Publié le 23 décembre 2025 00:03:00. Face à la pénurie de main-d’œuvre et à une concurrence accrue, l’industrie de la chaussure portugaise et européenne se transforme en profondeur, misant sur l’automatisation et la robotique pour assurer sa pérennité. Des experts se sont réunis pour discuter des défis et des opportunités de cette transition.
- L’automatisation est devenue indispensable pour maintenir la compétitivité des entreprises européennes de chaussures, en particulier face au manque de personnel qualifié.
- La robotisation dans ce secteur est particulièrement complexe en raison de la diversité des matériaux naturels et des tendances de la mode en constante évolution.
- Investir dans la technologie ne suffit pas : il est crucial de former le personnel existant aux nouvelles compétences requises.
L’avenir de la fabrication de chaussures se joue désormais à l’aune de l’automatisation et de la robotique. C’est le constat qui ressort d’une conférence internationale organisée dans le cadre de l’Agenda FAIST*, un programme visant à anticiper les mutations des industries portugaise et européenne de la chaussure. Un panel d’experts a examiné les enjeux de cette transformation, modéré par Cláudia Pinto, de l’Association portugaise de la chaussure, et réunissant des représentants de plusieurs entreprises du secteur : Albano Fernandes (AMF), Ricardo Costa (C’est exact), Vitor Almeida (Tropimática) et Ventura Correia (Carité).
Vítor Almeida, de Tropimática, a souligné la complexité de l’introduction de la robotique dans la fabrication de chaussures.
« Automatiser la production de voitures est relativement simple comparé à la fabrication de chaussures. »
Vítor Almeida, Tropimática
Il a expliqué que la spécificité des matériaux naturels utilisés et le rythme effréné des tendances de la mode – avec au moins deux collections par an – imposent une adaptation constante des robots. La mise en place de l’automatisation nécessite donc non seulement des équipements performants, mais aussi des techniciens capables de les reprogrammer et de les ajuster en permanence.
Selon lui, les entreprises qui ne se doteront pas de ces technologies risquent de ne plus pouvoir produire en Europe dans un avenir proche.
« Dans peu de temps, il ne sera plus possible de produire en Europe sans automatisation, faute de main-d’œuvre pour effectuer les tâches les plus élémentaires, sauf dans des niches de marché très spécifiques. »
Vítor Almeida, Tropimática
Cette pénurie de personnel est notamment due au manque d’attrait des métiers traditionnels de la chaussure auprès des jeunes générations.
« Un jeune diplômé ne souhaite plus passer huit heures par jour à appliquer de la colle sur des tiges de chaussures. C’est la réalité. »
Vítor Almeida, Tropimática
Ventura Correia, de Carité, a insisté sur la nécessité de l’automatisation pour maintenir un niveau de productivité constant.
« L’intégration de l’automatisation dans les entreprises est essentielle pour assurer une productivité soutenue avec moins d’intervention humaine. »
Ventura Correia, Carité
Il a ajouté que la robotisation permet de libérer les employés pour des tâches à plus forte valeur ajoutée.
Ricardo Costa, de Rodiro, a mis en garde contre le risque de négliger la formation du personnel, même en investissant dans la robotique.
« Il est indispensable de continuer à investir dans les compétences des employés, même si la robotisation améliore l’efficacité et réduit la fatigue. »
Ricardo Costa, Rodiro
Albano Fernandes, d’AMF, partage ce point de vue.
« Tout le monde veut aujourd’hui travailler avec des robots. Il n’y a plus de cordonniers au sens traditionnel du terme. Il ne s’agit pas de licencier, mais d’aider les employés à s’adapter à leur nouveau rôle, car il n’y a pas de personnel excédentaire. »
Albano Fernandes, AMF
Pour Albano Fernandes, l’avenir de l’industrie portugaise de la chaussure repose sur la combinaison du savoir-faire traditionnel et des nouvelles technologies.
« Nous réussirons au Portugal lorsque nous parviendrons à concilier robotisation et artisanat. Nous sommes des cordonniers par excellence et nous en sommes fiers, mais nous devons combiner les deux, en valorisant le rôle essentiel de l’humain et en transformant le travail. »
Albano Fernandes, AMF
Ventura Correia a souligné l’importance de créer de nouveaux métiers liés à la programmation et à la conception assistée par ordinateur (CAO) ou à la fabrication assistée par ordinateur (CAM) pour préserver la qualité des produits.
« Nous devons nous concentrer sur la qualité plutôt que sur la quantité, car la Chine s’occupe déjà de cette dernière. »
Ventura Correia, Carité
Il a précisé que l’investissement dans la robotique ne se traduit pas nécessairement par une augmentation immédiate de la production.
Enfin, Vítor Almeida a rappelé que le coût d’une transition réussie est souvent plus élevé que le coût de l’équipement lui-même.
« Il ne faut pas se leurrer : c’est un processus complexe qui dépend fortement de sa mise en œuvre. »
Vítor Almeida, Tropimática
* L’Agenda FAIST est un programme promu par l’APICCAPS (Association portugaise des fabricants de chaussures, composants et maroquinerie) et le CTCP (Centre technologique portugais de la chaussure). Il vise à rassembler les acteurs de l’industrie, le monde universitaire et les institutions publiques pour discuter des défis et des opportunités liés à la numérisation, à la durabilité et à l’innovation technologique dans le secteur de la chaussure portugais et européen. Plus d’informations sont disponibles sur le site web du projet.
Crédits source et image : apiccaps.pt

