des femmes fuyant la ville assiégée d’El Fasher.

Le Réseau des médecins soudanais, une organisation de professionnels de la santé respectée qui opère malgré le chaos, a publié un communiqué le 8 décembre 2025, faisant état de 19 cas de viol. Les victimes, âgées de 18 à 45 ans, avaient fui El Fasher, dernier bastion majeur des Forces armées soudanaises (SAF) dans le Nord Darfour, tombée aux mains des RSF fin octobre. Des témoignages rapportent que les combattants des RSF ont intercepté ces femmes alors qu’elles cherchaient à rejoindre des zones plus sûres près du Tchad, les soumettant à des abus pendant des heures, certaines étant laissées pour mortes.

« Il ne s’agit pas d’une brutalité isolée ; c’est d’une terreur systématique conçue pour briser les communautés », a déclaré un médecin du réseau, souhaitant rester anonyme, depuis une clinique de campagne débordée par les survivantes.

La chute d’El Fasher, survenue après 966 jours de conflit depuis les premiers affrontements en avril 2023 entre le général Abdel Fattah al-Burhan, à la tête des SAF, et le commandant des RSF, Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, marque un tournant dans la guerre civile. Ce qui avait commencé comme une lutte de pouvoir à Khartoum s’est transformé en un conflit ethnique au Darfour, rappelant le génocide commis il y a vingt ans par les milices Janjaweed, à l’origine des RSF. Plus de 750 000 personnes ont été contraintes de fuir, la plupart à pied, vers les zones frontalières arides du Tchad, où les camps de réfugiés sont confrontés à la famine et aux maladies.

Les agences humanitaires tirent la sonnette d’alarme. Un rapport des Nations Unies décrit « des violences horribles entraînant un exode massif », avec des dizaines de milliers de personnes traversant des champs de mines et des points de contrôle des RSF. Les survivants parlent de sièges de famine, où les blocus imposés par les RSF empêchent l’acheminement de l’aide humanitaire, forçant les civils à survivre en se nourrissant de racines au milieu des bombardements. La famine, classée phase 5 de l’IPC, menace des populations entières dans certaines parties du Nord Darfour, avec un nombre croissant d’enfants décédant de malnutrition. « El Fasher était une bouée de sauvetage ; sa perte est apocalyptique », a averti un responsable de l’ONU, alors que des épidémies de choléra font des centaines de victimes.

Les RSF nient les allégations de viol, les qualifiant de propagande des SAF. Cependant, les preuves s’accumulent. Récemment, des frappes de drones des RSF à Kalogi ont fait 116 morts, dont 46 enfants, selon des sources des SAF. Un rapport de Human Rights Watch sur le Soudan en 2025 liste les pratiques des RSF : massacres, incendies de villages et esclavage sexuel, des tactiques déjà utilisées lors de précédentes campagnes au Darfour.

Le réseau de médecins, qui gère des cliniques clandestines dans les zones contrôlées par les RSF, a acquis une crédibilité importante grâce à son travail en temps de crise. Il a déjà dénoncé les bombardements d’hôpitaux par les RSF et le recrutement d’enfants soldats. Son dernier rapport détaille les 19 cas de viol : des victimes présentant des lacérations, des blessures internes et des traumatismes psychologiques. Beaucoup étaient enceintes ou allaitaient, et certaines ont subi des fausses couches à la suite des violences. « Ces femmes incarnent l’esprit inébranlable du Darfour, mais leurs histoires exigent que des comptes soient rendus à l’échelle mondiale », a déclaré le réseau, appelant à une enquête de la Cour pénale internationale.

La guerre au Soudan est complexe. Les SAF, soutenus par l’Égypte et l’Iran, mènent des campagnes de conscription brutales et bombardent les marchés. Mais les combattants nomades des RSF, issus des bergers arabes, ciblent des groupes non arabes comme les Masalit et les Four, ravivant les spectres du génocide. L’administration du président Donald Trump, réélu en 2024, maintient une position neutre, imposant des sanctions aux deux parties tout en se concentrant sur l’Ukraine et Gaza. L’Union européenne est critiquée pour son hypocrisie : les promesses d’aide s’amenuisent alors que l’or des RSF finance des réseaux liés au groupe Wagner.

La situation continue de se détériorer. Les RSF progressent dans le Kordofan occidental, affrontant les SAF dans des combats sanglants qui entraînent le déplacement de milliers de personnes. Le Tchad est submergé par 750 000 réfugiés, et les camps sont confrontés à une malnutrition croissante. La guerre de l’or fait rage : les RSF contrôlent les mines qui alimentent une économie parallèle valant des milliards de dollars. Les économistes préviennent que le PIB du Soudan a été réduit de moitié, l’inflation a atteint 300 %, et 10 millions de personnes risquent de mourir de faim, selon les données du Programme alimentaire mondial.

La réponse internationale est tardive. Les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU appellent à un cessez-le-feu, mais des vetos de la Russie, qui soutient les RSF, sont à craindre. Les médiateurs de l’Union africaine sont impuissants, l’Éthiopie et le Soudan du Sud étant eux-mêmes confrontés à des crises. Des militants réclament des sanctions ciblées contre les proches d’Hemedti et les généraux des SAF, ainsi que des couloirs sûrs pour l’acheminement de l’aide à El Fasher. « Refusez une nouvelle normalité des atrocités au Darfour », plaide un article d’opinion publié par Al Jazeera, faisant écho aux vœux post-génocide désormais oubliés.

Fatima, 32 ans, utilisant un pseudonyme pour protéger son identité, a confié aux médecins : « Ils sont arrivés au crépuscule, en riant, en déchirant nos hijabs. Avons-nous fui les ruines d’El Fasher pour ça ? » Son témoignage est l’un des milliers : des familles brisées, des vies détruites. Des ONG comme Médecins sans frontières soignent les poussées de maladies sexuellement transmissibles et les traumatismes psychologiques, mais leurs stocks diminuent.

Alors que les RSF consolident leur domination au Darfour, de nombreuses questions restent sans réponse. Hemedti marchera-t-il sur Khartoum ? Les SAF pourront-elles se rallier ? Le bilan de la guerre, qui s’élève à 28 000 morts et 12 millions de déplacés, est comparable aux horreurs de la Syrie. La famine menace 25 millions de personnes, selon les cartes de l’IPC. Pourtant, la résilience persiste : des réseaux clandestins font passer clandestinement de l’aide, des femmes forment des groupes d’autodéfense, et des jeunes diffusent en direct les atrocités. Les viols d’El Fasher mettent en évidence la dimension genrée de la guerre. ONU Femmes signale une augmentation de 200 % des violences sexuelles depuis 2023, souvent impunies. Les procureurs de La Haye s’intéressent aux dirigeants des RSF, s’appuyant sur les accusations portées contre Omar al-Bashir. Mais la justice est lente, tandis que les corps s’entassent.

À Washington, l’envoyé de Trump évoque un effet de levier via des sanctions contre Wagner. L’Europe anticipe des pics de migration en raison de la situation au Tchad. Cependant, la géopolitique entrave l’action : les réserves de lithium et d’uranium du Soudan attirent les puissances dans un contexte de transition verte.

Le 966e jour de la guerre se termine avec les promesses creuses des RSF de « protection civile », résonnant au milieu des tombes fraîches de Kalogi. Les Soudanais de la diaspora manifestent, de Londres à Toronto, pour exiger un embargo sur les armes. L’accusation des médecins n’est pas une simple nouvelle, c’est un cri d’alarme pour la conscience de l’humanité, alors que le Darfour sombre dans l’oubli.

Pour les femmes d’El Fasher, la guérison commence par le témoignage. Leur douleur, consignée dans les dossiers médicaux, accuse non seulement les RSF, mais le monde entier de détourner le regard. La guerre civile au Soudan perdure, un creuset où le viol, la famine et l’ambition forgent de nouveaux enfers. L’ordre mondial doit intervenir, de peur que les fantômes du Darfour ne hantent à jamais.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.