Publié le 19 décembre 2025. Le réchauffement climatique pourrait bien assombrir les profondeurs marines : une étude récente alerte sur une possible diminution de la bioluminescence, cette lumière naturelle produite par de nombreux organismes marins, et identifie des zones refuges potentielles.
- Près de 76 % des espèces marines sont capables de générer leur propre lumière, un phénomène essentiel pour la communication, la défense et la chasse.
- Le changement climatique, en modifiant la température, la salinité et la pénétration de la lumière, pourrait perturber cette bioluminescence.
- Des zones au large du Brésil, de la côte Pacifique des États-Unis, ainsi qu’entre le Japon et la Chine, pourraient servir de refuges pour les espèces bioluminescentes.
La bioluminescence, cette lueur fantomatique qui illumine parfois les forêts et les mers, est bien plus qu’un simple spectacle de la nature. Elle est un élément vital de nombreux écosystèmes, en particulier dans les profondeurs océaniques où la lumière du soleil ne pénètre pas. Une nouvelle étude met en lumière la vulnérabilité de ce phénomène face au changement climatique.
Dans les forêts atlantiques galiciennes, on peut observer, par nuit sans lune et loin de toute pollution lumineuse, la faible lueur verdâtre du champignon Panellus stipticus, l’une des rares espèces bioluminescentes terrestres de la péninsule ibérique. À l’échelle mondiale, seulement une soixantaine d’espèces de champignons possèdent cette capacité, qu’elles utilisent pour attirer les insectes qui dispersent leurs spores. Mais c’est en mer que la bioluminescence est la plus répandue.
Sur les côtes, notamment dans les Rías Baixas et à la plage des Cathédrales, on peut assister à l’étonnant spectacle de la mer scintillante, causée par des micro-organismes, appelés Noctiluca scintillans, qui émettent une lumière bleue lorsqu’ils sont perturbés. Cependant, ce phénomène, bien que spectaculaire, reste relativement rare dans les eaux côtières.
C’est dans les abysses que la bioluminescence devient omniprésente. On estime que 76 % des espèces marines sont capables de produire leur propre lumière. Dans cet environnement obscur, cette capacité est cruciale pour la survie. Elle sert à se défendre, à communiquer, à se camoufler ou à attirer des proies. Les stratégies sont aussi variées que les espèces elles-mêmes : le calmar vampire, par exemple, libère un nuage de mucus bioluminescent bleu pour échapper à ses prédateurs, tandis que le poisson-lanterne est capable de produire une lumière rouge, invisible pour la plupart des autres animaux, lui permettant de chasser dans l’obscurité. La lotte abyssale, ou poisson diable noir, utilise un leurre lumineux grâce à une symbiose avec des bactéries pour attirer ses proies, comme le décrit Climatica.
La bioluminescence est un trait écologique stable, mais elle est influencée par les conditions environnementales. Des études montrent que les proliférations de micro-organismes luminescents sont liées à la formation d’eaux denses riches en oxygène et en matière organique. De plus, une étude de l’Universidade Federal do ABC au Brésil souligne que la température, la salinité et la présence de lumière affectent également la bioluminescence.
« Nous nous attendions à ce que la température joue un rôle important, car elle influence généralement les taux métaboliques et les limites physiologiques des espèces. Cependant, nous avons été surpris de constater que même pour les organismes capables de produire leur propre lumière, les conditions optiques de leur environnement sont critiques. Le résultat de notre étude renforce l’idée selon laquelle la bioluminescence ne fonctionne pas indépendamment de l’environnement physique, mais évolue et fonctionne en étroite interaction avec les propriétés océaniques. »
Danilo T. Amaral, chercheur à l’université brésilienne et auteur principal de l’étude
L’étude en question est l’une des premières à tenter de prédire comment le changement climatique pourrait modifier la répartition des espèces bioluminescentes. Les résultats suggèrent que certaines régions pourraient voir leur bioluminescence diminuer, tandis que d’autres pourraient devenir plus propices à son développement. Cette redistribution pourrait avoir des conséquences importantes sur les chaînes alimentaires et les interactions entre les espèces.
L’étude identifie également une série de zones refuges climatiques, où les conditions favorables à la bioluminescence pourraient persister malgré le réchauffement climatique. Ces zones se situent au large des côtes brésiliennes, de la côte Pacifique des États-Unis, ainsi qu’entre le Japon et la Chine. « Ce sont des régions qui combinent des régimes thermiques relativement stables, des conditions favorables de pénétration de la lumière et une forte hétérogénéité environnementale, ce qui peut protéger les espèces des changements rapides », explique le chercheur brésilien. Il souligne l’importance de renforcer la protection de ces zones et de réduire les facteurs de stress supplémentaires tels que la pollution, la surpêche et la destruction des habitats, des menaces qui pèsent déjà sur ces écosystèmes fragiles.
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