Publié le 7 octobre 2025 à 19:21. La Chine poursuit sa campagne pour imposer le nom « Xizang » à la place de « Tibet », une stratégie visant à effacer l’identité culturelle et l’autonomie de la région, suscitant des inquiétudes internationales.
- La Chine cherche activement à remplacer le nom « Tibet » par « Xizang » dans les documents officiels et les médias internationaux.
- Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à effacer la culture tibétaine et à renforcer le contrôle de Pékin sur la région.
- Des musées en Europe ont été critiqués pour avoir utilisé le terme « Xizang », mais ont ensuite corrigé leur terminologie suite aux protestations de groupes de défense des droits tibétains.
Il y a soixante-quinze ans, l’Armée populaire de libération chinoise envahissait le Tibet, prenant le contrôle de la région quelques mois plus tard. Depuis, le Dalaï Lama et le peuple tibétain continuent de résister à la souveraineté chinoise, luttant pour préserver leur identité et leur autonomie. Cependant, le gouvernement chinois maintient une emprise stricte sur la région, limitant les libertés individuelles, l’accès à l’information et l’expression religieuse et culturelle. L’accès à la région est également interdit aux journalistes et diplomates étrangers.
Ces dernières années, la Chine a intensifié ses efforts pour promouvoir le nom « Xizang » à l’échelle internationale. Cette campagne vise à effacer davantage l’identité et l’autonomie tibétaine. « Le nom du Tibet est l’une des dernières choses que la Chine peut encore prendre aux Tibétains », explique Casper Wits, professeur adjoint à l’Université de Leiden.
Cette stratégie de changement de nom s’inscrit dans une tendance plus large. La Chine utilise le nom « Xizang » en chinois depuis des décennies, mais a commencé à l’employer de plus en plus fréquemment dans ses publications en langue étrangère, notamment dans les documents de politique et les médias d’État, à partir des années 2000.
Lors de sa récente visite au Tibet, le président chinois Xi Jinping a insisté sur la nécessité que la politique de la région soit pleinement conforme à la stratégie du Parti communiste chinois. En 2023, la Chine a publié un livre blanc dans lequel le terme « Xizang » a été officiellement introduit, devenant le seul nom autorisé dans les documents officiels chinois.
Cette campagne ne se limite pas aux publications internes. La Chine utilise également le terme « Xizang » dans ses relations diplomatiques avec d’autres pays et au sein des organisations internationales.
Un pouvoir doux
Au-delà du renforcement de sa revendication territoriale, cette lutte pour les noms relève également d’une stratégie de soft power (puissance douce). « Le mot Tibet évoque à l’international une forte puissance douce : il renvoie à des images de paysages montagneux, d’une culture riche et d’un bouddhisme profond. Toutes ces images sont en contradiction avec l’idée chinoise selon laquelle le Tibet fait intégralement partie de la Chine », explique Wits.
Des inquiétudes grandissantes
Wangpo Tethong, directeur de la branche néerlandaise de la campagne internationale du groupe d’intérêt tibétain pour le Tibet, s’inquiète vivement de cette campagne de changement de nom. Il la considère comme faisant partie d’une stratégie plus large visant à effacer la culture tibétaine. Selon lui, cela contribue à la destruction du patrimoine culturel et à la réduction de l’enseignement de la langue tibétaine comme l’a rapporté la BBC.
« De nombreux Tibétains estiment que leur culture et leur identité sont soumises à une forte pression », souligne Tethong. « Tout ce qui est tibétain doit disparaître, dans le but ultime d’oublier ce qu’est le Tibet : une région dotée d’une longue histoire d’autonomie. » Ces craintes sont d’autant plus justifiées que Xi Jinping a récemment appelé à la « sinisation de la religion » au Tibet.
Des succès limités
Cette campagne chinoise a connu quelques succès partiels. Le Pakistan, le Népal et le Bhoutan ont ainsi utilisé le terme « Xizang » dans des documents officiels au cours de la dernière année, ce qui semble être un choix délibéré. Des situations similaires se sont produites en Europe, mais ont été rapidement corrigées.
Des musées à Paris et à Londres ont récemment été critiqués pour avoir utilisé le terme « Xizang » dans leurs catalogues et textes de présentation. Suite aux protestations de groupes de défense des droits tibétains, ces musées ont rectifié leur terminologie.
Le professeur adjoint Wits ne s’attend pas à ce que la campagne chinoise rencontre un grand succès en Europe à court terme. Il estime que la Chine concentre ses efforts de soft power sur le Sud mondial, en particulier en Amérique du Sud, en Afrique et dans certaines parties de l’Asie. L’influence des médias chinois, notamment le China Daily, s’est considérablement accrue en Afrique ces dernières années comme l’a souligné la BBC.
Selon Wits, cette influence croissante pourrait conduire à une adoption plus fréquente du terme « Xizang », consciemment ou non.
