Publié le 27 septembre 2025 18h00. Le jeûne, autrefois associé à des pratiques spirituelles ou de protestation, connaît un regain de popularité en Italie, porté par les réseaux sociaux et des influenceurs. Mais derrière la promesse d’une meilleure santé se cachent des risques réels, soulignent les experts.
- Le jeûne intermittent et les régimes restrictifs peuvent entraîner des carences nutritionnelles et affaiblir le système immunitaire.
- L’automatisme et le manque de suivi médical sont particulièrement préoccupants.
- L’autophagie, processus cellulaire potentiellement bénéfique, n’est pas encore suffisamment étudiée chez l’homme.
Le jeûne, longtemps confiné aux monastères ou utilisé comme forme de résistance politique, a envahi Instagram. Devenu une tendance bien-être, il est promu par des influenceurs et des applications comme une solution miracle pour la santé et la longévité. Raz Degan, figure controversée suivie par plus de 400 000 personnes, a même lancé en août dernier le « premier jeûne collectif de l’histoire en Italie », attirant 3 000 participants pour 48 heures d’abstention totale.
Pourtant, les promesses d’un corps affiné, d’un métabolisme régénéré et d’une forme physique éclatante sont souvent illusoires. Les régimes restrictifs, qu’ils soient intermittents (5 jours d’alimentation normale pour 2 jours de régime), de type Mima-Digiuno ou autres, peuvent s’avérer dangereux. « Un régime n’est jamais un acte neutre : c’est toujours un acte thérapeutique, et en tant que tel, il doit débuter après un diagnostic médical », explique le professeur Emanuele Rinnella, du département de nutrition clinique de l’hôpital Gemelli IRCCS à Rome. « Débuter un jeûne sans comprendre les causes réelles d’un surpoids ou sans dépister d’éventuelles pathologies sous-jacentes, comme le diabète, des maladies hépatiques ou cardiovasculaires, est une erreur. Il est crucial de ne pas banaliser le surpoids et d’écouter les signaux d’alerte de son corps. »
Le risque principal réside dans les carences macro et micronutriments. « Lorsque l’apport calorique est trop faible, l’organisme puise d’abord dans ses réserves, puis commence à attaquer la masse musculaire plutôt que la graisse », poursuit le professeur Rinnella. « Or, la perte de masse musculaire, qui est métaboliquement active, affaiblit les organes vitaux et diminue la résistance aux infections. »
Malgré ces avertissements, le jeûne continue d’attirer. Certains vantent les mérites du jeûne intermittent, consistant à ne manger que pendant une fenêtre de 8 heures par jour, puis à s’abstenir de toute calorie pendant les 16 heures suivantes. Cette pratique est censée stimuler l’autophagie, un processus par lequel les cellules éliminent les éléments endommagés pour se régénérer, découvert par le Japonais Yoshinori Ohsumi, prix Nobel de médecine en 2016. « L’autophagie est le processus par lequel les cellules éliminent les composants endommagés afin de se régénérer », précise le professeur Rinnella. « En théorie, le jeûne stimulerait ce mécanisme, favorisant ainsi le rajeunissement cellulaire et la réduction de l’inflammation. Cependant, il reste un point d’interrogation : nous ne savons pas encore précisément après combien d’heures de jeûne ce processus s’active chez l’homme. Certaines études évoquent 16 heures, d’autres 24 voire 72, mais la plupart ont été menées sur des animaux. »
Jessica Falcone, coordinatrice nutritionniste des troubles alimentaires à l’hôpital San Raffaele Turro à Milan, souligne l’importance de la variabilité individuelle. « Certaines personnes, en raison de leur génétique ou de leurs antécédents, tolèrent mieux les périodes de jeûne et peuvent en tirer des bénéfices métaboliques. D’autres, au contraire, sont plus susceptibles de souffrir des effets négatifs. Il est essentiel d’adopter une approche personnalisée, en tenant compte non seulement du métabolisme et des besoins caloriques, mais aussi de la qualité du sommeil, du niveau de stress, du type d’activité physique et des rythmes biologiques. »
Le sentiment de bien-être ressenti par certains en sautant un repas peut également être lié à un retour aux principes de la chrono-nutrition, c’est-à-dire l’alignement des rythmes alimentaires sur les cycles naturels de lumière et d’obscurité. « Nos grands-parents, qui dînaient à 18 heures et se couchaient peu après, respectaient naturellement ces mécanismes », conclut Jessica Falcone. « Aujourd’hui, nous avons tendance à manger tard le soir et à sauter le petit-déjeuner, une habitude qui perturbe nos rythmes hormonaux et métaboliques. »
Le régime 5:2, popularisé par de nombreux influenceurs sur TikTok, qui consiste à alterner 5 jours d’alimentation libre avec 2 jours de restriction calorique sévère (500 à 600 calories), est particulièrement critiqué. Une étude menée par la Queen Mary University of London n’a pas démontré d’avantages significatifs par rapport aux régimes traditionnels. Ce type de régime peut entraîner fatigue, vertiges, faiblesse et stress métabolique et hormonal. Il peut également être un facteur déclenchant de troubles alimentaires chez les personnes prédisposées.
Le chemin entre l’ascétisme de Gandhi et la quête de bien-être superficielle promue par certains influenceurs est court. En transformant le jeûne en une simple tentative d’améliorer son apparence, on risque non seulement d’échouer, mais aussi de nuire à sa santé. Et la prise de poids, toujours présente, rappelle que les raccourcis miracles mènent souvent à l’impasse.
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