La nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis suscite l’inquiétude : son orientation, jugée trop conciliante envers la Russie, est perçue comme un signal dangereux pour les alliés occidentaux et une victoire idéologique pour les régimes autoritaires.
L’approbation de cette stratégie par Moscou, saluée comme « largement conforme à notre vision », est un avertissement. Donald Trump et son administration semblent privilégier un rapprochement avec des puissances autocratiques tout en fragilisant les liens avec les démocraties traditionnelles. Ce document, qui définit les priorités stratégiques et la posture internationale des États-Unis, marque une rupture nette avec la politique étrangère américaine menée depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le texte, truffé d’affirmations contradictoires et typiques du style Trump, est perçu comme un recul majeur pour le monde libre. Certains observateurs estiment qu’il reflète même les préoccupations du Kremlin, dénonçant une approche antérieure de la politique étrangère américaine comme étant motivée par le désir de maintenir une « domination américaine permanente sur le monde entier ».
Cette accusation est jugée infondée et insultante par les partisans de l’internationalisme libéral, qui fondent la sécurité collective sur des accords entre démocraties occidentales pour contrer l’agression autocratique, comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Aucune administration américaine, de Truman à Obama en passant par Reagan, n’a jamais estimé qu’une domination mondiale était dans l’intérêt supérieur du pays.
Cette idée, en revanche, est fréquemment relayée en Russie et reprise par des voix d’extrême droite et d’extrême gauche. La proposition de paix en 28 points pour l’Ukraine, élaborée par l’administration Trump et basée sur des documents russes, témoigne d’une admiration pour le dictateur russe. Le soutien à cette proposition, couplé à un affaiblissement des alliances au sein de l’OTAN, est perçu comme un cadeau de Noël pour Vladimir Poutine.
La stratégie de sécurité nationale consacre ainsi une convergence d’intérêts entre l’administration Trump et les régimes autoritaires, en promouvant l’hégémonie régionale comme modèle pour le XXIe siècle. Cela permet à Trump d’utiliser un vocabulaire flatteur, évoquant la « souveraineté » et la « paix », d’une manière qui correspond aux ambitions de la Russie et de la Chine.
Dans cette vision, les États-Unis se concentreraient sur leur rôle de protecteur de l’hémisphère occidental, ce qui expliquerait l’intérêt constant de Trump pour des questions telles que l’annexion du Groenland et du Canada, la reprise du canal de Panama, et les menaces actuelles contre le régime de Nicolás Maduro au Venezuela.
Le revers de cette approche est inquiétant : elle pourrait conduire à une paix précaire basée sur l’équilibre des forces avec la Chine et la Russie. La Chine pourrait ainsi dominer l’Asie, avec Taïwan comme cible potentielle, tandis que la Russie obtiendrait le contrôle de l’est de l’Ukraine et profiterait d’une OTAN affaiblie, une perspective qui correspond aux réflexions de certains conseillers de Trump.
L’histoire a montré que les dictateurs justifient souvent leurs actions au nom de la paix, mais il s’agit toujours d’une paix imposée par la force, qui exige la capitulation sous la menace de l’invasion et de l’anéantissement. Cette vision est illustrée par le film de Mel Brooks, Être ou ne pas être, où Hitler, dans une satire, affirme ne vouloir que la paix : « Un petit morceau de Pologne / Un petit morceau de France / Un petit morceau du Portugal / et l’Autriche peut-être… »
Traditionnellement, l’extrême gauche était la plus sensible à ces appels à la paix. Aujourd’hui, on observe l’émergence d’un courant conservateur isolationniste, qui se désintéresse de ce qui se passe au-delà des frontières nationales, comme l’a tristement illustré la position de certains sur le sort de l’Ukraine. Cette attitude est jugée naïve, surtout pour ceux qui croient en la paix par la force.
La stratégie de sécurité nationale est également marquée par des contradictions. Le Washington Post souligne que le document affirme la nécessité d’« améliorer les relations commerciales (et autres) avec l’Inde », alors que les relations entre les États-Unis et l’Inde ont été détériorées par les tarifs douaniers de 50 % imposés par Trump. Il s’engage également à « maintenir le soft power inégalé des États-Unis », tout en réduisant les moyens des instruments de soft power, tels que la Voix de l’Amérique et l’Agence américaine pour le développement international.
Récemment, Trump a aggravé la situation en approuvant la vente de puces Nvidia d’intelligence artificielle critiques à la Chine, sapant ainsi les discours sur la nécessité de maintenir le leadership américain dans la course à l’IA. Ses partisans, qui se sont convaincus qu’il est un défenseur de la paix, peinent à comprendre ses appels croissants à un changement de régime au Venezuela, sans plan clair pour stabiliser le pays et risquant d’aggraver la crise humanitaire.
Il est essentiel que l’Amérique se souvienne qu’elle est une république, et non un empire. Mais pour garantir la paix, il est impératif de tirer les leçons de l’histoire et de renforcer les liens entre les républiques démocratiques, tant sur le plan militaire qu’économique, afin de contrer l’alliance autocratique émergente. L’isolationnisme et l’apaisement ne sont pas des solutions viables. Comme l’a averti le secrétaire général de l’OTAN, « le conflit est à nos portes. La Russie a ramené la guerre en Europe – et nous devons nous préparer à l’ampleur de la guerre qu’ont endurée nos grands-parents et arrière-grands-parents. »
