Publié le 4 novembre 2025 à 21h44. Une étude française suggère que l’augmentation observée du cancer colorectal à début précoce (CCDP) pourrait être en partie liée à une modification de la classification des tumeurs neuroendocrines (TNE) en 2013, plutôt qu’à une réelle hausse des adénocarcinomes.
- L’incidence du CCDP a augmenté de 2,9 % par an chez les femmes et de 2,6 % par an chez les hommes âgés de 15 à 39 ans entre 2004 et 2021.
- Les taux d’incidence des TNE ont augmenté jusqu’en 2013, puis ont diminué, tandis que les adénocarcinomes sont restés stables.
- Les chercheurs soulignent l’importance de tenir compte des changements de classification diagnostique lors de l’interprétation des tendances du cancer.
Une nouvelle étude, publiée dans le JAMA Network Open, met en lumière un possible biais dans l’interprétation de l’augmentation du cancer colorectal chez les jeunes adultes. Les chercheurs français ont analysé les données du Réseau français des registres du cancer, portant sur plus de 63 780 patients diagnostiqués entre 2004 et 2021.
L’étude a révélé que l’incidence du CCDP, défini comme un cancer colorectal diagnostiqué avant l’âge de 50 ans, a augmenté de manière significative chez les jeunes adultes. Cependant, cette augmentation semble être plus marquée pour les tumeurs neuroendocrines (TNE) que pour les adénocarcinomes, la forme la plus courante de cancer colorectal. En 2013, une révision de la classification des TNE a eu lieu, ce qui pourrait avoir entraîné une recatégorisation de certains cas et donc une augmentation artificielle des statistiques.
« À notre connaissance, cette étude est la première étude européenne basée sur une population à comparer les schémas temporels d’incidence du CCDP avec ceux des personnes âgées, en tenant compte à la fois du type histopathologique et du stade au moment du diagnostic », ont précisé les auteurs de l’étude.
Les chercheurs ont également observé une augmentation de l’incidence des adénocarcinomes métastatiques (cancer qui s’est propagé à d’autres parties du corps) entre 2013 et 2021, suggérant une tendance à un diagnostic plus tardif ou à une progression plus rapide de la maladie chez les patients plus jeunes. Cette observation est d’autant plus préoccupante que plusieurs facteurs liés au mode de vie, tels que les régimes alimentaires riches en aliments ultra-transformés, l’obésité, la sédentarité et les perturbations du microbiome intestinal, sont associés à un risque accru de CCDP. L’exposition à des polluants environnementaux et à des perturbateurs endocriniens pourrait également jouer un rôle.
Bien que l’étude présente certaines limites, notamment une couverture géographique limitée et l’absence d’évaluation des facteurs de risque spécifiques tels que l’obésité ou le régime alimentaire, les chercheurs estiment que leurs résultats soulignent l’importance de prendre en compte les changements de classification diagnostique lors de l’interprétation des tendances de l’incidence du cancer. Ils suggèrent également que les stratégies de santé publique devraient tenir compte de ces facteurs pour une surveillance et une prise en charge plus précises du CCDP.
« Ces résultats contribuent aux discussions récentes sur l’âge auquel le dépistage du cancer colorectal devrait commencer », ont conclu les chercheurs. « Il est important que les décideurs de santé publique prennent en compte la part de l’augmentation artificielle de l’incidence du cancer colorectal observée chez les jeunes adultes au cours des dernières décennies dans plusieurs pays. »
Références
1. Jooste V, Nousbaum JB, Alves A et al. Modifications de la classification épidémiologique et incidence du cancer colorectal à apparition précoce. JAMA Network Open. 2025;8(11):e2541732. doi:10.1001/jamanetworkopen.2025.41732
2. 5 raisons pour lesquelles le cancer colorectal pourrait augmenter chez les jeunes adultes. AJMC®. 27 juin 2025. Consulté le 4 novembre 2025.
