Hartford, Connecticut – Plus de sept millions d’Américains ont manifesté leur opposition à la dérive autoritaire observée aux États-Unis, un mouvement de résistance qui prend de l’ampleur face à des préoccupations croissantes concernant les atteintes aux libertés individuelles et aux institutions démocratiques.
Les manifestations de ce week-end, qualifiées de spectaculaires, ont vu les participants afficher un message clair : « PAS DE ROIS ». Cette mobilisation traduit une frustration grandissante face à des politiques perçues comme injustes, notamment les actions de l’ICE, les licenciements de fonctionnaires fédéraux, la présence militaire dans les villes, l’accroissement des inégalités économiques et l’augmentation soudaine des primes d’assurance santé de l’ACA (Affordable Care Act).
Cette vague de protestation s’inscrit dans un contexte de tensions politiques exacerbées, notamment après des événements récents qui ont ébranlé la confiance dans les institutions. Les manifestants cherchent des stratégies pour défendre et restaurer la démocratie, et se tournent vers des analyses du passé pour éclairer le présent.
Le livre récemment publié par Andrew Ross Sorkin, « 1929 », suscite un vif intérêt. L’ouvrage, qui retrace les événements ayant conduit au krach boursier de 1929, est comparé par certains à la situation économique et politique actuelle. Sorkin lui-même décrit son livre comme une « fable de l’avidité privée courtisant le désastre public », soulignant que « chaque vague nous incite à penser que nous avons appris de l’histoire et, cette fois, nous ne pouvons pas être dupes ». Il ajoute : « En fin de compte, l’histoire de 1929 n’est pas une question de taux ou de réglementation… Il s’agit de quelque chose de bien plus durable : la nature humaine. »
Zachary D. Carter, auteur de « Le prix de la paix : l’argent, la démocratie et la vie de John Maynard Keynes », a analysé l’ouvrage de Sorkin dans la Harvard Business Review, notant qu’il n’existe « aucune loi de la nature qui transforme irrésistiblement l’avidité en progrès au fil du temps ». Il souligne que « les conditions d’équité du marché et d’échange sont des règles intrinsèquement politiques, et il est très important que le développement du capital du pays dépende de la manipulation du marché et du jeu frénétique à hyperendettement ».
Sorkin a expliqué au chroniqueur du Guardian, Martin Pengully, que son objectif était de mettre en lumière les aspects humains des crises économiques : « Nous parlons souvent des affaires et de l’économie en termes de chiffres, de structures et de systèmes, mais il s’agit en fin de compte de personnes et des décisions qu’elles prennent. »
Lors d’un rassemblement à Hartford, dans le Connecticut, une manifestante a attiré l’attention avec une pancarte poignante : « MON PÈRE A COMBAT LE FACISME PENDANT LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE ET ÉTAIT PRISONNIER DE GUERRE. MAINTENANT, JE MARCHE POUR DÉFENDRE LA DÉMOCRATIE. » L’auteur de l’article a découvert que son propre père avait croisé le chemin du père de cette femme en Tunisie en 1944, avant que leurs unités ne soient séparées. Le père de la manifestante a été capturé par les nazis et a passé neuf mois dans un camp de prisonniers, tandis que le père de l’auteur a servi comme médecin sur le front.
Cette rencontre a rappelé à l’auteur, ainsi qu’à de nombreux autres participants, l’importance de ne pas laisser les sacrifices du passé être vains. Il y voit un parallèle avec les politiques mises en œuvre par Franklin D. Roosevelt (FDR) après la crise de 1929, notamment la création de la Sécurité sociale et des programmes de santé publique.
FDR avait mis l’accent sur la santé publique, finançant massivement des services de protection maternelle et infantile, la lutte contre la tuberculose et les maladies vénériennes, ainsi que la construction de nouveaux hôpitaux et l’amélioration des infrastructures sanitaires. Il avait également promulgué la loi de 1938 sur les aliments, les médicaments et les cosmétiques, exigeant que les médicaments soient prouvés sûrs et efficaces avant d’être commercialisés.
Malgré l’opposition de la Cour suprême, dominée par des juges conservateurs, FDR avait réussi à faire adopter ses réformes en nommant de nouveaux juges plus favorables à ses politiques. Les manifestations actuelles mettent en lumière les tentatives de réduire Medicaid et de limiter l’accès à l’assurance santé, ainsi que les enjeux liés aux droits reproductifs des femmes.
L’auteur conclut en soulignant que, comme après la crise de 1929, la réponse actuelle aux défis politiques et économiques pourrait conduire à une démocratie renforcée, avec un système de santé repensé et amélioré. Il rappelle que le Plan Marshall, mis en œuvre après la Seconde Guerre mondiale, avait commencé par un plan de santé, reconnaissant que la santé de la population est un facteur essentiel pour la reconstruction et la stabilité d’une société.
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