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La consommation des centres de données pourrait franchir les 1 000 TWh d’ici 2030 selon l’AIE

La consommation électrique des centres de données mondiaux atteindra 945 térawattheures en 2030 selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), après être passée de 460…

La consommation des centres de données pourrait franchir les 1 000 TWh d'ici 2030 selon l'AIE

La consommation électrique des centres de données mondiaux atteindra 945 térawattheures en 2030 selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), après être passée de 460 térawattheures en 2024 à 485 térawattheures en 2025. Une explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle qui bouscule les réseaux, enflamme les salaires des électriciens américains et pousse Washington à réformer en urgence ses règles énergétiques.

Une facture énergétique mondiale qui double sous l’effet de l’intelligence artificielle

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle perturbe les objectifs de décarbonation à l’échelle internationale. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’organisme maintient des projections vertigineuses, estimant que ce besoin franchira ensuite le cap des 1 000 térawattheures.

À titre de comparaison, la France a consommé 451 térawattheures d’électricité en 2025, selon les chiffres de RTE. Les infrastructures numériques mondiales pèsent déjà autant que l’Hexagone, et pèseront plus du double avant la fin de la décennie. En France, l’Agence de la transition écologique (ADEME) recensait 352 centres de données en activité au début de l’année 2026, pour une consommation annuelle de 10 térawattheures, soit l’équivalent de l’électricité requise par neuf à dix agglomérations de plus de 100 000 habitants.

La course aux infrastructures aux États-Unis et le défi des salaires sur les chantiers

Aux États-Unis, où se concentre une part majeure de ces investissements, le groupe Bernstein Societe Generale a révisé ses prévisions à la hausse. La demande américaine devrait croître à un taux annuel composé de 4 % jusqu’en 2030, nécessitant environ 1 000 térawattheures supplémentaires entre 2025 et 2030. Les centres de données devraient absorber plus de la moitié de cette charge additionnelle.

La consommation des centres de données pourrait franchir les 1 000 TWh d'ici 2030 selon l'AIE
Photo : BFM

Cette frénésie de construction se heurte à une pénurie critique de main-d’œuvre qualifiée. Le syndicat des électriciens américains, l’International Brotherhood of Electrical Workers (IBEW), indique que les travaux de câblage représentent entre 45 % et 70 % des coûts de construction de ces structures. Face à des besoins immenses, les salaires flambent.

Cela peut monter jusqu’à 300.000 dollars.

Chris Crosby, PDG de Compass Datacenters, via BFM

Ce montant, qui peut atteindre cinq fois le salaire médian national, s’explique par les heures supplémentaires et la rareté de la spécialisation. Le cabinet de recrutement The Birmingham Group estime que la rémunération courante s’établit autour de 150 000 dollars, tandis que les jeunes diplômés peuvent toucher 120 000 dollars dès la sortie de formation. Pour attirer les talents dans des conditions de travail parfois difficiles, les entreprises financent des navettes pour des trajets dépassant 100 kilomètres.

La consommation des centres de données pourrait franchir les 1 000 TWh d'ici 2030 selon l'AIE
Photo : Investing

Une électricité encore largement carbonée et les limites du nucléaire à court terme

Malgré les annonces des géants du cloud en faveur des énergies propres, le mix électrique réel des centres de données demeure fortement carboné. L’AIE détaille une composition mondiale s’appuyant sur 30 % de charbon, 27 % d’énergies renouvelables, 26 % de gaz naturel et 15 % de nucléaire.

À plus long terme, le recours aux petits réacteurs modulaires, dits SMR, est envisagé pour alimenter les installations. L’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE recense 156 projets de ce type dans le monde, dont une vingtaine aux États-Unis, où les entreprises technologiques prévoient de financer plus de 20 gigawatts. Toutefois, les délais de réalisation restent trop longs face à l’accélération de l’intelligence artificielle.

La réponse réglementaire de Washington et la pression sur les factures des citoyens

La rapidité de cette expansion dépasse les mécanismes traditionnels des régulateurs. La Commission fédérale de régulation de l’énergie (FERC), un organisme de cinq membres, élabore de nouvelles dispositions pour gérer la tension sur le réseau de gros américain. Laura Swett, qui préside la FERC, a souligné un décalage prononcé entre les entreprises technologiques et les institutions publiques.

La consommation des centres de données pourrait franchir les 1 000 TWh d'ici 2030 selon l'AIE
Photo : Clubic

Les hyperscalers, quand ils viennent nous parler, ils ne parlent pas FERC. Leurs plaintes concernant les services publics, franchement, montrent selon moi un manque de compréhension de la façon dont les services publics fonctionnent normalement et comment le réseau fonctionne.

Laura Swett, présidente de la FERC, via Quartz en Français

Parallèlement, des initiatives politiques tentent d’amortir le choc pour les consommateurs. L’administration de Donald Trump promeut la construction de centrales dédiées par les entreprises technologiques elles-mêmes à travers la campagne vitesse vers l’énergie, tandis que la Ratepayer Protection Pledge cherche à éviter que les coûts des extensions de réseau ne soient répercutés sur les factures résidentielles.

Cette flambée de la demande et ses répercussions sur les tarifs locaux provoquent des réactions. Dans l’État de New York, des propositions de suspension visant de nouveaux projets ont été avancées. En Europe, des mesures similaires émergent, à l’image du régulateur irlandais (la CRU), qui exige désormais que tout projet de 10 mégavoltampères ou plus intègre une capacité de production locale et couvre 80 % de ses besoins par des énergies renouvelables additionnelles.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.