Publié le 2025-11-17 04:30:00. Une enquête américaine a révélé un vaste réseau de blanchiment d’argent impliquant des casinos mexicains, une famille albanaise et des liens présumés avec le puissant cartel de Sinaloa, menaçant de nouvelles sanctions financières contre des entreprises et des individus clés.
- Le département du Trésor américain a bloqué les avoirs de l’empire commercial de la famille Hysa et d’une douzaine de casinos mexicains, soupçonnés de blanchir des fonds pour le cartel de Sinaloa.
- Un rapport du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN) détaille un réseau complexe de sociétés écrans et de transferts de fonds servant à dissimuler les activités criminelles.
- Les autorités américaines mettent en lumière des liens entre la famille Hysa et des figures clés du cartel, notamment Ismaël El Mayo Zambada.
Washington a porté un nouveau coup aux finances du cartel de Sinaloa en ciblant cette semaine un réseau sophistiqué de blanchiment d’argent. L’opération, menée par le département du Trésor américain, vise la famille albanaise Hysa et une douzaine de casinos mexicains, accusés de faciliter le transfert de fonds illicites au profit de l’organisation criminelle héritée de Joaquín El Chapo Guzmán et d’Ismaël El Mayo Zambada.
Selon les enquêteurs, le groupe criminel organisé Hysa, composé de Luftar, Arben, Ramiz, Fatos et Fabjon, aurait utilisé son influence et ses investissements au Mexique pour blanchir l’argent provenant du trafic de drogue. Le Trésor américain estime que ce groupe opère avec le consentement du cartel de Sinaloa. En conséquence, six membres de la famille Hysa, leur collaborateur mexicain Gilberto López, ainsi qu’une vingtaine de sociétés du groupe basées au Mexique, au Canada et en Pologne, ont vu leurs avoirs bloqués.
L’enquête américaine met en évidence un système complexe impliquant des sociétés écrans, des transferts de millions de dollars à l’étranger et des paiements directs au cartel via les casinos. Ce qui apparaissait comme une réussite commerciale – bars, casinos, restaurants de luxe, sociétés énergétiques et détaillants de vêtements – s’est révélé être une façade pour des activités criminelles.
Luftar Hysa, 57 ans, est présenté comme un pilier de l’organisation, effectuant des voyages fréquents entre le Mexique et le Canada. Son frère, Arben Hysa, propriétaire et directeur de plusieurs sociétés, est également désigné comme un acteur clé dans le trafic de fonds. Fatos et Fabjon Hysa seraient quant à eux impliqués dans l’utilisation d’une entité basée en Europe pour blanchir des fonds illicites provenant du trafic de drogue.
Le Trésor américain a annoncé le gel de tous les avoirs des personnes et des entreprises ciblées aux États-Unis et l’interdiction pour les citoyens américains d’effectuer des transactions avec ces entités. Cette action s’inscrit dans le cadre d’une offensive plus large contre les cartels mexicains, bien que les résultats de cette politique soient remis en question. La guerre de Trump contre les cartels mexicains.
Ce n’est pas la première fois que la famille Hysa est associée à des activités illicites. En septembre 2022, Luftar Hysa avait publié une défense publique dans les médias contre des allégations de liens avec le cartel de Sinaloa, notamment avec El Mayo Zambada. Il niait alors toute implication dans des entreprises illégales, affirmant avoir cherché au Mexique une opportunité de développement après avoir quitté l’Albanie en 2004.
« Moi, Luftar Ali Hysa, jamais condamné, jamais poursuivi, jamais détenu, déclare que je n’ai jamais eu de problème avec la justice de ma vie. Tous mes problèmes dans la vie ont été liés à l’injustice. »
Luftar Hysa
L’homme d’affaires avait alors décrit une vie de lutte, d’exode et de discrimination, soulignant qu’il employait plus de 1 500 personnes au Mexique grâce à ses entreprises. Il avait retracé son parcours, de l’Afrique du Sud au Pérou, avant de s’installer au Mexique en 2004, affirmant être victime de la concurrence et niant toute connaissance d’Ismael El Mayo Zambada.
L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) a identifié dix casinos mexicains comme étant impliqués dans le blanchiment de plus de 2 millions de dollars (environ 1,8 million d’euros) pour le cartel de Sinaloa entre 2017 et 2024. Parmi ces établissements figurent les casinos Midas, Emine, Mirage, Palermo et Skampa, situés dans les États de Sonora, Sinaloa, Basse-Californie et Tabasco. Rapport du département du Trésor américain.
Les enquêtes ont également révélé des liens entre les casinos et des responsables locaux corrompus. La journaliste Jesusa Cervantes a rapporté que l’entreprise HS Food Processing, identifiée par l’OFAC, avait obtenu une autorisation de la maire de Rosarito, Hilda Araceli Brown, pour la vente d’alcool dans un restaurant situé à l’intérieur du Casino Midas. Brown a elle-même été sanctionnée par l’OFAC en septembre dernier pour des liens présumés avec le cartel de Sinaloa. Sanctions du département du Trésor.
Selon Víctor Sánchez, spécialiste de la sécurité publique à l’Université de Coahuila, les liens entre les réseaux albanais et le cartel de Sinaloa se nouent à travers El Mayo Zambada. Les mafias albanaises opèrent principalement dans les grands ports européens et blanchissent leurs profits du trafic de drogue dans l’immobilier. Pour les organisations mexicaines, ces alliances offrent un accès à des acheteurs pour la drogue et une aide au blanchiment d’argent sur des marchés difficiles à surveiller.
Sánchez souligne que les casinos sont des lieux privilégiés pour le blanchiment d’argent, permettant de dissimuler des montants importants et de rendre les audits plus complexes. Les schémas observés au Mexique reflètent ceux utilisés en Europe par les trafiquants de drogue, notamment dans les zones touristiques en plein essor en Basse-Californie et à Sonora.
Le FinCEN a précisé que les dirigeants des casinos Midas, Emine, Mirage, Palermo et Skampa ont reçu des instructions détaillées du cartel de Sinaloa pour éviter d’être détectés par les contrôles anti-blanchiment. L’organisation criminelle a notamment recommandé d’effectuer des dépôts en espèces inférieurs à 90 000 pesos (environ 4 354 dollars) et d’éviter les dépôts consécutifs pour ne pas alerter les banques.
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