Le Bangladesh est en deuil après la disparition de Khaleda Zia, première femme à avoir dirigé le pays, décédée ce mardi à l’âge de 80 ans des suites d’une longue maladie. Son décès intervient à un moment crucial pour la politique bangladaise, à quelques mois d’élections générales.
L’annonce du décès a été faite par le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) sur sa page Facebook : « Notre dirigeante préférée n’est plus parmi nous. Elle nous a quittés à 6 heures du matin ce matin. » Des foules se sont rapidement rassemblées devant l’hôpital Evercare de Dhaka, où elle était soignée, malgré les tentatives de la police pour maintenir l’ordre.
Khaleda Zia a accédé à la tête du gouvernement en 1991, marquant une étape historique pour le Bangladesh après 20 ans de régime non démocratique. Elle avait mené son parti, le BNP, à la victoire lors des premières élections démocratiques du pays. Son premier mandat a été salué pour ses initiatives visant à améliorer l’éducation des femmes et le développement social, notamment par la restauration d’une démocratie parlementaire via une modification constitutionnelle soutenue par plusieurs partis.
La trajectoire politique de Zia a débuté dans l’ombre de son époux, l’ancien président Ziaur Rahman, assassiné lors d’un coup d’État militaire en 1981. Elle a ensuite pris la tête du BNP, se forgeant une réputation de leader déterminée, notamment en refusant de participer à des élections controversées organisées par le général Hussain Muhammad Ershad dans les années 1980.
Son parcours a été marqué par une rivalité intense avec Sheikh Hasina, une querelle qui a dominé la scène politique bangladaise pendant des décennies, les deux femmes alternant au pouvoir et dans l’opposition. Zia a été Premier ministre à trois reprises (1991-1996, 1996 – quelques semaines, et 2001-2006). Son second mandat, en 1996, a été de courte durée et critiqué pour l’organisation d’élections unilatérales malgré les appels à un gouvernement intérimaire neutre.
Son administration, de 2001 à 2006, a été entachée par des allégations de corruption. Au cours des 16 dernières années, sous le gouvernement de la Ligue Awami, Zia est devenue un symbole de l’opposition, notamment en boycottant les élections de 2014 après l’abandon du système de gouvernement intérimaire par sa rivale Hasina. Elle a ensuite été reconnue coupable de corruption et emprisonnée, des accusations qu’elle a toujours niées, les qualifiant de motivations politiques.
Libérée l’année dernière, elle avait prévu de faire campagne pour les prochaines élections générales, dont le BNP espère assurer un retour au pouvoir. Son fils, Tarique Rahman, 60 ans, de retour au Bangladesh après 17 ans d’exil à Londres, est pressenti pour lui succéder à la tête du parti et du pays.
Khaleda Zia était hospitalisée depuis un mois pour des complications rénales, cardiaques et une pneumonie. Malgré son état de santé fragile, elle restait une figure d’inspiration pour ses partisans. Le dirigeant par intérim Muhammad Yunus a salué sa mémoire, la qualifiant de « symbole du système démocratique » et de « source d’inspiration suprême pour la nation ».
Le Premier ministre indien Narendra Modi a exprimé sa tristesse face à son décès, soulignant sa contribution au développement du Bangladesh et aux relations bilatérales.
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