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L’ASEAN vise à unifier les efforts sur les plateformes numériques

Bangkok a accueilli les 4 et 5 septembre un atelier régional inédit visant à harmoniser la régulation des plateformes numériques en Asie du Sud-Est. Face à la prolifération des risques en ligne – fausses nouvelles, fraudes, exploitation des…

L’ASEAN vise à unifier les efforts sur les plateformes numériques

Bangkok a accueilli les 4 et 5 septembre un atelier régional inédit visant à harmoniser la régulation des plateformes numériques en Asie du Sud-Est. Face à la prolifération des risques en ligne – fausses nouvelles, fraudes, exploitation des données – les pays de l’ASEAN cherchent à coordonner leurs efforts pour encadrer les géants du numérique.

L’atelier, organisé par l’Agence thaïlandaise de développement des transactions électroniques (ETDA) et le Centre gouvernemental numérique du Laos, a réuni des représentants des dix États membres de l’ASEAN, ainsi que des experts internationaux issus d’Amérique, d’Europe, du Japon et de l’UNESCO. L’objectif : esquisser des règles communes pour surveiller les plateformes numériques et protéger les consommateurs.

« De nombreuses plateformes n’ont pas de présence physique dans les pays qu’elles servent. Cela rend la réglementation nationale, en particulier pour les petits États, de plus en plus difficile », a souligné le professeur Wisit Wisitsora-AT, secrétaire permanent du ministère thaïlandais de l’Économie et de la Société numérique, lors de l’ouverture de la réunion. Il a mis en avant l’exemple de l’Union européenne, qui a choisi de construire des règles communes et de parler d’une seule voix pour renforcer son pouvoir de négociation avec les entreprises technologiques.

Les recherches présentées à Bangkok ont identifié plusieurs pistes pour les décideurs politiques de l’ASEAN. Parmi elles, des « demandes de renseignements » régionales sur la situation concurrentielle des plateformes, la création d’une base de données recensant les biens et services dangereux, l’instauration de règles de « connaissance du client » (KYBC) pour les vendeurs en ligne, et l’obligation pour les plus grandes plateformes d’une plus grande transparence.

La coopération transfrontalière en matière de fraude et d’application de la loi en ligne a été un thème récurrent. Le docteur Saliltorn Thongmeensuk, chercheuse principale au Thaïlande Development Research Institute (TDRI), a noté que les pays sont de plus en plus conscients des risques liés aux dommages algorithmiques et à la fraude en ligne. « La création de mécanismes coopératifs dans ce domaine serait un avantage tangible d’une approche régionale », a-t-elle déclaré.

Les propositions privilégient une approche progressive et flexible, permettant à chaque État d’adopter des mesures en fonction de ses priorités nationales. L’ETDA prévoit désormais de mener des consultations en Thaïlande et dans toute l’ASEAN, afin de finaliser un rapport qui sera soumis au Secrétariat de l’ASEAN.

Selon Hazremi Hamid, du Secrétariat de l’ASEAN, la valeur de cette initiative réside non seulement dans le contenu des recommandations, mais aussi dans leur intégration aux cadres existants de l’ASEAN, notamment le Contrat-cadre sur l’économie numérique (DEFA) et le Plan directeur numérique de l’ASEAN 2030. Ce dernier prévoit des dispositions sur la concurrence, la cybersécurité, la sécurité en ligne et les problématiques liées aux plateformes numériques.

Un forum multilatéral sur la gouvernance des plateformes numériques, co-organisé par la Thaïlande, l’UNESCO, le Secrétariat de l’ASEAN et l’Institut universitaire européen, se tiendra le mois prochain, afin de poursuivre cette dynamique et de tester l’efficacité et l’équité de l’approche émergente de l’ASEAN.

Alors que l’économie numérique de la région connaît une croissance rapide, les membres de l’ASEAN sont confrontés à des risques croissants s’ils agissent isolément. L’objectif n’est pas de mettre en place un ensemble de règles contraignantes, mais plutôt de tisser progressivement des principes partagés, des mécanismes coopératifs et des engagements flexibles, afin de bâtir un écosystème numérique plus fiable et transparent, où les consommateurs sont protégés et les plateformes sont tenues de rendre des comptes, sans pour autant étouffer l’innovation.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.