Home SantéLa maladie d’Alzheimer se propage discrètement et secrètement depuis des décennies – DiePresse.com

La maladie d’Alzheimer se propage discrètement et secrètement depuis des décennies – DiePresse.com

by Sophie Martin

Publié le 12 octobre 2025 06:00:00. Des protéines cérébrales mutées, potentiellement issues de notre alimentation, s’accumulent silencieusement pendant des années avant de provoquer les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer, selon de nouvelles recherches menées par des scientifiques autrichiens.

  • Les cellules immunitaires du cerveau, les microglies, tentent de nettoyer ces protéines mutées, mais finissent par être dépassées avec l’âge.
  • L’étude suggère que la propagation de ces anomalies protéiques pourrait être un facteur clé dans le développement de la maladie d’Alzheimer.
  • Des chercheurs espèrent identifier des biomarqueurs sanguins permettant un diagnostic précoce de la maladie d’ici 2026.

La maladie d’Alzheimer, caractérisée par une perte progressive de la mémoire et des fonctions cognitives, est liée à l’accumulation de protéines mutées dans le cerveau. Pendant des décennies, les microglies, les cellules immunitaires résidentes du cerveau, ont combattu ces protéines en les « mangeant ». Cependant, avec le temps, ces cellules s’épuisent et deviennent moins efficaces, permettant aux dépôts protéiques de s’accumuler et d’endommager les cellules nerveuses.

Le neurobiologiste Christian Humpel, de la Med-Uni Innsbruck, a mené des recherches approfondies sur les mécanismes de cette progression. Ses travaux, initialement axés sur la maladie de Parkinson, l’ont conduit à étudier l’impact de facteurs de croissance spécifiques sur la survie des neurones. Il a découvert que la protéine NGF (Nerve Growth Factor) protège les cellules nerveuses responsables de la mémoire, celles qui sont particulièrement touchées par la maladie d’Alzheimer.

Les recherches de Christian Humpel, soutenues par un projet financé par le Fonds autrichien pour la science (FWF), ont confirmé l’hypothèse selon laquelle les dépôts protéiques se propagent d’une zone du cerveau à l’autre, entraînant une perte progressive des fonctions cognitives. Il a utilisé un modèle de « tranche de cerveau organotypique » sur des souris pour observer cette propagation.

L’étude se concentre sur la forme « acquise » de la maladie d’Alzheimer, qui représente la majorité des cas, plutôt que sur les formes héréditaires rares. Les premiers changements, liés aux mutations des protéines bêta-amyloïde et tau, peuvent survenir des décennies avant l’apparition des symptômes. Une inflammation et l’activation des cellules immunitaires du cerveau sont également observées.

Une question cruciale demeure : d’où proviennent ces protéines mutées ? Une théorie, évoquée par Christian Humpel, suggère qu’elles pourraient être introduites dans l’organisme par l’alimentation, à l’instar de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et de la Kuru. Cependant, il souligne que l’adoption d’un mode de vie sain, comprenant une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, une stimulation intellectuelle continue, des interactions sociales et l’abstinence de tabac et d’alcool, peut réduire considérablement le risque de développer la maladie.

Alors que la population vieillit, le nombre de cas d’Alzheimer devrait augmenter de manière significative. Il est donc essentiel de développer des méthodes de diagnostic précoces et peu coûteuses. Les biomarqueurs présents dans le liquide céphalo-rachidien sont actuellement fiables, mais leur prélèvement est invasif. Les chercheurs s’efforcent désormais d’identifier des biomarqueurs détectables dans le sang ou la salive, ce qui permettrait un dépistage plus simple et accessible. Christian Humpel est optimiste : « Je pense que nous serons en mesure d’établir des biomarqueurs sanguins correspondants dans la routine clinique d’ici 2026. »

À propos de Christian Humpel

Christian Humpel (63 ans) est professeur de psychiatrie expérimentale à la Med-Uni Innsbruck. Il a reçu le prix d’État en 2000 pour la méthode de coupe de cerveau qu’il a perfectionnée, le prix Otto Loewi en 2001 et, récemment, le « Prix Tuba » (Fondation Dr Johannes et Hertha Tuba) pour l’ensemble de son œuvre.

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