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L’algorithme a décidé : ces personnes ne sont plus nécessaires

Publié le 5 janvier 2026 05h00. L'essor de l'intelligence artificielle (IA) accélère la transformation du marché du travail à l'échelle mondiale, avec des vagues de licenciements déjà observées aux États-Unis et en Europe, y compris en Hongrie. Cette…

L’algorithme a décidé : ces personnes ne sont plus nécessaires

Publié le 5 janvier 2026 05h00. L’essor de l’intelligence artificielle (IA) accélère la transformation du marché du travail à l’échelle mondiale, avec des vagues de licenciements déjà observées aux États-Unis et en Europe, y compris en Hongrie. Cette automatisation croissante soulève des questions sur l’avenir de l’emploi et la nécessité d’acquérir de nouvelles compétences.

  • Des entreprises majeures comme Amazon, HP et Salesforce ont annoncé des suppressions de postes liées à l’IA, totalisant des dizaines de milliers d’emplois.
  • Les entreprises ne cherchent pas seulement à réduire leurs effectifs, mais aussi à redéfinir les rôles et à orienter les équipes vers des tâches plus stratégiques.
  • L’Union européenne se prépare à ces changements avec des initiatives de formation et de requalification pour garantir une main-d’œuvre compétente en IA.

La tendance à l’automatisation, déjà perceptible ces dernières années, s’est considérablement accélérée. Les annonces des entreprises, les analyses sectorielles et les études récentes convergent : l’impact de l’IA sur le marché du travail est de plus en plus tangible, en Europe et donc en Hongrie. Un rapport récent mené aux États-Unis révèle une augmentation spectaculaire des licenciements à l’automne 2025, avec 153 000 suppressions d’emplois en octobre, soit une hausse de 175 % par rapport à l’année précédente.

L’IA est désormais la deuxième raison la plus fréquemment citée pour justifier ces licenciements, avec près de 48 414 suppressions d’emplois directement attribuées à l’automatisation. Amazon a ainsi annoncé en octobre 2025 le licenciement d’environ 14 000 employés de bureau, un chiffre qui pourrait atteindre 30 000 personnes, représentant près d’un dixième de ses effectifs totaux. Le PDG Andy Jassy avait déjà prévenu en juin que l’essor de l’IA réduirait les besoins en personnel pour les tâches actuelles.

HP prévoit également de supprimer jusqu’à 6 000 emplois au cours des trois prochaines années d’ici 2028, en raison de l’utilisation croissante de l’IA, afin d’accroître l’innovation et la productivité. Salesforce a quant à elle supprimé 4 000 postes dans son service client à l’automne en septembre 2025, et prévoit de les remplacer par des agents virtuels basés sur l’IA. Cet exemple illustre une substitution directe du travail humain par des chatbots dans un domaine spécifique.

L’impact de l’IA ne se limite pas au secteur numérique. UPS a supprimé 48 000 emplois au cours de l’année écoulée en octobre 2025, justifiant cette décision par l’amélioration de l’efficacité grâce à l’apprentissage automatique et à l’automatisation. Cette rationalisation basée sur l’IA affecte également la logistique physique.

Cette vague de suppressions d’emplois ne se limite pas aux États-Unis. En Europe, la compagnie aérienne allemande Lufthansa prévoit de supprimer 4 000 postes d’ici 2030 en raison de l’implémentation de systèmes d’IA. La société fintech suédoise Klarna a récemment réduit ses effectifs de 40 % en mai 2025 dans le cadre d’une réorganisation visant à accroître l’efficacité.

Cependant, certains experts soulignent que les entreprises utilisent parfois l’IA comme prétexte pour des réductions d’effectifs motivées par des raisons purement économiques. Néanmoins, la multiplication des cas démontre que les technologies d’automatisation permettent réellement d’optimiser de nombreux processus, ce qui incite les dirigeants à invoquer l’IA pour justifier leurs décisions.

Des attentes similaires se font sentir en Hongrie. Selon le dernier rapport 2025 du Forum économique mondial sur l’avenir de l’emploi, 41 % des entreprises hongroises envisagent de réduire leurs effectifs d’ici 2030 grâce à l’introduction de l’IA. Autrement dit, près de la moitié des entreprises nationales anticipent un besoin réduit en personnel d’ici la fin de la décennie grâce à l’automatisation.

Parallèlement à ces suppressions de postes, de nombreuses entreprises envisagent une transformation du travail plutôt qu’une simple élimination d’emplois. Une enquête internationale révèle qu’environ un cinquième des directeurs financiers interrogés ont constaté la suppression de certains postes suite à l’introduction de l’IA, mais soulignent que cette réduction reste limitée pour l’instant. L’objectif principal est plutôt de redéfinir les responsabilités et d’orienter les équipes vers des tâches plus stratégiques et à plus forte valeur ajoutée.

Cette approche suggère que l’arrivée de l’IA entraîne non seulement la disparition d’emplois, mais aussi leur transformation : les tâches routinières seront automatisées, permettant aux employés de se concentrer sur des activités plus complexes, de gestion ou de création. En conséquence, la demande de nouvelles compétences sur le marché du travail augmente. Les entreprises attendent de leurs collaborateurs qu’ils maîtrisent les outils d’IA et soient capables de collaborer avec les systèmes automatisés. Les nouvelles réglementations européennes (AI Act), entrées en vigueur en 2025, exigent que les entreprises utilisant des systèmes d’IA veillent à ce que leurs employés disposent des connaissances et de la formation adéquates.

Le développement de l’IA ne concerne plus seulement les emplois peu qualifiés ou administratifs. Geoffrey Hinton, l’un des pionniers de la recherche sur l’IA, a mis en garde dans une récente interview que les derniers modèles d’IA générative pourraient bientôt jouer un rôle majeur dans le développement de logiciels. Selon lui, la capacité de l’IA à accomplir des tâches complexes double environ tous les sept mois. Aujourd’hui capable d’écrire des lignes de code complexes, l’IA pourrait bientôt réaliser des projets de développement de plusieurs mois.

Plusieurs économistes américains prévoient un scénario pour 2026 dans lequel l’économie continue de croître sans pour autant créer de nouveaux emplois, ce qui poserait de nouveaux défis aux décideurs économiques.

L’Europe se prépare déjà à ce changement de paradigme. En octobre, la Commission européenne a présenté la stratégie « Appliquer l’IA », un plan global pour une intégration massive de l’IA dans les secteurs clés de l’économie et du secteur public. Cette stratégie accorde une importance particulière à la main-d’œuvre, avec des mesures ciblées pour garantir la disponibilité de travailleurs compétents en IA, capables d’utiliser la technologie de manière responsable et efficace. La European AI Skills Academy a également été lancée, proposant des programmes de formation et de requalification dans le domaine de l’IA générative, non seulement pour les professionnels de l’informatique, mais aussi pour les professionnels de la santé, de la mobilité ou de l’industrie manufacturière. L’UE prévoit également de mobiliser des ressources importantes pour la formation et la rétention d’experts en IA, ainsi que pour le développement des connaissances en IA du grand public.

Tous ces efforts visent à faire de l’Europe, et donc de la Hongrie, non seulement une victime des changements provoqués par l’IA, mais aussi un acteur actif. Le besoin d’une adaptation proactive est également apparu du côté des entreprises, qui proposent de plus en plus de formations continues à leurs salariés dans le domaine des nouvelles technologies. L’objectif est de faire en sorte que le travail humain et l’intelligence artificielle se complètent et que les gains de l’automatisation profitent à la société dans son ensemble.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.