Un essai clinique très controversé visant à tester un vaccin contre l’hépatite B sur 14 000 nouveau-nés en Guinée-Bissau a été officiellement annulé. Le projet, partiellement financé par les États-Unis, a fait face à un rejet du gouvernement de transition et à une vive opposition dénonçant l’absence de l’administration systématique du vaccin pour la moitié des participants.
L’étude n’aura pas lieu, ainsi l’a confirmé l’épidémiologiste danois Frederik Schaltz-Buchholzer dans une publication sur The BMJ. Le responsable a indiqué que le gouvernement militaire avait signifié qu’il n’autorisait pas l’essai clinique. Cette décision intervient deux jours après une perquisition menée par la police judiciaire de Guinée-Bissau dans les locaux du Bandim Health Project à Bissau, au cours de laquelle un lot de vaccins a été saisi, d’après Le Monde.
La controverse sur le groupe témoin et le financement américain
Le projet, conçu au sein du Bandim Health Project, prévoyait de répartir les nouveau-nés en deux groupes : la moitié recevait le vaccin contre l’hépatite B à la naissance, tandis que l’autre moitié attendrait sa sixième semaine, afin d’observer d’éventuels effets non spécifiques. L’administration américaine avait attribué en décembre 2025 une subvention de 1,6 million de dollars à l’Université du Danemark du Sud (SDU) pour soutenir le projet, selon les précisions rapportées par Yahoo.
Ce protocole a immédiatement suscité des critiques de la part d’experts en santé publique et d’institutions internationales. Walter Kazadi Mulombo, le représentant de l’OMS en Guinée-Bissau, a souligné que l’organisation s’était alarmée en constatant l’absence de protocole public et a qualifié la méthode envisagée de contraire à l’éthique dans un entretien accordé à la BBC : A study that will withhold that intervention from other newborns is unethical.
L’OMS rappelle que l’hépatite B touche près d’un cinquième de la population guinéenne et que les infections survenant durant la petite enfance entraînent des formes chroniques mortelles dans 25 % des cas.

De son côté, le professeur Gavin Yamey, enseignant en santé publique et politique mondiale à l’Université Duke aux États-Unis, a qualifié la proposition de démarche teintée de néocolonialisme, s’interrogeant sur la pertinence de mener de telles recherches dans l’un des pays les plus pauvres du monde plutôt qu’au Danemark, d’après les informations recueillies par Ars Technica.
Le démenti des autorités sanitaires et les tensions locales
En janvier, le directeur général de l’Africa CDC, le Dr Jean Kaseya, avait indiqué que les responsables de Guinée-Bissau avaient demandé un soutien pour un examen éthique et technique supplémentaire de l’essai. En octobre, le ministre de la Santé de Guinée-Bissau, Quinhin Nantote, a démenti les informations affirmant que le gouvernement avait validé l’essai. Lors d’un point de presse, le ministre a déclaré que toute initiative de recherche impliquant des êtres humains, en particulier des enfants, devait strictement se conformer à la législation nationale et aux principes éthiques internationaux, sans fournir de détails sur le processus.

L’intervention de la police et la révision du calendrier vaccinal
À la suite de la décision du Conseil des ministres ordonnant l’inspection des conditions d’acquisition et de traçabilité des vaccins, la police judiciaire a perquisitionné les installations du centre le 19 octobre pour placer sous scellés les doses destinées à l’étude. Christine Stabell Benn a confirmé la fin de la démarche, précisant que l’équipe n’avait pas l’intention de déplacer l’essai vers un autre territoire.
Alors que la Guinée-Bissau administrait jusqu’à présent le vaccin à l’âge de six semaines, les autorités sanitaires collaborent avec l’Organisation mondiale de la santé pour anticiper l’introduction de la dose de naissance dans le calendrier vaccinal national, un objectif initialement planifié pour 2028 mais envisagé dès le premier trimestre de l’année prochaine.