Home MondeLa proposition chinoise d’accord commercial régional déraille alors que l’Australie marque le pas et que les tensions s’intensifient au Japon

La proposition chinoise d’accord commercial régional déraille alors que l’Australie marque le pas et que les tensions s’intensifient au Japon

by Clara Dubois

Publié le 25 novembre 2025 à 00h38. La relation sino-japonaise, marquée par des cycles de rapprochement suivis de tensions, complique les ambitions de la Chine d’adhérer à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), plaçant l’Australie, qui préside actuellement le processus, dans une position délicate.

  • La Chine et le Japon connaissent une alternance prévisible de périodes de détente diplomatique et de nouvelles escalades, notamment après les déclarations du Premier ministre japonais sur Taïwan.
  • Cette situation intervient au moment où Pékin cherche à intégrer le CPTPP, un accord commercial exigeant qui requiert l’unanimité de ses membres.
  • L’Australie, en tant que présidente du CPTPP, doit naviguer entre ses relations avec la Chine et le Japon, tout en préservant l’intégrité du processus d’adhésion.

La dynamique actuelle entre la Chine et le Japon rappelle celle qui avait opposé Pékin à Canberra ces dernières années. Après une phase de dégel diplomatique et de reprise des échanges, une nouvelle crise surgit, déclenchée par un désaccord politique. Cette fois, cependant, les conséquences dépassent largement le cadre bilatéral, affectant directement les perspectives d’adhésion de la Chine à l’un des accords commerciaux les plus importants au monde : le CPTPP.

Les relations sino-japonaises sont depuis longtemps caractérisées par ces cycles de rapprochement et de tensions. Les dirigeants des deux pays se sont rencontrés en marge de l’APEC et se sont engagés à construire une relation « constructive et stable ». Les pourparlers économiques avaient repris et les exportations japonaises de produits de la mer, bloquées depuis 2023, pouvaient à nouveau demander des autorisations. Mais cet optimisme a été de courte durée.

La réaction de Pékin a été vive après que le Premier ministre japonais Sanae Takaichi a évoqué la possibilité d’une réponse collective en cas d’attaque chinoise contre Taïwan. Le ministère chinois du Commerce a accusé ces déclarations de « saper fondamentalement » les bases de la relation bilatérale et a menacé de nouvelles mesures restrictives, notamment une interdiction des produits de la mer japonais. En quelques jours, des vols ont été annulés et les entreprises japonaises ont exprimé leurs inquiétudes quant à leurs permis d’exportation, signalant un retour à une phase hostile.

Pour les industries japonaises, en particulier celles de la mer, du tourisme et de la fabrication, le message est clair : la stratégie chinoise n’a pas changé. Pékin utilise le commerce comme un levier politique, punissant les pays qui prennent des positions divergentes. Cette approche pose un problème majeur pour l’adhésion de la Chine au CPTPP, un accord fondé sur des règles transparentes et non discriminatoires.

La Chine a déposé sa demande d’adhésion au CPTPP en 2021, espérant se positionner comme un champion de l’intégration économique régionale, notamment après le retrait des États-Unis de l’accord. Cependant, le CPTPP ne se limite pas à un simple accord commercial. Il s’agit d’un cadre normatif exigeant, qui requiert l’unanimité de ses membres pour toute nouvelle adhésion.

Le Japon, en particulier, est réticent à approuver la candidature chinoise, estimant que Pékin ne respecte pas les normes élevées de l’accord en matière de subventions et d’entreprises publiques. La récente escalade des tensions, avec les menaces de sanctions commerciales, rend cette approbation encore moins probable. Pour Tokyo, il est difficile d’accepter un pays qui utilise la coercition économique pour punir des déclarations politiques.

L’Australie, qui a pris la présidence du CPTPP le 1er janvier, se retrouve dans une position délicate. Son rôle est techniquement neutre, mais elle dispose d’une influence considérable sur le rythme et la structure des discussions d’adhésion. Canberra peut privilégier les évaluations techniques, donner la priorité à d’autres candidats (comme l’Uruguay, l’Indonésie ou les Philippines) et ralentir le processus d’adhésion de la Chine sans pour autant le rejeter formellement.

Une approche prudente est non seulement justifiée, mais également attendue. L’Australie ne souhaite pas aggraver les tensions avec Pékin, après avoir stabilisé les relations commerciales en 2023-2024. Mais elle ne peut pas non plus ignorer les préoccupations du Japon, un partenaire régional clé qui subit directement les pressions économiques chinoises. La voie la plus sûre consiste à mettre l’accent sur le processus, les normes et la transparence.

La réunion de Melbourne a permis des avancées sur plusieurs fronts, notamment l’adhésion de l’Uruguay, de nouveaux dialogues avec l’ASEAN et l’Union européenne, et l’intérêt croissant de l’Indonésie, des Philippines et des Émirats arabes unis. Les déclarations conjointes du CPTPP avec l’ASEAN et l’UE ont également exprimé des inquiétudes concernant les pratiques commerciales déloyales et la coercition économique.

La Chine espérait se présenter comme un acteur économique stabilisateur en rejoignant le CPTPP. Mais ses actions envers le Japon ont fragilisé ses arguments. Pour obtenir l’approbation du CPTPP, Pékin aura besoin du soutien du Japon, un pays qui est actuellement le plus directement touché par ses tactiques coercitives. Tant que ce cycle de tensions se poursuivra, l’adhésion de la Chine au CPTPP restera bloquée, ralentie par le pays qu’elle punit et par le pays qui préside actuellement le processus.

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