Publié le 23 octobre 2025 à 04h37. L’ancien président Donald Trump réclame près de 230 millions de dollars au ministère de la Justice américain pour couvrir les frais juridiques liés à plusieurs enquêtes fédérales le concernant, une démarche perçue comme un conflit d’intérêts flagrant.
- Donald Trump a déposé deux demandes de remboursement auprès du ministère de la Justice, invoquant les frais engagés lors de l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016 et la perquisition de sa résidence de Mar-a-Lago.
- Le montant réclamé s’élève à environ 230 millions de dollars, incluant des dommages-intérêts compensatoires et punitifs, bien que la validité de ces derniers soit contestable.
- La procédure est entachée d’un potentiel conflit d’intérêts, plusieurs responsables du ministère de la Justice ayant précédemment représenté Donald Trump dans des affaires similaires.
Une demande pour le moins inattendue émane de l’ancien président américain Donald Trump. Selon le New York Times, il exige du ministère de la Justice une compensation d’environ 230 millions de dollars (plus de 215 millions d’euros) pour les frais juridiques encourus lors des enquêtes fédérales qui l’ont visé. Ces demandes, déposées en 2023 et 2024 au titre de la loi fédérale sur les réclamations délictuelles (Federal Tort Claims Act), suscitent de vives critiques et soulèvent de sérieuses questions quant à l’éthique de cette démarche.
La première demande de remboursement concerne les coûts liés à l’enquête sur la possible collusion entre la campagne présidentielle de 2016 de Donald Trump et la Russie. Une enquête que l’ancien président a toujours dénoncée comme un « canular », une obsession qui persiste même après son retour au Bureau Ovale. En août dernier, il a ainsi demandé à la procureure générale Pam Bondi d’ouvrir une nouvelle enquête sur cette affaire et de poursuivre les responsables présumés. Enquête sur l’ingérence russe.
La seconde demande porte sur les conséquences de la perquisition du FBI à Mar-a-Lago en 2022 et les accusations subséquentes liées aux documents classifiés que Donald Trump avait emportés avec lui à la fin de son mandat. Ses avocats estiment qu’il a dépensé « des dizaines de millions de dollars » pour défendre sa cause et sa réputation, réclamant 15 millions de dollars de dommages-intérêts compensatoires et 100 millions de dollars de dommages-intérêts punitifs. Toutefois, comme le souligne Jordan Rubin de MSNBC, les dommages-intérêts punitifs ne sont généralement pas accordés dans le cadre de la loi fédérale sur les réclamations délictuelles, ce qui pourrait affaiblir considérablement sa demande.
L’ancien président lui-même a reconnu le caractère inhabituel de la situation.
« C’est terriblement étrange de prendre une décision dans laquelle je me paie moi-même »,
Donald Trump, ancien président des États-Unis a-t-il déclaré aux journalistes après la publication de l’article du New York Times. Il a affirmé qu’il reverserait tout montant obtenu à des œuvres caritatives, mais l’affaire dépasse largement la question financière. Il s’agit, selon de nombreux observateurs, d’une nouvelle tentative de réécrire le passé et de se présenter comme une victime.
La loi fédérale sur les réclamations délictuelles permet d’obtenir des dommages-intérêts pour « blessures corporelles, dommages matériels ou décès » résultant de la négligence d’employés fédéraux agissant dans l’exercice de leurs fonctions. La procédure prévoit d’abord une demande de réparation directe auprès de l’agence concernée, en l’occurrence le ministère de la Justice. Si cette tentative échoue, le demandeur peut saisir un tribunal fédéral.
Le principal problème réside dans le potentiel conflit d’intérêts. Le ministère de la Justice a indiqué que tout paiement important au titre de la loi fédérale sur les réclamations délictuelles doit être approuvé par le procureur général adjoint ou le chef de la division civile. Or, Todd Blanche, l’un de ces responsables, était l’avocat principal de Donald Trump dans le cadre de ses défenses pénales. De même, Stanley Woodward, le chef de la division civile, a représenté l’un des coaccusés de l’ancien président dans l’affaire des documents classifiés. Nominations au ministère de la Justice.
Comme l’a souligné Bennett L. Gershman, professeur de droit à l’Université Pace, cité par le New York Times :
« Le conflit éthique est tellement fondamental que vous n’avez pas besoin d’un professeur de droit pour l’expliquer. »
La situation rappelle à beaucoup la maxime selon laquelle personne ne doit être juge dans sa propre cause. La loi fédérale interdit d’ailleurs aux employés de participer à une enquête ou à des poursuites pénales s’ils entretiennent des liens personnels ou politiques avec les personnes impliquées.
Au-delà des aspects juridiques, cette affaire suscite l’indignation alors que des millions d’Américains sont confrontés à des difficultés économiques et risquent de perdre leur assurance maladie. L’idée qu’un président milliardaire puisse chercher à faire payer ses frais juridiques aux contribuables dans des affaires qui ne relèvent en aucun cas d’une persécution injuste apparaît comme particulièrement choquante.
