La Corée du Sud a annoncé la fin progressive de son programme d’adoption internationale, une décision prise sous la pression croissante des Nations Unies et des témoignages accablants d’adoptés dénonçant des fraudes et des abus généralisés. Séoul s’engage à éliminer complètement les adoptions étrangères d’ici 2029, privilégiant désormais le soutien aux enfants vulnérables sur son territoire.
Cette annonce, faite vendredi, intervient après la publication d’un rapport inquiétant de l’ONU. Les enquêteurs de l’organisation expriment leur « sérieuse inquiétude » face à l’incapacité de la Corée du Sud à garantir la vérité et la réparation pour les victimes de violations des droits de l’homme liées à des décennies d’adoptions à l’étranger.
Le nombre d’adoptions internationales a considérablement diminué ces dernières années : 24 enfants ont été adoptés à l’étranger en 2025, contre environ 2 000 en 2005 et plus de 6 000 annuellement dans les années 1980. Lee Seuran, vice-ministre de la Santé et des Affaires sociales, a précisé que le gouvernement renforcera ses politiques de protection de l’enfance afin de répondre aux besoins des enfants nécessitant des soins.
La question a été soulevée au niveau de l’ONU suite au témoignage poignant de Yooree Kim, une adoptée sud-coréenne envoyée en France en 1984. Elle affirme avoir été victime de graves abus physiques et sexuels de la part de sa famille adoptive, et dénonce la falsification des documents qui la présentaient comme un enfant abandonné. « J’ai été envoyée en France sur la base de faux papiers, comme si j’étais orpheline alors que j’avais une famille », a-t-elle déclaré.
Les enquêteurs de l’ONU critiquent également la Corée du Sud pour ne pas offrir aux adoptés un accès effectif à des recours en cas d’abus et pour un possible « déni de leurs droits à la vérité, aux réparations et à la commémoration ». Ils s’inquiètent notamment de la suspension d’une enquête gouvernementale sur les fraudes et les abus liés aux adoptions passées.
Séoul a mis en avant les réformes entreprises depuis 2011, notamment le rétablissement du contrôle judiciaire des adoptions étrangères, mettant fin à des décennies de gestion par des agences privées. Cependant, le gouvernement reconnaît que des enquêtes plus approfondies et des réparations plus importantes nécessiteront de nouvelles lois.
Choi Jung Kyu, avocat représentant Yooree Kim, a qualifié la réponse de la Corée du Sud de « superficielle ». Il souligne que les promesses de réparations ne sont pas suffisamment précises dans les projets de loi visant à relancer la Commission Vérité et Réconciliation chargée d’enquêter sur les violations passées des droits humains. Il rappelle également que le gouvernement a opposé son veto en avril à un projet de loi supprimant le délai de prescription pour les violations des droits humains.
En octobre, le président Lee Jae-myung a présenté des excuses pour les problèmes liés aux adoptions passées, sur recommandation de la commission vérité. Cette commission a reconnu en mars Kim et 55 autres adoptés comme victimes de violations des droits de l’homme, notamment la falsification des origines et la perte de dossiers. L’avenir des 311 dossiers restants, soit reportés, soit incomplètement examinés, dépendra de l’établissement d’une nouvelle commission vérité par le biais de la législation.
Les conclusions de la commission confirment la responsabilité de l’État dans un programme d’adoption à l’étranger entaché de fraude et d’abus, motivé par la volonté de réduire les coûts sociaux et facilité par des agences privées manipulant les antécédents des enfants. Ces résultats corroborent les investigations précédentes de l’Associated Press, qui ont révélé la collaboration entre le gouvernement sud-coréen, les pays occidentaux et les agences d’adoption pour envoyer environ 200 000 enfants coréens à l’étranger, souvent dans des conditions douteuses.
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