Publié le 30 décembre 2023 à 17h30. L’ancien Premier ministre malaisien Muhyiddin Yassin a annoncé sa démission de la présidence du bloc d’opposition Perikatan Nasional (PN), une décision qui intervient dans un contexte de tensions politiques internes et de remises en question de son leadership.
- Muhyiddin Yassin quitte son poste de président du PN à compter du 1er janvier 2024.
- Cette démission fait suite à une crise politique dans l’État de Perlis, où le soutien à l’actuel ministre en chef a été retiré.
- Le parti PAS, membre de la coalition PN, se dit prêt à prendre la direction de la coalition et à présenter un candidat pour succéder à Muhyiddin.
L’annonce de la démission de Muhyiddin Yassin, 78 ans, marque un tournant pour l’opposition malaisienne. Dans une déclaration publiée sur sa page Facebook, l’ancien Premier ministre a exprimé sa gratitude envers les dirigeants du Perikatan Nasional (PN) « qui m’ont apporté tout leur soutien pendant que j’étais à la tête de PN depuis sa création il y a cinq ans ». Il a également souhaité le meilleur à la direction du PN et aux partis qui le composent.
La coalition PN, formée en février 2020, regroupe notamment le Parti Islam Se-Malaysia (PAS) et le Parti Asli Bersatu Malaysia (Bersatu), dont Muhyiddin Yassin est le président. La démission de ce dernier survient après une période de turbulences politiques dans l’État de Perlis, dans le nord-est du pays, où le PN contrôle l’assemblée nationale. Le ministre en chef de Perlis, Mohd Shukri Ramli, du PAS, a démissionné suite au retrait de son soutien par une partie des députés de son propre parti et de Bersatu. Il a été remplacé par Abu Bakar Hamzah, député de Bersatu comme l’a rapporté Channel NewsAsia.
Huit déclarations statutaires signées par des députés de l’État – trois du PAS et cinq de Bersatu – avaient précédé la démission de Shukri, signalant un manque de confiance envers son leadership. Sur les 15 sièges à l’Assemblée nationale de Perlis, le PAS en détient six, Bersatu cinq et le Parti Keadilan Rakyat, du Premier ministre Anwar Ibrahim, un. Le PAS a réagi en limogeant les trois députés qui avaient retiré leur soutien à Shukri.
Dans un communiqué, le secrétaire général du PAS, Takiyuddin Hassan, a souligné la nécessité d’une « auto-réflexion et de tirer les leçons de ce qui s’est passé » au sein de la coalition. Le parti islamiste a également exprimé sa volonté de prendre la direction du PN afin de renforcer la coalition et de se préparer aux prochaines élections générales. Plus tôt, le chef de l’information du PAS, Ahmad Fadhli Shaari, avait annoncé que son parti présenterait un candidat à la présidence du PN, soulignant qu’il ne s’agirait pas nécessairement du président du parti, mais d’une personne capable d’unir et de mobiliser les forces au sein de la coalition. Il a également évoqué la nécessité d’une restructuration de l’organisation du PN pour renforcer le travail de base.
Cette crise interne au PN s’ajoute aux difficultés rencontrées par Muhyiddin Yassin au sein de son propre parti, Bersatu. Des voix s’élèvent au sein de Bersatu pour demander sa démission de la présidence au profit de Hamzah Zainuddin, 68 ans. Lors de son assemblée générale annuelle en septembre dernier, Bersatu avait pourtant approuvé à l’unanimité Muhyiddin comme candidat au poste de Premier ministre pour les prochaines élections générales, prévues d’ici février 2028 comme le soulignait également Channel NewsAsia. Cependant, cette réunion avait été marquée par des manifestations de désaccord et des appels à sa démission.
Le président du PAS, Abdul Hadi Awang, avait également laissé entendre que Muhyiddin Yassin n’était pas le candidat idéal pour le poste de Premier ministre, invoquant son âge et son état de santé. Il avait suggéré qu’un dirigeant plus jeune et en meilleure santé serait préférable. En 2023, Muhyiddin Yassin avait d’ailleurs renoncé puis finalement décidé de se représenter à la présidence de Bersatu, affirmant que les conseils de son épouse l’avaient incité à reconsidérer sa décision.
Muhyiddin Yassin a été le huitième Premier ministre de Malaisie, en poste de mars 2020 à août 2021. Il est également confronté à des accusations de corruption, avec un procès prévu pour mars 2026, l’accusant d’abus de pouvoir et de sollicitation de pots-de-vin s’élevant à 232,5 millions de RM (57,4 millions de dollars américains) durant son mandat.
