Publié le 13 décembre 2025 à 09h00. Des décisions récentes en matière de santé publique aux États-Unis suscitent l’inquiétude au Canada, notamment concernant la vaccination et le maintien de l’élimination de certaines maladies.
- La ministre de la Santé, Marjorie Michel, s’inquiète des répercussions potentielles des changements de politique de santé aux États-Unis sur la santé des Canadiens.
- Le Canada a perdu son statut d’élimination de la rougeole, en raison d’une augmentation des cas signalés à travers le pays.
- Des provinces canadiennes envisagent d’élargir le rôle du secteur privé dans la prestation de soins de santé, ce qui soulève des questions quant à la conformité avec la Loi canadienne sur la santé.
Ottawa suit de près les évolutions de la politique de santé aux États-Unis, en particulier après le vote d’un groupe de conseillers des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) visant à supprimer la recommandation d’une vaccination universelle contre l’hépatite B pour les nourrissons américains. La ministre de la Santé, Marjorie Michel, a exprimé son inquiétude à ce sujet, soulignant la proximité et l’interdépendance des deux pays.
« C’est une grande inquiétude pour moi », a déclaré la ministre Michel lors d’une entrevue à l’émission La Maison de CBC diffusée samedi matin. « Les États-Unis sont notre voisin le plus proche. Et c’est un grand voisin. » Elle a insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite avec les provinces et les territoires pour maintenir une approche harmonisée en matière de vaccination.
La décision du CDC ne modifie pas les directives concernant la vaccination des bébés nés de mères porteuses de l’hépatite B. Cependant, elle intervient dans un contexte de remise en question croissante de la confiance dans les vaccins, alimentée par des personnalités publiques comme Robert F. Kennedy Jr., le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux des États-Unis, qui a publiquement exprimé des doutes sur la sécurité et l’efficacité de plusieurs vaccins, y compris en liant, à tort, les vaccins à l’autisme. Des études scientifiques ont réfuté ces affirmations.
La ministre Michel a mis en garde contre le risque que ces idées fausses gagnent du terrain au Canada. « Les dommages ne peuvent arriver au Canada que si nous acceptons ce qu’ils disent », a-t-elle affirmé, ajoutant que « certains » Canadiens y sont déjà sensibles. Elle a souligné un changement culturel en cours, nécessitant un renforcement de la confiance dans la science.
Parallèlement, le Canada doit faire face à une recrudescence de la rougeole. L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a annoncé le mois dernier que le pays ne conserve plus son statut d’élimination de la rougeole, avec un total de 5 298 cas signalés en 2025. L’Ontario et l’Alberta sont les provinces les plus touchées, représentant respectivement environ 45 % et 37 % de ces cas. L’ASPC s’efforce d’éduquer le public et de collaborer avec les organisations locales pour lutter contre cette épidémie.
Enfin, le gouvernement fédéral examine les initiatives de certaines provinces, comme l’Alberta, visant à élargir le rôle du secteur privé dans la prestation de soins de santé. L’Alberta a déposé un projet de loi permettant aux médecins de travailler à la fois dans le système public et dans le système privé. La ministre Michel a indiqué que son équipe vérifie si cette décision est conforme à la Loi canadienne sur la santé, qui garantit l’universalité de l’accès aux soins de santé financés par l’État. Si une province ne respecte pas cette loi, des sanctions pourraient être envisagées.
Lundi, l’Ontario a annoncé un investissement de 125 millions de dollars sur deux ans pour réaliser jusqu’à 20 000 chirurgies orthopédiques dans des cliniques communautaires, une initiative qui s’inscrit dans la continuité de l’élargissement de la prestation privée de certains services de santé.