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La Fonderie de Bretagne s’apprête à être placée en liquidation judiciaire

La Fonderie de Bretagne, basée à Caudan (Morbihan), s’apprête à être placée en liquidation judiciaire jeudi 15 octobre, après l’absence d’offre de reprise, mettant 244 salariés au…

Faute de repreneurs, la liquidation se profile pour la Fonderie de Bretagne

La Fonderie de Bretagne, basée à Caudan (Morbihan), s’apprête à être placée en liquidation judiciaire jeudi 15 octobre, après l’absence d’offre de reprise, mettant 244 salariés au chômage.

Salariés déçus, critiques contre Renault

Les 244 salariés de la Fonderie de Bretagne, dont certains ont travaillé depuis des décennies, apprenaient ce mardi 13 octobre que leur entreprise allait être liquidée. « J’irai pointer au chômage, comme la plupart des gens ici », a déclaré Maurizio, un employé de longue date. Les ouvriers expriment leur déception face à une situation qu’ils jugent injuste, en particulier envers Renault, qui a créé la fonderie en 1966 et est accusé de ne pas avoir assuré les volumes nécessaires pour sa survie. Eric Guyomard, délégué CGT, accuse Renault de « vouloir délocaliser la production » et de « laisser l’industrie française en ruine ».

Le PDG de Renault, François Provost, a déclaré lors d’une interview sur France Info que la transition vers la voiture électrique, « une conséquence de choix politiques », avait érodé les débouchés du secteur. Les salariés affirment produire des pièces pour des véhicules thermiques, hybrides et hydrogènes, notant que « dès que les voitures ont des roues, il y a besoin de nos pièces ». L’usine a connu un incendie en janvier 2026 et a été placée en redressement judiciaire en juillet, après un arrêt de la production.

La Fonderie de Bretagne s’apprête à être placée en liquidation judiciaire
Photo : Ouest France

Repreneur abandonne à la dernière minute

Un seul repreneur, un groupe industriel européen, avait montré un intérêt sérieux pour la Fonderie de Bretagne. Cependant, ce dernier n’a pas conclu son offre, estimant qu’il lui fallait un délai de 14 à 15 mois pour « apporter des volumes de production suffisants », selon Eric Blanchier, élu CGT. 20 Minutes indique que ce repreneur n’a pas pu obtenir le soutien nécessaire, malgré les efforts du gouvernement. « On a fait beaucoup pour cette entreprise », a répondu le ministre de l’Économie, Roland Lescure, lors des questions au gouvernement.

L’administrateur judiciaire a informé les syndicats que « aucun dossier de reprise » n’avait été déposé avant minuit le 12 octobre, laissant le tribunal de commerce de Lorient prononcer la liquidation. Le gouvernement a tenté de convaincre ce repreneur en proposant un soutien financier, sans succès. « On a appris ce matin en CSE qu’il n’y aura pas d’offres », a déclaré Eric Blanchier, soulignant que « l’outil est très performant » et que la fermeture « est un gâchis industriel ».

La Fonderie de Bretagne s’apprête à être placée en liquidation judiciaire
Photo : 20 Minutes

Elus et gouvernement réagissent

Les élus locaux, notamment Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et Fabrice Loher, maire de Lorient, ont affirmé leur soutien aux salariés, promettant de lutter pour que le site conserve sa vocation industrielle. Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a souligné que « la priorité des priorités doit être les salariés », tout en reconnaissant les difficultés à trouver un repreneur crédible.

Le gouvernement a également été critiqué pour avoir favorisé la reprise par Europlasma, un fonds en difficulté, malgré des avertissements sur ses fragilités. Bourse Direct souligne que le groupe a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025, plus du double de l’exercice précédent, et est soupçonné de « prédation » via des instruments financiers controversés. Le député écologiste du Morbihan, Damien Girard, a critiqué cette décision dans un communiqué, affirmant que le gouvernement a « bradé l’usine à un fonds vautour ».

La Fonderie de Bretagne s’apprête à être placée en liquidation judiciaire
Photo : BFM

Syndicats préparent mobilisation

Les salariés de la Fonderie de Bretagne se rassembleront devant le tribunal de commerce de Lorient jeudi 15 octobre, lors de l’audience qui prononcera la liquidation. Le Télégramme rapporte que certains déclarent vouloir « partir dignement », malgré le sentiment de trahison. Le plan social devrait être mis en place dans les 21 jours suivant la liquidation, avec des négociations avec France Travail pour le reclassement des employés.

« C’est un gâchis monumental », a insisté Eric Guyomard, délégué CGT, en soulignant que l’usine, « un outil industriel dernier cri », n’a été que peu utilisée. Les salariés, déçus, attendent désormais une solution pour leur avenir, tout en restant engagés dans la lutte pour préserver leur métier. Le site de Caudan, qui avait amorcé une diversification vers le militaire avec Thales, a livré des prototypes d’obus de 120 mm, mais ce projet n’a pas abouti. Le gouvernement a également été pressé de garantir un avenir industriel au Morbihan, un territoire où le chômage reste inférieur à la moyenne nationale.

Les acteurs économiques et les syndicats soulignent que la Fonderie de Bretagne, fondée par Renault en 1966, représente 60 ans d’histoire industrielle. Le site, doté d’une capacité de production de 40 000 tonnes de fonte annuelle, a été restructuré sous Europlasma avec un investissement de 15 millions d’euros sur trois ans. Cependant, les promesses n’ont pas été tenues, et l’usine a été placée en redressement judiciaire en juillet 2026. Les salariés restants déclarent que « tout était faux, c’était écrit depuis le début », exprimant un profond sentiment de trahison.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.