Home SantéLa crise du personnel dont les équipes de sécurité ne parlent pas : quand les problèmes de sécurité entraînent l’exode des travailleurs de la santé

La crise du personnel dont les équipes de sécurité ne parlent pas : quand les problèmes de sécurité entraînent l’exode des travailleurs de la santé

by Sophie Martin

La violence au travail dans les hôpitaux a un coût caché bien plus élevé que les dépenses de sécurité traditionnelles, affectant le recrutement, la rétention du personnel et même la rentabilité des établissements. Les budgets alloués à la sécurité se concentrent souvent sur la prévention des incidents, mais négligent l’impact direct sur la crise du personnel soignant.

Selon un rapport de 2025 sur la rétention et le recrutement des infirmières autorisées (NSI), le recrutement d’une seule infirmière autorisée peut coûter entre 60 000 $ et 71 000 $ (environ 55 000 à 65 000 €), voire plus, en tenant compte des frais d’agence, de la formation et des pertes de productivité liées à l’intégration. Le remplacement d’un médecin urgentiste expérimenté peut représenter un coût deux à trois fois supérieur à son salaire annuel. Pourtant, ces dépenses considérables sont rarement prises en compte lors de l’évaluation des investissements en matière de sécurité.

Les données sont alarmantes : en 2024, 91 % des médecins urgentistes ont déclaré avoir été menacés ou agressés, ou avoir vu un collègue l’être. Plus de 80 % des infirmières ont subi des violences au travail au cours des douze derniers mois. Cette insécurité croissante a des conséquences directes sur la stabilité des équipes.

Une enquête menée en 2025 auprès des infirmières autorisées révèle que seulement 39 % d’entre elles envisagent de continuer à exercer dans leur poste et leur établissement actuel. 58 % signalent souffrir d’épuisement professionnel, un problème souvent exacerbé par le stress constant lié à la violence sur le lieu de travail. Les infirmières des services d’urgence, les agents de santé mentale et le personnel de nuit sont particulièrement touchés et citent les problèmes de sécurité comme une raison majeure de leur départ.

La perte d’un professionnel de santé expérimenté ne se limite pas à la perte d’expertise clinique. Elle entraîne également la perte de connaissances institutionnelles, de cohésion d’équipe et de l’investissement réalisé dans sa formation. Il faut souvent des mois à un remplaçant pour atteindre un niveau de performance comparable, ce qui engendre des coûts supplémentaires.

Les hôpitaux évaluent généralement le retour sur investissement (ROI) des mesures de sécurité en fonction de leur capacité à prévenir les litiges : « Si ce système évite un procès, il s’amortit tout seul. » Cependant, cette approche est trop restrictive. Un hôpital de 400 lits qui perd chaque année dix infirmières expérimentées en raison de problèmes de sécurité représente une dépense directe de 500 000 $ (environ 460 000 €) rien que pour le remplacement du personnel. À cela s’ajoutent les coûts indirects : primes pour le personnel temporaire, heures supplémentaires, baisse de la satisfaction des patients et, à terme, une spirale de départs.

Sur un marché du travail concurrentiel, les établissements réputés pour leur manque de sécurité ont du mal à attirer les meilleurs talents. Les candidats infirmiers se renseignent sur la réputation des hôpitaux avant de postuler, interrogent le personnel en place et consultent les réseaux sociaux. La sécurité du personnel est donc un facteur déterminant dans le processus de recrutement et peut influencer le niveau de rémunération.

Au-delà des coûts de recrutement et de rétention, il existe une autre source de dépenses souvent sous-estimée : le temps consacré à la gestion des incidents de sécurité. Un responsable de la sécurité d’un grand hôpital universitaire a récemment indiqué qu’il avait passé cinq jours complets devant les tribunaux au cours des deux premières semaines de janvier pour des incidents liés à la sécurité. En tenant compte du salaire du responsable de la sécurité (250 000 $ par an, soit environ 230 000 €) et du temps investi par d’autres membres du personnel (environ 150 000 $ par an chacun) dans les enquêtes et les procédures judiciaires, chaque incident peut coûter plus de 13 750 $ (environ 12 600 €) en temps de travail de la direction. Cinq comparutions devant le tribunal en un demi-mois représentent donc une perte budgétaire potentielle de plus de 68 000 $ (environ 62 000 €) par mois.

Les établissements de santé doivent donc adopter une approche plus globale de la sécurité, en tenant compte de tous les coûts associés, directs et indirects. Il ne s’agit plus seulement d’éviter les poursuites judiciaires, mais de préserver la stabilité des équipes, d’attirer les meilleurs talents et de protéger la réputation de l’établissement.

Une prévention efficace de la violence au travail nécessite une approche multidimensionnelle combinant politiques, culture, environnement et technologie. Il est essentiel de créer un environnement où le personnel se sent en sécurité et où il peut signaler les incidents sans crainte de représailles. Des entrées sécurisées, un contrôle d’accès et une meilleure visibilité contribuent également à améliorer la sécurité des lieux. Enfin, la technologie peut jouer un rôle important en permettant aux employés de demander de l’aide rapidement et efficacement.

« De plus en plus, les nouvelles infirmières diplômées se demandent : ‘Est-ce que je serai en sécurité ?’ » Les établissements qui peuvent répondre affirmativement à cette question, en s’appuyant sur des systèmes et des antécédents solides, attireront les meilleurs talents et garantiront la qualité des soins prodigués.

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