Publié le 11 octobre 2025 à 11h32. Pékin accuse 18 militaires taïwanais de propagande « séparatiste » après que le président de l’île a annoncé un renforcement de ses défenses aériennes, exacerbant les tensions déjà vives dans la région.
- La police chinoise a mis à prix ces militaires, offrant jusqu’à 1 500 dollars américains (environ 1 400 €) pour des informations menant à leur arrestation.
- Ces accusations interviennent suite à l’annonce par le président taïwanais William Lai Ching-te d’un nouveau système de défense aérienne, baptisé « T-Dome », et d’une augmentation des dépenses militaires.
- Taiwan rejette fermement ces accusations, dénonçant une tentative de « guerre cognitive » de la part de Pékin.
Les autorités chinoises ont lancé une campagne de recherche contre 18 militaires taïwanais, les accusant de mener des opérations psychologiques et de diffuser des messages considérés comme promouvant l’indépendance de l’île. La police de la ville côtière de Xiamen a annoncé samedi offrir des récompenses allant jusqu’à 1 500 dollars américains pour toute information permettant d’identifier et d’arrêter ces officiers, présentés comme des membres clés de la division de guerre psychologique de Taiwan.
Selon les autorités chinoises, les individus recherchés exploitaient des sites web pour diffuser de la désinformation, créaient des jeux en ligne promouvant l’indépendance taïwanaise et produisaient du contenu vidéo jugé trompeur. Le bureau de la sécurité publique de Xiamen affirme que ces activités étaient planifiées de longue date dans le but d’inciter à ce qu’ils qualifient d’« activités séparatistes ».
Le ministère taïwanais de la Défense a immédiatement rejeté ces accusations, les qualifiant de « pensée despotique et obstinée » de la part du gouvernement chinois. Dans un communiqué, le ministère a dénoncé une tentative de diviser la population taïwanaise et de mener une « guerre cognitive ».
Cette escalade verbale fait suite au discours prononcé par le président Lai lors de la fête nationale vendredi, où il a dévoilé les plans du système de défense aérienne « T-Dome » et a appelé la Chine à renoncer à ses menaces d’usage de la force. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a qualifié Lai de « fauteur de troubles, créateur de danger et faiseur de guerre », tandis que le Bureau des affaires de Taiwan l’a accusé de chercher à promouvoir le séparatisme par la violence et avec le soutien de forces extérieures.
Les médias d’État chinois ont amplifié ces critiques. Le Global Times, un tabloïd nationaliste, a qualifié le projet « T-Dome » de « simple illusion coûteuse » dont les habitants de Taiwan devraient assumer le financement.
Pékin revendique la souveraineté sur Taiwan, malgré les objections répétées de Taipei, et a intensifié ses pressions militaires et politiques ces dernières années. La menace d’une invasion militaire chinoise reste une préoccupation constante pour la population taïwanaise.
Bien que ces avis de recherche aient peu de portée pratique, compte tenu du fait que les services de renseignement taïwanais ne se rendent pas en Chine continentale et que le système juridique chinois n’a aucune juridiction sur l’île, cette action s’inscrit dans une série de mesures similaires. En juin dernier, Pékin avait déjà émis des primes pour 20 personnes accusées d’être des pirates informatiques militaires, ce que Taiwan avait alors ignoré.
Tensions américano-chinoises
Cette nouvelle escalade intervient dans un contexte de tensions commerciales plus larges entre Pékin et Washington. Vendredi, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane supplémentaires de 100 % sur les importations chinoises en représailles aux restrictions imposées par Pékin sur les exportations de métaux des terres rares.
Il a également exprimé des doutes quant à la possibilité d’une rencontre avec le président chinois Xi Jinping lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) prévu plus tard ce mois-ci, avant de nuancer ses propos et d’indiquer qu’il n’avait pas annulé cette rencontre. James Zimmerman, ancien président de la Chambre de commerce américaine en Chine, a averti que ce différend « mettait la vie des gens en danger » et signalait à Pékin que « l’Amérique est un partenaire commercial peu fiable et digne de confiance ».
Les États-Unis sont le principal partenaire de Taiwan en matière de sécurité, bien que, selon un récent rapport, Trump ait suspendu en septembre une aide militaire de 400 millions de dollars, suscitant des craintes quant à une possible utilisation de l’île comme monnaie d’échange.
À ne pas manquer
