Home Santél’architecture comme alliée contre la chaleur extrême – Jornal da USP

l’architecture comme alliée contre la chaleur extrême – Jornal da USP

by Sophie Martin

Publié le 29 octobre 2025 14:31:00. Face à la montée des températures extrêmes en Afrique, notamment dans les régions arides, des solutions architecturales inspirées des savoir-faire locaux et des principes de conception bioclimatique offrent une alternative durable et accessible pour protéger les populations.

À Nouna, une petite commune rurale du Burkina Faso, les températures dépassent régulièrement les 40°C. Les habitants, dont les habitations traditionnelles en terre battue manquent d’électricité et d’eau courante, sont en première ligne face aux défis posés par le changement climatique. Le professeur Denise Duarte, de la Faculté d’architecture, d’urbanisme et de design (FAU) de l’Université de São Paulo (USP), explore des pistes de solutions qui privilégient l’adaptation au territoire plutôt que la dépendance à la technologie.

« Il est essentiel de tirer parti du climat local – de comprendre les données, les matériaux disponibles et la culture de la région », explique-t-elle. Cette approche s’inspire notamment du travail de l’architecte burkinabè Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker d’architecture en 2022.

« J’ai découvert son travail lors d’une conférence en Allemagne et je me souviens qu’il a commencé son discours dans le noir en disant : ‘Je viens d’un endroit comme celui-ci’, un endroit sans électricité. C’était très émouvant »

Denise Duarte, Professeur à la Faculté d’architecture, d’urbanisme et de design (FAU) de l’USP

Le mérite de Francis Kéré réside dans sa capacité à combiner les techniques de construction traditionnelles, l’ombrage et la ventilation naturelle. Ses bâtiments se caractérisent par des toits généreux créant de l’ombre, et des volets permettant de contrôler la lumière et l’air, actionnés par les occupants.

Pour Denise Duarte, l’ombre constitue la première barrière contre la chaleur dans les régions arides de basse latitude. « La majeure partie du gain de chaleur pour les humains provient du rayonnement solaire direct. Si je ne coupe pas ce rayonnement, tout ce que je fais aura un moindre effet », précise-t-elle. Les stratégies d’adaptation varient en fonction du climat : des murs plus épais pour conserver la fraîcheur dans les régions sèches, une ventilation constante dans les zones humides. « Il n’y a pas de formule unique. La manière de gérer la chaleur dans le Mato Grosso est différente de celle des régions semi-arides du Nord-Est ou de l’Amazonie. Chaque endroit nécessite sa propre interprétation du climat », souligne-t-elle.

La hausse des températures n’est pas seulement une question de confort, mais un véritable enjeu de santé publique. « La chaleur tue – et tue plus que les glissements de terrain au Brésil », alerte Denise Duarte, citant des études récentes. De nombreux décès liés à la chaleur ne sont d’ailleurs pas directement reconnus, étant souvent attribués à des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux ou des problèmes cardiorespiratoires. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a d’ailleurs qualifié ce phénomène de « tueur silencieux ».

Parmi les solutions peu coûteuses, Denise Duarte met en avant l’utilisation de toits froids, des revêtements peints dans des couleurs claires qui réfléchissent le rayonnement solaire. « C’est une technique utilisée dans les communautés indigènes qui permet de réduire les températures. Elle ne résout pas tout, mais elle est bon marché et efficace », explique-t-elle, tout en précisant que l’effet de ces peintures diminue avec le temps et nécessite un renouvellement périodique.

Dans les grandes villes, la présence de végétation et d’eau – les infrastructures vertes et bleues – s’avère également efficace pour lutter contre les îlots de chaleur urbains. Cependant, dans les régions arides, où l’eau et la végétation sont rares, comme au Burkina Faso, cette stratégie est difficilement applicable. « Tout commence donc par comprendre le lieu – le climat, la végétation, les ressources disponibles – pour esquisser les meilleures stratégies possibles », conclut Denise Duarte.

Pour le professeur de l’USP, le rôle de l’architecture face au changement climatique est clair : réduire la consommation d’énergie et s’inspirer des savoirs locaux. « La conception d’un bâtiment, c’est aussi la conception d’une manière d’habiter », résume-t-elle. Et dans les régions chaudes et pauvres de la planète, cette sagesse peut signifier non seulement le confort, mais aussi la survie.


Journal USP en direct
Journal USP en direct diffusé par Rede USP de Rádio, du lundi au vendredi : 1ère édition de 7h30 à 9h, avec une présentation de Roxane Ré, et autres éditions à 14h, 15h, 16h40 et 18h. À Ribeirão Preto, l’édition régionale sera diffusée de 12h à 12h30, avec une présentation de Mel Vieira et Ferraz Junior. Vous pouvez écouter Rádio USP à São Paulo FM 93.7, à Ribeirão Preto FM 107.9, sur Internet à l’adresse www.jornal.usp.br ou via l’application Jornal da USP sur votre téléphone portable.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.