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La Jornada – Les députés approuvent la nouvelle loi générale sur l’eau

by Nicolas Lefèvre

Mexico, le 4 décembre 2025. La Chambre des députés mexicaine a adopté une nouvelle loi générale sur l’eau, fruit de concessions faites aux mouvements de producteurs ruraux, qui abroge la législation en vigueur depuis 1992 et modifie substantiellement la loi nationale sur l’eau.

  • La nouvelle loi garantit les droits de succession en matière d’eau et réglemente l’extraction par usage coutumier.
  • Les systèmes communautaires et les droits des populations autochtones et afro-mexicaines à l’eau sont désormais reconnus et protégés.
  • L’adoption de ce texte met fin à des semaines de blocages et de protestations menées par les producteurs agricoles.

Après des négociations intenses avec les organisations agricoles, la coalition gouvernementale formée par Morena, le Parti du Travail (PT) et le Parti Vert Écologiste du Mexique (PVEM) a présenté un ensemble de modifications qui ont permis de débloquer la situation. Ces amendements visent notamment à clarifier les règles d’accès à l’eau et à protéger les droits des communautés locales.

La loi générale sur l’eau reconnaît explicitement les systèmes communautaires et les services d’eau destinés aux activités productives des peuples et communautés autochtones et afro-mexicaines. Leur traitement de l’eau devra respecter leurs propres réglementations, encadrées par le deuxième article constitutionnel.

L’adoption de ce texte a permis de lever le blocage partiel de la Chambre des députés par des producteurs agricoles utilisant des tracteurs. Cependant, l’opposition a dénoncé une réforme motivée par des considérations politiques, accusant le gouvernement et le parti Morena de vouloir prendre le contrôle de l’eau.

Les partis d’opposition, PRI et PAN, ainsi que Movimiento Ciudadano (MC), ont critiqué le manque de consultation des populations indigènes et afro-mexicaines. Ils ont également souligné que l’article 22 de la loi nationale sur l’eau empêche le transfert des droits d’eau. Ils craignent que cette disposition ne limite la flexibilité et l’efficacité de la gestion de l’eau.

Le texte adopté prévoit que les droits d’eau acquis par concessions et cessions ne pourront pas être transmis. Toutefois, une réserve a été ajoutée pour permettre la réaffectation des droits préférentiels résultant du transfert de propriété, de la fusion ou de la division de sociétés civiles ou commerciales, ainsi que des droits de succession, par le biais de la Commission nationale de l’eau (Conagua). Cette dernière devra délivrer de nouveaux titres dans un délai maximal de 20 jours.

Ricardo Monreal Ávila, coordinateur de Morena, a affirmé que cet ajout a invalidé les arguments de l’opposition.

« Le discours artificiel de l’opposition s’est effondré sous son propre poids. On ne gagne pas aux urnes avec de la véhémence. L’objectif de cette loi est d’empêcher les riches de spéculer sur l’eau. »

Reginaldo Sandoval, coordinateur du PT, a renchéri en déclarant :

« Nous déconstruisons leur récit. »

Alfonso Ramírez Cuéllar, vice-coordinateur de Morena, a souligné que la loi permet la transmission des droits d’eau aux enfants et petits-enfants, sans aucune réduction du volume de la concession initiale.

« Il n’y a pas de dépossession. »

L’article 49 précise que lors du transfert de propriété des terrains liés à un titre de concession d’eau, Conagua délivrera un nouveau titre, sous réserve d’une analyse de la disponibilité des ressources.

Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque des députés du PAN ont commencé à bousculer leurs homologues de Morena et du PT, après avoir accusé les anciens gouverneurs du PAN et l’ancien président Vicente Fox de constituer un « cartel de l’eau » en raison des concessions qu’ils se sont accordées pour contrôler l’extraction de millions de mètres cubes d’eau. Francisco Javier Borrego (Morena) a révélé que la famille Fox détient à elle seule 14 titres de concession.

La loi inclut également des dispositions relatives à la modernisation des systèmes d’irrigation et à la gestion durable de l’eau, en veillant à ne pas dépasser les volumes concédés afin de maintenir l’équilibre hydrologique des bassins et des nappes phréatiques. Il est également prévu qu’avant de réduire ou d’annuler un volume d’eau concédé, en cas de risque de pénurie, une évaluation technique préalable et une information des utilisateurs soient réalisées.

Enfin, le détournement de canaux ou de cours d’eau ne sera pas sanctionné lorsqu’il s’agit d’un usage agricole familial ou d’un usage personnel et domestique. La loi prévoit également des sanctions plus sévères, pouvant aller jusqu’à 14 ans de prison, pour les fonctionnaires qui accorderaient des concessions en échange de pots-de-vin.

Le projet de loi sera maintenant transmis au Sénat, convoqué d’urgence pour examiner le texte. Plus de 500 réserves individuelles ont été déposées, mais il est peu probable qu’elles soient toutes acceptées en séance plénière.

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