Publié le 30 septembre 2025 à 11h00. L’administration américaine durcit le contrôle sur les entreprises technologiques chinoises en étendant les restrictions aux filiales, une décision qui intensifie la guerre commerciale et technologique entre les deux pays et suscite la colère de Pékin.
- Washington élargit les restrictions à l’exportation pour inclure les filiales des entreprises déjà sanctionnées.
- Cette mesure vise à empêcher les entreprises chinoises de contourner les contrôles en utilisant leurs filiales.
- La Chine dénonce une action « extrêmement malveillante » et promet de prendre des mesures pour défendre ses entreprises.
Les États-Unis ont franchi une nouvelle étape dans leur stratégie visant à limiter l’accès de la Chine aux technologies de pointe. Lundi, le département du Commerce a annoncé l’extension des restrictions à l’exportation pour couvrir non seulement les entreprises chinoises figurant sur une liste noire, mais également leurs filiales détenues à au moins 50 %. Cette décision, qui pourrait affecter des dizaines de milliers d’entreprises, vise à empêcher des géants comme Huawei, YMTC (un fabricant de puces mémoire) et DJI (le leader des drones) de contourner les contrôles en acheminant des technologies sensibles via leurs entités affiliées.
Selon le département du Commerce américain, cette nouvelle règle « ferme une échappatoire importante ». Jeffrey I. Kessler, sous-secrétaire au Commerce pour l’industrie et la sécurité, a déclaré :
« Pendant trop longtemps, les échappatoires ont permis des exportations qui sapent la sécurité nationale américaine et les intérêts de politique étrangère. »
Jeffrey I. Kessler, sous-secrétaire au Commerce pour l’industrie et la sécurité
La Chine a immédiatement réagi en condamnant fermement cette initiative. Un porte-parole du ministère du Commerce chinois a qualifié la mesure d’« extrêmement malveillante » et a promis de prendre « les mesures nécessaires » pour protéger les droits et les intérêts de ses entreprises.
« Pékin exhorte Washington à corriger immédiatement ses actes répréhensibles et à arrêter sa suppression déraisonnable des entreprises chinoises. »
Porte-parole du ministère du Commerce chinois
Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de Washington visant à restreindre l’accès de la Chine aux technologies clés, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, de la robotique avancée et des équipements de production associés. Plus d’un millier d’entreprises chinoises sont déjà soumises à des contrôles à l’exportation, considérées comme présentant un risque pour la sécurité nationale américaine ou ses intérêts en matière de politique étrangère. Les entreprises inscrites sur cette liste doivent obtenir des licences pour exporter certains produits ou technologies.
L’annonce intervient à quelques semaines d’une rencontre prévue entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping en marge du sommet de l’APEC en Corée du Sud. Elle ajoute une nouvelle couche d’incertitude à la guerre commerciale sino-américaine déjà tendue. Les États-Unis s’inquiètent particulièrement des progrès rapides de la Chine dans les domaines des puces et de l’IA, ce qui avait déjà conduit à l’inscription de Huawei sur une liste noire en 2019 et à l’ajout de centaines d’autres entreprises par la suite.
Un rapport publié en 2023 par le comité des affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine soulignait l’inefficacité de la liste des entités et appelait à une approche plus globale, comme celle annoncée cette semaine. Le rapport citait notamment l’exemple de Huawei, qui avait vendu sa marque de smartphones Honor à un consortium incluant le gouvernement chinois en 2020, après avoir été ajouté à la liste noire, Honor n’ayant jamais été inscrit sur cette liste.
Le département du Commerce a également exprimé son inquiétude quant à la possibilité pour les entreprises restreintes de créer de nouvelles filiales à l’étranger afin de contourner les restrictions. Un document de politique publié lundi précise que l’administration américaine craint que cette approche ne permette de « créer des régimes de diversion, tels que la création de nouvelles entreprises étrangères pour échapper aux restrictions de la liste d’entités ».
L’entrée en vigueur de ces nouvelles règles est immédiate, bien que certaines entreprises aient bénéficié d’un délai de 60 jours pour se conformer.
