Le Missouri, et plus particulièrement Kansas City, est devenu une plaque tournante inattendue pour le trafic de cocaïne en provenance de Colombie vers les États-Unis. Cette ville, carrefour routier stratégique, attire de plus en plus l’attention des autorités face à l’expansion des réseaux criminels transnationaux.
Entre 2022 et 2024, plus de trois tonnes de cocaïne ont été saisies dans le Missouri et ses environs, selon les statistiques officielles. 90 % de cette drogue provient de Colombie. L’activité criminelle est intense : l’année dernière, 10 000 personnes ont été arrêtées pour des délits liés à la drogue et 2 300 armes à feu ont été confisquées.
La Midwest High Intensity Drug Trafficking Area (Midwest HIDTA), l’une des 33 organisations dépendant du Bureau de la politique nationale de contrôle des drogues de la Maison Blanche, suit de près cette situation. Son directeur exécutif, Daniel Neill, ancien agent spécial de la DEA, explique : « Il n’existe pas de gangs du crime organisé aussi hiérarchisés qu’en Colombie, mais les cartels mexicains distribuent des stupéfiants au sein de factions locales composées de clans familiaux et de gangs de jeunes. Des structures composées de certains migrants participent également, comme MS-13, Tren de Aragua, The Blood et The Crips. »
Kansas City, située au cœur des États-Unis, est un nœud de communication majeur reliant les côtes Pacifique et Atlantique, ainsi que les frontières canadienne et mexicaine. Les autoroutes interétatiques 40 et 71, qui traversent la ville et la région métropolitaine du Missouri, sont particulièrement utilisées par les trafiquants. Les Interstates 29, 35 et 70 servent également de routes de transit, la drogue étant dissimulée dans divers véhicules, notamment des camions et des fourgonnettes aménagés.
Mais le trafic de drogue n’est pas le seul problème. Kris Kobach, procureur général du Kansas, souligne que ces mêmes itinéraires sont exploités par des réseaux de traite des êtres humains qui transportent des migrants illégaux vers les zones rurales de l’État. « La façade qu’ils utilisent, c’est qu’ils vont travailler dans les fermes en tant qu’agriculteurs, mais certains finissent victimes du travail et de l’exploitation sexuelle, d’autres sont contraints de transporter des stupéfiants », a-t-il déclaré. Il estime que le sous-enregistrement de ces cas rend difficile l’évaluation précise de l’ampleur de l’exploitation.
En 2024, les agences de l’État ont assisté 475 étrangers concernés par ces organisations transnationales. La majorité de ces migrants proviennent du Honduras, suivis du Guatemala, du Salvador, du Venezuela et de la Bolivie. Dans certains cas, les trafiquants n’hésitent pas à droguer les migrants pour les rendre dépendants et plus dociles.
Les forces de l’ordre, comme la Kansas City Highway Patrol, mènent des opérations régulières sur les autoroutes pour intercepter ces flux illégaux. Un officier, sous couvert d’anonymat, a révélé : « Nos agents ont déjà développé des connaissances qui leur permettent d’identifier conducteurs et véhicules suspects. L’un des signes que nous recherchons sont les tatouages de gangs. »
Les États-Unis représentent le principal marché mondial de la cocaïne, avec 6,5 millions de consommateurs, après l’Europe (4,5 millions). Face à cette situation, Daniel Neill insiste sur la nécessité d’une coopération internationale : « Nous sommes tous dans le même bateau et nous devons coopérer, tant les pays consommateurs que les pays producteurs, car ici nous souffrons d’overdoses, mais là-bas, en Amérique du Sud, ils souffrent de la violence que génère ce business. »
