Jusqu’à six enfants d’âge scolaire sur dix souffrent d’anémie dans certaines régions du Sénégal, un chiffre alarmant qui traduit l’ampleur des carences nutritionnelles dans les établissements d’enseignement, selon les données relayées par le ministère de l’Éducation Nationale.
L’anémie pèse lourd sur les bancs de l’école
Au-delà des seules frontières sénégalaises, une revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 dans le Journal of Global Health chiffre à 9,4 % la prévalence globale de l’anémie ferriprive. Ce taux s’élève à 21,9 % en Afrique subsaharienne, d’après cette recherche s’appuyant sur 55 études et évaluant plus de 2,1 millions d’enfants de 5 à 12 ans.
Dans les classes, les répercussions pédagogiques se font directement ressentir.
Dr Aliou Dia, chef de la Division du Contrôle Médical Scolaire au ministère de l’Éducation Nationale, observe des situations où les élèves luttent contre la fatigue en plein cours.

Le déficit en micronutriments, particulièrement en fer, est un problème de santé publique au Sénégal.
Aliou Dia, chef de la Division du Contrôle Médical Scolaire au ministère de l’Éducation Nationale
Les études évoquées par les services compétents font état de taux d’anémie pouvant atteindre 55 à 60 % chez les enfants d’âge scolaire selon les régions, soit 1 enfant sur 2. Ce déficit en hémoglobine entrave la capacité du sang à transporter l’oxygène vers les organes, provoquant fatigue persistante, pâleur, vertiges, maux de tête et difficultés d’apprentissage.
Les habitudes alimentaires manquent de diversité
Les carences observées chez les écoliers trouvent en grande partie leur origine dans leurs repas quotidiens, d’après l’analyse de Ndèye Fatou Ndiaye, qui dirige la division Nutrition à l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA) tout en coordonnant le Comité Sénégalais pour la Fortification des Aliments en Micronutriments (COSFAM).
Les sucreries, les biscuits et les boissons sucrées, consommés fréquemment à l’école, sont pauvres en fer et en nutriments essentiels. Ils peuvent réduire l’appétit des enfants au moment des repas et compromettre la couverture de leurs besoins nutritionnels.
Ndèye Fatou Ndiaye, cheffe de la division Nutrition à l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA) et coordonnatrice du COSFAM
Face à ce constat, les spécialistes recommandent de diversifier les apports en privilégiant des aliments riches en fer comme le poisson, la viande, le niébé ou les lentilles. Associer ces sources végétales à de la vitamine C, présente dans les agrumes, permet d’optimiser l’assimilation du fer par l’organisme.
Des infections parasitaires, en induisant des pertes sanguines, peuvent aggraver ces tableaux cliniques.
Une mobilisation conjointe des familles, des structures de santé et des écoles permet d’orienter les enfants présentant des signes évocateurs vers des examens biologiques de confirmation.