Home MondeKshamenk a vécu 33 ans en captivité

Kshamenk a vécu 33 ans en captivité

by Clara Dubois

L’Argentine pleure la disparition de Kshamenk, la dernière orque détenue en captivité dans le pays. Décédée le dimanche 14 décembre d’un arrêt cardiaque à l’âge de 33 à 35 ans, elle incarnait pour de nombreux défenseurs des droits des animaux une lutte acharnée contre la détention des cétacés.

Kshamenk a passé plus de trois décennies confinée dans un bassin exigu du parc aquatique Mundo Marino, à San Clemente del Tuyú. Son existence, loin de l’immensité de l’océan Atlantique Sud où elle est née, a été marquée par l’isolement et la frustration.

L’histoire de Kshamenk commence en 1992, lorsqu’elle est retrouvée échouée près de Buenos Aires avec d’autres orques. Affaiblie par la déshydratation et les brûlures du soleil, elle est prise en charge par le personnel de Mundo Marino. Officiellement, l’équipe vétérinaire a jugé qu’elle ne pourrait pas survivre seule en milieu naturel, en raison de sa dépendance aux soins humains. Une version des faits contestée par les associations de protection animale, qui soupçonnent une mise en scène pour justifier sa capture.

Le Whale Sanctuary Project, par exemple, avance que l’orque aurait été délibérément poussée sur des rochers pour simuler un sauvetage et contourner les interdictions de capture commerciale. Quoi qu’il en soit, Kshamenk n’a jamais retrouvé la liberté.

Durant ses premières années de captivité, elle a vécu aux côtés d’une autre orque, Belén, avec laquelle elle a tenté de se reproduire sans succès. Après la mort de Belén en 2000, Kshamenk a passé le reste de sa vie seule, dans un bassin de quelques mètres de long et d’une profondeur limitée, incapable de nager comme elle le ferait dans l’océan. Comme le rappelle PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), elle passait ses journées « à tourner en rond sous un soleil de plomb, dans une piscine si petite qu’elle nageait constamment en rond ».

Malgré les soins prodigués par les vétérinaires et le personnel de Mundo Marino, Kshamenk n’a jamais pu bénéficier des stimulations naturelles essentielles à son bien-être. Au fil des ans, des dizaines de pétitions et d’initiatives ont été lancées pour obtenir son transfert vers un sanctuaire marin. En fin d’année 2023, près de 700 000 personnes avaient signé une pétition mondiale appelant à un sort plus digne pour l’orque. Des projets de loi ont même été présentés à l’Assemblée argentine, mais Mundo Marino s’est toujours opposé à ces demandes, affirmant que Kshamenk allait bien et ne montrait aucun signe de stress.

« Si ce n’est pas maintenant, quand ? », s’interrogeaient les défenseurs des droits des animaux, s’inspirant de la libération récente de Tokitae (Lolita), une autre orque ayant passé 55 ans en captivité. La mort de Kshamenk, bien que tragique, rappelle l’urgence de repenser la détention des cétacés et de leur offrir un avenir plus respectueux de leur nature.

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