Publié le 20 octobre 2025 à 13h57. Alors que les entreprises peinent à retenir leurs employés, un sondage révèle une tendance surprenante : de nombreux salariés privilégieraient un employeur fidèle, même au détriment d’un salaire plus élevé. Ce regain d’intérêt pour la loyauté en entreprise pourrait bien redéfinir les priorités dans un marché du travail en pleine mutation.
- Un sondage mené auprès des lecteurs de Business Insider montre que près de deux fois plus de personnes choisissent la fidélité d’un employeur plutôt qu’une rémunération plus importante.
- Cette préférence pour la loyauté pourrait être une réaction à la précarité croissante du marché du travail, marquée par des licenciements massifs et des gels des embauches.
- Des témoignages d’employés et de dirigeants confirment un désir profond d’un environnement de travail basé sur le respect mutuel et l’engagement à long terme.
La loyauté envers son entreprise est-elle devenue une denrée rare, voire un luxe, dans le monde du travail actuel ? C’est la question à laquelle tente de répondre Aki Ito, journaliste chez Business Insider, après avoir plaidé en faveur de ce concept il y a quelques semaines. Elle avait alors avancé que si les employeurs faisaient preuve de considération, de respect et d’honnêteté envers leurs équipes, ces dernières seraient naturellement enclines à répondre de la même manière. Un sentiment qui, selon elle, persiste malgré un marché du travail de plus en plus axé sur la performance et la rémunération.
Pour aller plus loin, son collègue Dan DeFrancesco a lancé un sondage auprès des lecteurs : quel serait leur choix entre un employeur fidèle, mais moins rémunérateur, et un employeur moins fidèle, mais offrant un salaire plus élevé ? Le résultat est sans appel : près de deux fois plus de personnes ont opté pour la fidélité. Une surprise, compte tenu du cynisme ambiant et de la priorité souvent accordée à la sécurité financière.
Dan DeFrancesco lui-même s’interroge sur la signification de ce résultat. Il suggère que les répondants pourraient simplement exprimer un idéal vertueux, tout en continuant à privilégier l’argent dans la réalité. Une autre explication, plus pragmatique, serait que cette préférence pour la fidélité reflète une crainte face à l’instabilité actuelle du marché du travail. Dans un contexte de récession des cols blancs, la sécurité de l’emploi, pilier de la loyauté traditionnelle, prend une importance accrue.
Pour Aki Ito, ce sondage confirme ce qu’elle a pu entendre lors de ses échanges avec des salariés : un désir profond d’un environnement de travail fondé sur l’entraide et le respect. Elle prend l’exemple de Paul, un ingénieur logiciel qui a failli accepter une offre d’emploi plus lucrative, mais a finalement renoncé après avoir été « fantôme » par le recruteur. Cette expérience lui a rappelé à quel point son employeur actuel le traitait avec respect et l’a conforté dans son choix de rester fidèle.
« J’avais tellement donné et je n’ai même pas reçu de réponse. Ça a vraiment piqué. »
Paul, ingénieur logiciel
D’autres témoignages confirment cette tendance. Une avocate d’une quarantaine d’années explique qu’elle souhaite être traitée comme un être humain, avec des préoccupations qui dépassent le simple cadre professionnel. Des dirigeants d’entreprise, comme Ronnie Thornley, affirment également avoir toujours cherché à faire preuve de loyauté envers leurs équipes, en accordant de l’importance à leur bien-être personnel.
Benji Steely-Boehlke, qui a gravi les échelons dans plusieurs grandes entreprises, souligne l’importance de créer des liens forts avec ses employés. Il a d’ailleurs décidé de créer sa propre entreprise, en mettant l’accent sur l’engagement des salariés et en envisageant même de proposer des prêts à faible taux d’intérêt. Il constate que l’environnement de travail est devenu de plus en plus compétitif et avide.
Anthony Klotz, professeur de comportement organisationnel à l’University College de Londres, se montre optimiste. Il a créé un nouveau cours, « Conception de travail durable », dans lequel les étudiants imaginent des emplois qui répondent aux besoins des employeurs et des employés. Il est impressionné par la façon dont ses étudiants de la génération Z abordent cette question, en cherchant à concilier performance et bien-être.
« Aujourd’hui, je considère le travail comme une expérience fondamentalement émotionnelle qui va au-delà de la transaction marchande qui la sous-tend. »
Aki Ito, correspondante en chef de Business Insider
Aki Ito conclut que le travail est avant tout une expérience émotionnelle, et que l’argent ne fait pas tout. Elle espère que la nouvelle génération de leaders, comme les étudiants d’Anthony Klotz, saura créer un environnement de travail plus humain et plus durable. Elle invite ses lecteurs à partager leurs propres réflexions sur ce sujet à [email protected].
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