Home AffairesLa DT modifie les critères de paiement des heures de travail syndicales et ouvre le débat entre avocats

La DT modifie les critères de paiement des heures de travail syndicales et ouvre le débat entre avocats

by Amélie Bernard

Publié le 4 novembre 2023 23:00:00. La Direction du Travail (DT) du Chili a clarifié sa position concernant la rémunération des heures consacrées à l’activité syndicale, une question qui suscitait des inquiétudes quant à la liberté et à l’autonomie des organisations de travailleurs. Cette nouvelle interprétation, qui revient sur une position antérieure, a provoqué des réactions diverses parmi les experts du droit du travail.

  • La DT a précisé que les convocations de l’employeur à des représentants syndicaux ne doivent pas être considérées comme des heures de travail syndical, et que l’employeur n’est donc pas tenu de payer les salaires, les avantages sociaux et les cotisations de retraite correspondantes.
  • Cette décision fait suite à des critiques formulées par plusieurs syndicats, qui estimaient que la position précédente de la DT décourageait l’organisation syndicale et l’engagement des nouveaux dirigeants.
  • Si certains experts saluent cette clarification comme un renforcement de l’autonomie syndicale, d’autres craignent qu’elle ne conduise à une diminution des échanges entre employeurs et représentants des travailleurs.

Jusqu’à récemment, les critères établis par la Direction du Travail stipulaient que les salaires, les avantages sociaux et les cotisations de retraite des dirigeants et délégués syndicaux participant à des réunions ou à des groupes de travail convoqués par l’employeur devaient être pris en charge par l’organisation syndicale. Cette approche était contestée par des organisations telles que la Fédération nationale des travailleurs de l’éducation du Chili (Fenatreduc), ainsi que par des syndicats de Quellón et l’Association des responsables de la santé et de la Fédération des travailleurs de Chiloé, qui y voyaient un frein à l’activité syndicale.

La DT a finalement revu sa position après avoir analysé la question. Elle a déclaré que les convocations de l’employeur ne doivent pas être considérées comme des heures de travail syndical, et que les employeurs ne sont donc pas tenus de rémunérer ces périodes. Selon la DT, les heures de travail syndical doivent être utilisées conformément aux besoins de l’organisation, pour la gestion et les activités qui relèvent de son plan d’action et de ses objectifs, conformément à la Convention n° 87 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la liberté syndicale.

La DT a souligné que cette nouvelle interprétation est conforme à sa doctrine historique en la matière, qu’elle défend depuis 1995, et annule une précédente conclusion qui s’en écartait.

Cette décision a suscité des réactions contrastées. Marcelo Albornoz, ancien directeur du travail et associé au cabinet Albornoz y cía Abogados, a estimé que la situation était complexe, soulignant que l’employeur ne peut pas imposer une réunion à une organisation syndicale.

« L’employeur ne décide pas quand rencontrer l’organisation, il peut y avoir des invitations, des demandes de rendez-vous, mais cela n’est jamais imposé. Pour cette raison, l’employeur n’accorde pas de congés syndicaux, puisque les dirigeants peuvent toujours refuser de se réunir »

Marcelo Albornoz, ancien directeur du travail et associé au cabinet Albornoz y cía Abogados

Il craint que cette nouvelle approche ne décourage les relations régulières entre employeurs et syndicats, les employeurs étant moins enclins à solliciter des rencontres en l’absence d’un accord sur le paiement des heures.

Jorge Arredondo, leader du groupe syndical Albagli Zaliasnik (AZ), a quant à lui estimé que la décision de la DT ne se limite pas à une interprétation, mais qu’elle crée une nouvelle norme juridique. Il s’inquiète également du fait que, en ne considérant pas ce temps comme des heures de travail syndical, sa nature est modifiée, se rapprochant d’une injonction de l’employeur.

« S’agissant d’un arrêté de l’employeur – avec une prestation de service conséquente – celui qui doit être responsable du paiement des salaires et des cotisations est l’employeur. »

Jorge Arredondo, leader du groupe syndical Albagli Zaliasnik (AZ)

Zarko Luksic, associé au cabinet Mendoza Luksic et Valencia et ancien vice-ministre du Travail, a adopté une position plus nuancée, soulignant que la question de la rémunération des heures de travail syndical est généralement résolue dans le cadre de négociations collectives. Il a précisé que dans la plupart des cas, les accords entre entreprises et syndicats définissent le nombre d’heures allouées à l’activité syndicale, ainsi que la répartition des coûts entre l’employeur et le syndicat.

Álvaro Dominguez, avocat et professeur de droit du travail à l’Université de Concepción, a salué la décision de la DT, la jugeant conforme à l’idée de liberté et d’autonomie syndicales.

« Cela correspond à l’idée de liberté et d’autonomie syndicales. La nouvelle doctrine empêche l’employeur d’être, en fait, celui qui définit les heures de travail syndicales, que ce soit en fonction de l’opportunité ou du mérite. »

Álvaro Dominguez, avocat et professeur de droit du travail à l’Université de Concepción

Il estime que cette nouvelle approche empêche l’employeur de définir les heures de travail syndical en fonction de ses propres intérêts.

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